vendredi 1 août 2008
Nouveau paysage politique et élections législatives: un nouveau départ ? par Ismael Souare
Ismael Souare

"Qui peut dire où nous allons" s'interrogeait il y a peu, le Doyen A. Doré. La question vaut son pesant d'or en effet, tant les obstacles qui empêchent de voir enfin le bout du tunnel en République de Guinée, sont nombreux, complexes et paraissent insurmontables.

Avec l'adhésion de certains partis politiques de l'opposition dans le Gouvernement actuel et la perspective d'élections législatives dans les prochains mois, notre pays est sur le point de rééditer l'exploit de ses nombreux "Rendez-vous manqués". Il serait inutile de rentrer ici dans leur énumération. Une chose reste cependant certaine, c'est que "Les malheurs de la Guinée", comme le disait ce même Doyen, "sont loin d'être terminés, avec ou sans Lansana Conté."

A l'aube des élections législatives prochaines, le changement auquel nous aspirons tous, devrait en premier lieu, s'opérer dans nos mentalités. Il nous faudra clairement distinguer entre nos petits intérêts égoïstes et ceux plus importants de notre peuple. Bref, il nous faudra donc bannir cette tendance bien répandue en Guinée et qui consiste à apprécier les problèmes dans notre pays, selon la formule des "Deux poids, deux mesures".

Le changement auquel les Guinéens, dans leur grande majorité aspirent, ne souffre d'aucune confusion. Ils l'ont fait savoir lors des événements de janvier-février 2007. A savoir, le départ de tous ceux qui, de près ou de loin, refusent l'avènement d'un Etat de droit et la démocratie dans leur pays, favorisent le népotisme et le clientélisme, violent leurs droits, les appauvrissent et hypothèquent leur devenir par le pillage systématique de leurs ressources. Bref, dans leur écrasante majorité, nos compatriotes exigent aujourd'hui, la fin du régime de M. Lansana Conté. Toute autre alternative à cela ne pouvant être qu'une trahison contre le peuple de Guinée.

Cela étant, toute la difficulté réside dans la mise en œuvre de cette volonté de changement. A ce niveau, je suis d'avis que le changement tant souhaité par nos compatriotes, passera nécessairement par la résolution entre autres, des questions liées à la notion de "l'après-Conté" et celle relative à la place et le rôle de l'armée dans le processus de démocratisation en République de Guinée.

La résolution de la problématique d'une définition claire de l' "après-Conté" s'impose donc comme un préalable.

Si un grand nombre de nos compatriotes est favorable aujourd'hui au départ du Général L. Conté, il n'est pas évident que les modalités et la portée de ce départ soient perçues de la même manière par tous. M. Makanera est plus éloquent, quand il affirme que " (...) l’un des problèmes difficilement surmontables de notre peuple est que la notion du bien et celle du mal n’ont pas une définition objective, mais plutôt subjective. (...)"  Et que " tant que nous n’aurons pas la même définition objective du bien et du mal, nous ne parviendrons jamais à imposer un changement souhaité dans notre pays (...)".

Dans la perspective en effet, d'un changement pacifique et de l'organisation d'élections libres et transparentes en Guinée, une identification claire des objectifs et les moyens pour les atteindre, devrait être un préalable pour tous ceux qui ont pris sur eux, la lourde responsabilité "d'induire le changement en République de Guinée", par leur acceptation de participer à un Gouvernement, avec le président Conté en ligne de fond !

Dans l'hypothèse que cette adhésion ait été guidée par la sincérité et le souci de sortir notre pays de l'ornière (ce dont je doute fort), leurs actions ne devront avoir pour seul objectif, que le démantèlement progressif du régime de M. L. Conté.

Pour ce faire, il leur faudra répondre clairement à la question de savoir, si "l'après-Conté" signifie " fin du régime" ou plutôt "retrait doré pour Lansana Conté", avec en toile de fond, une succession organisée en faveur de son fils ou d'un de ses proches ?

La question a tout d'abord ceci d'intéressant, qu'elle pose le problème de la RUPTURE ou non avec un mode de gouvernement qui a caractérisé nos mœurs politiques depuis près d'un demi siècle et dont la responsabilité dans l'état de décomposition actuel de la République de Guinée, n'est plus à démontrer.

Elle est ensuite d'actualité, d'autant plus que des acteurs nouveaux, aux intérêts difficiles à concilier dans le contexte actuel du pays, ont été récemment propulsés par le hasard des choses, au devant de la scène politique, donnant ainsi un nouveau visage au paysage politique guinéen.

Si pour le moment, l'ossature de ce paysage est à peine lisible, ses contours commencent, quant à eux, à se dessiner.

Les préparatifs pour les prochaines élections législatives, ainsi que les alliances secrètes qui se nouent depuis peu, nous réservent en effet, un tableau avec au menu, le PUP et ses partis-satellites traditionnels, l'UPG, l'UFDG et l'UPR d'un côté, formant ainsi (dans un proche avenir), le groupe parlementaire de la mouvance présidentielle. En face, le RPG, l'UFR, l'UFD et certains petits partis.

S'il n’y a pas d'ambiguïté par rapport à la constellation qui va se mettre en place, je ne vois pas trop bien cependant, ce que cela pourrait rapporter, en termes de changement (du moins, dans le court terme), à notre pays, tant les contradictions en son sein sont flagrantes.

Par contre, le PUP pourrait se frotter les mains, d'avoir pu se refaire une santé, renforcer sa position et s'imposer comme une véritable force politique autour de laquelle graviteront les nouveaux adhérents.

"Sacré subterfuge pour conserver la majorité à la toute prochaine Assemblée", pourrait-on être tenté de dire. Toutefois, avec le bilan peu reluisant du PUP (à travers la gestion catastrophique de M. Lansana Conté), il ne faudra pas attendre grand chose de cette constellation. Le risque qu'elle se transforme d'ailleurs en "un agrégat d'intérêts privés" dont le seul objectif sera, d'une part de protéger "les captations" déjà opérées, et d'autre part de favoriser de nouveaux enrichissements illicites.

Néanmoins, l'opposition ou plutôt ce qui en restera, en prendra un sacré coup et ne pourra miser que sur les contradictions internes qui minent le PUP et qui, dans l'hypothèse d'une disparition subite du Président Conté, pourraient conduire à une lutte féroce entre membres fondateurs du Parti et certains amis puissants du président nouvellement venus au parti, dans le but d'en prendre le contrôle. La passe d'arme entre Abou Somparé et Mamadou Sylla au sortir d'une audience au palais du Peuple, est encore dans nos mémoires.

Le PUP n'est donc pas à l'abri d’une crise qui pourrait conduire au morcellement et à l'éparpillement de son électorat.

Quand à l'UFR, ce qui aurait dû être sa richesse et sa force, constitue, paradoxalement (du moins, dans le court terme) son handicap : sa composition ethniquement équilibrée. Cette situation tient son explication dans le fait que notre pays se trouve encore dans un état de "balbutiement démocratique". Car, qu'on le dise ou pas, les formations politiques dans les démocraties naissantes, ont toujours une base ethnico-régionaliste. La survie d'une formation politique dépend donc de sa capacité à dépasser ce cadre et s'imposer sur un cadre beaucoup plus large et hétérogène.

Enfin, dans le moyen et le long terme, avec l'éparpillement de "l'électorat de la Moyenne Guinée", essentiellement entre l'UPR, l'UFDG et le PUP, le RPG pourrait se renforcer considérablement grâce à la stabilité de son électorat et s'imposer comme principale formation politique en Guinée. Mais cela, c'est une autre paire de manche.
C'est dire que, ce qui aurait dû être un nouveau départ pour la Guinée avec la participation (pour la première fois dans l’histoire) de l'opposition dans un Gouvernement, pourrait si l'on n’y prend garde, se transformer en un "agrégat d'intérêts privés" dont le seul objectif restera, "le changement dans la continuité", renouant ainsi avec la seule chose que nous savons faire le mieux : le retour à la case de départ.

A suivre...

Ismael Souare, Rép. Féd. d'Allemagne
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Gadizy, lundi 4 août 2008
Merci Mr Souaré pour vos interventions pertinentes sur la toile.Vous êtes un vrai patriote,comme l`a dit le doyen Sy Savané de Rouen.C`est toujours avec beaucoup d`intérêt que je lis vos pertinents articles.Alors bravo et à trés bientôt.
Ibrahima Kaba, samedi 2 août 2008
Tres belle analyse Mr Ismael Souaré comme d`habitude d`ailleurs.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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