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Les évènements douloureux du 28 septembre dernier ont eu pour effet d’imposer deux alternatives pour une gestion conséquente de la transition enclenchée en 2008. Désormais - et les propositions des Forces vives et celles de la junte militaire l’attestent - l’on s’achemine ouvertement vers deux alternatives : la mise en place d’une nouvelle autorité de transition (départ du CNDD et de son président) et un scénario de partage du pouvoir. Le médiateur burkinabé, le président Blaise Compaoré, qui a reçu les deux protagonistes de la crise guinéenne lors de la première quinzaine du mois de novembre en cours sait aujourd’hui plus qu’hier qu’il aura la tâche ardue. Autant par rapport au meilleur scénario de sortie de crise (les deux parties campant chacune sur leurs positions) que par rapport aux hommes neufs qui vont entrer dans la gestion de la suite de la transition. Pour ne pas dire la gestion de la nouvelle transition.
Qui à la tête de l’autorité de transition ?
Il ne serait donc pas prématuré de cogiter sur les hommes et les femmes auxquels l’on pourrait faire appel pour endosser ces tuniques. En s’en tenant au scénario de sortie de crise qui prévoit le départ du Capitaine Moussa Dadis Camara et la dissolution de la junte (le Conseil national pour la démocratie et le développement CNDD), le médiateur aura aidé au choix d’une personnalité guinéenne forte et réputée intègre pour conduire le pays vers des élections libres et transparentes. Cet homme ou cette femme devra donc piloter la Haute Autorité de la Transition -c’est l’appellation la plus usitée pour l’heure- sur une période bien déterminée. Les Forces Vives, elles, planchent déjà sur six mois.
Cette structure chargée de diriger la nouvelle locomotive de la transition remplacera donc le CNDD si le président Moussa Dadis Camara tenait vaille que vaille à se présenter aux prochaines élections présidentielles. Il ôtera ainsi son treillis pour se mettre en ordre de bataille à l’instar des leaders politiques qui ont organisé la manifestation populaire destinée à rejeter son éventuelle candidature.
La répression sanglante de cet évènement par les forces de défense et de sécurité a provoqué, on le sait, la mort de dizaines de personnes. Si un tel scénario venait à être retenu par l’ensemble des parties prenantes à la crise guinéenne, les deux protagonistes devront donc accorder leurs violons sur la personnalité à mettre à la tête de la Haute Autorité de la Transition. Il ne serait pas exagéré de dire que l’acceptation de cette solution par le CNDD sonnera comme une victoire des Forces Vives.
La carte Robert Sarah…
Parmi les personnalités qui sont pressenties pour s’en charger de cette Haute Autorité de la Transition, quelques noms sont cités fréquemment. Monseigneur Robert Sarah, les syndicalistes Ibrahima Fofana et Rabiatou Serah Diallo, le leader de l’UPG Jean-Marie Doré et Mamadou Mouctar Diallo des NFD. Il est patent que le nom de l’ancien archevêque de Conakry est celui qui revient en boucle. La majorité des Guinéens voient en cette personnalité religieuse une référence morale apte à gérer le processus de sortie de crise devant déboucher sur des élections libres et transparentes. Tout porte à croire que le CNDD et les Forces Vives ne devraient pas trouver à redire sur son choix.
S’agissant des syndicalistes Fofana et Raby, ils ont certes marqué les Guinéens lors de la grève de janvier-février 2007. Mais, ils risquent d’être handicapés par l’éventuel refus des leaders politiques qui auront beau jeu de ne pas se laisser ravir la palme des évènements du 28 septembre qui ont mis la junte militaire au pied du mur.
C’est dire qu’il est fort probable que l’homme qui dirigera cette transition vienne des rangs de l’opposition politique. Et depuis que cette perspective se renforce dans le déroulement de ce premier scénario, le nom de Mouctar Diallo retient l’attention de nombreuses personnes. Le plus jeune leader (35 ans) de la classe politique guinéenne a forcé l’admiration de plusieurs de ses compatriotes tant par son courage que par la résistance dont il a fait preuve face aux multiples tentatives du pouvoir et de certains barons de l’opposition de le récupérer.
Quoiqu’il en soit, le président du CNDD pourrait refuser de lâcher prise si le futur occupant de son fauteuil devait être l’un des durs de l’opposition. Ces derniers qui croient tous d’ailleurs en leurs chances d’occuper ce fauteuil en cas d’élections libres et transparentes vont-ils l’accepter étant entendu qu’il est synonyme d’exclusion ? Pas si sûr.
A ce niveau, certains nuancent en disant que l’ancien Premier ministre François Louncény Fall semble être de tous les anciens Premiers ministres celui qui ne rechignerait pas à faire ce sacrifice. Par ailleurs, le jeune Mamadou Mouctar Diallo dont l’âge pourrait être un handicap, si l’on s’en tient aux termes de l’ancienne Constitution, ne perdrait rien en occupant la tête de la Haute Autorité de la Transition. Même si certains pensent que sa jeunesse qui sous-entend un certain manque d’expérience politique constituerait son talon d’Achille.
Mais, rétorquent certains de ses fans : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ».
Quid de Mouctar Diallo, Aboubacar Sylla et Cie
Seulement, ce premier tableau de sortie de crise risque, de l’avis de moult observateurs, de ne pas avoir l’aval du chef de la junte qui n’a pas l’air de quelqu’un qui compte débarrasser le plancher de sitôt. D’où la prégnance, chez d’autres analystes, du second scénario de sortie de crise qui doit consister en un partage des pouvoirs entre le CNDD et les Forces Vives. Certes, ces dernières capent encore sur leur position initiale qui exige le départ immédiat et sans conditions du Capitaine Moussa Camara. Mais, les leaders politiques savent qu’il leur faudra composer avec le chef de la junte. Qui est et reste au début et à la fin de tout le processus. Le point protubérant de ce partage des pouvoirs porte sur la nomination d’un Premier ministre issu de ces Forces Vives. Le futur chef du gouvernement devra sans doute avoir un certain nombre de pouvoirs lui permettant de peser dans la prise de décisions sur le processus de gestion de la suite de la transition. Certains font déjà un parallèle avec le scénario ivoirien où le chef des Forces Nouvelles avait été nommé Premier ministre. Sans doute, il est inutile de dire que le Capitaine Dadis bataillera ferme pour que son PM ne soit pas une de ses bêtes noires des Forces Vives. Etant donné que la carte Monseigneur Robert Sarah colle difficilement à ce scénario de partage des pouvoirs, le choix devra forcement porter sur un élément des Forces Vives.
Plusieurs des paramètres cités plus haut entrent en jeu dans ce second scénario. Ce qui signifie que le futur Premier ministre s’exclue du coup de la course à la présidence de la République. Autant dire qu’ils sont nombreux les leaders de l’opposition qui pourraient ne pas postuler pour la Primature nouvelle version. Ainsi, parmi les chefs de partis qui pourraient accueillir favorablement cette offre, on cite François Louncény Fall du FUDEC, Aboubacar Sylla de l’UFC et Mamadou Mouctar Diallo des NFD. A travers son appel à l’union sacrée de l’opposition, l’ancien Premier ministre Fall montre des prédispositions de mettre l’intérêt de la Guinée au-dessus de ses ambitions présidentielles. Quant à Aboubacar Sylla, actuel chargé de Communication des Forces Vives, qui est à la tête d’un parti naissant, il s’est vite imposé sur la scène politique guinéenne. Il pourrait bien remplir cette fonction vu son expérience antérieure de ministre de l’Information qui a fait bonne impression à l’époque.
Qui Dadis va-t-il préférer ?
En ce qui concerne Mamadou Mouctar Diallo, il peut également bénéficier de la confiance de ses pairs de l’opposition. Le leader des Nouvelles Forces Démocratiques semble également celui qui a le moins à perdre en occupant le poste de Premier ministre. Beaucoup le considérant comme une force d’avenir vu son jeune âge. Pour dire très simplement les choses, son tour n’est pas arrivé, autant donc laisser la scène aux vieux briscards de la politique guinéenne. Qui sait d’ailleurs si ces derniers ne se réjouiront pas de voir ce jeune loup aux dents longues jeter l’éponge. On sait en effet que Mouctar Diallo fait ombrage à beaucoup de leaders politiques malgré la faiblesse de ses moyens financiers. Aussi, pour celui qui connaît le discours du Capitaine Moussa Dadis Camara, qui se fait le chantre de l’émergence de la jeunesse, il pourrait ne pas opposer trop de résistance au choix de Mouctar Diallo. Le chef de la junte pourrait d’ailleurs saisir ce choix pour tenter de s’attirer l’affection de la jeunesse. Faut-il d’ailleurs souligner que le leader des NFD est l’un des rares voire le seul leader actif de l’opposition à n’avoir pas essuyé les diatribes verbales du Capitaine Dadis.
Là aussi, le grand handicap du chef de file des NFD reste sa jeunesse, sous-entendu son inexpérience en matière de gestion administrative. Un argument battu en brèche par ceux qui citent l’exemple de l’actuel Premier ministre ivoirien Guillaume Soro. Certains estiment par ailleurs que la question sera résolue à travers la mise en place d’une équipe de technocrates triés sur le volet. Il n’aura donc qu’à veiller à ce que la feuille de route de la transition soit bien déroulée. Il rappellera à chaque fois que c’est nécessaire les différents protagonistes au respect de cette feuille de route. Déjà, répondant à une question de notre Rédaction sur son éventuel choix pour diriger la transition, Mouctar Diallo disait dans une interview parue dans le précédent numéro de L’Indépendant : « Si cela devrait se faire, nous allons relever ce challenge avec l’ensemble des Guinéens de l’intérieur et vivant à l’étranger pour faire honneur à la jeunesse guinéenne en posant les jalons d’une véritable démocratie. »
Il reste à conclure en disant que la bataille risque de faire rage entre les membres des Forces Vives et la junte pour l’application des accords issus des négociations entamées à Ouagadougou au Burkina Faso. Au moment où nous mettions sous presse, les différents protagonistes de la crise guinéenne cherchaient à rallier la capitale du Faso pour y entamer le deuxième round de ce dialogue inter guinéen sous la médiation de Blaise Compaoré. Au terme de ce round, un préaccord devrait voir le jour.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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