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I. Notre Mal guinéen
Je voudrais humblement demander à tous mes concitoyens de trouver 15 minutes au réveil un de ces prochains matins pour réfléchir à son « Mal guinéen », à toute son influence sur lui-même et sur sa famille et à ce qu’il devrait faire pour s’en débarrasser définitivement. Notre Mal guinéen est l’ensemble des idées, pensées, comportements, attitudes, réactions gratuites, négatives et souvent méchantes que tout guinéen fait chaque jour à lui-même, à ses proches et à tout son environnement proche et éloigné en raison de son passé et de son présent guinéen. C’est ce Mal profond qui nous ronge tous en permanence en raison de toutes nos frustrations nées des méchancetés, cruautés et injustices de l’Etat guinéen par ses sbires dans nos villages, villes, préfectures, régions et dans tous les pays du monde qui abritent aujourd’hui des Guinéens frustrés, souvent perdus et qui ne rêvent que d’un avenir radieux pour leur pays, quelque soit le prix et les sacrifices qu’ils devront faire pour les obtenir enfin.
Je voudrais partager avec vous deux épisodes récents de mon Mal guinéen en espérant que d’autres m’imiteront sur nos nombreux sites Web (dont la qualité des contributions et des commentaires s’améliore enfin à notre grande joie à tous) et dans nos journaux nationaux pour ne pas priver nos compatriotes en Guinée qui ont soif de réflexions mais qui sont sevrés de courant électrique et d’internet fonctionnel :
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J’ai décidé en octobre 2009 d’aller redécouvrir mon pays (où je n’avais pas vécu plus d’un mois de suite depuis 1993) et vivre l’ambiance du changement en cours car j’étais frustré de ne le vivre que sur mon écran d’ordinateur et par les récits passionnés de mes compatriotes en pleine crise de leur Mal guinéen. J’achète un billet d’avion ouvert valable 6 mois mais moi aussi ma crise se réveille et je me persuade dans ma tête que je ne pourrai pas y tenir plus d’un mois. Résultat, j’ai passé ma première semaine dans mon lit et la deuxième devant la télévision (parfois) en train de me ronger les ongles en pleine angoisse existentielle. Presque pas de sorties plus loin que le portail de la maison; j’ai failli plusieurs fois courir à Gbessia pour faire usage de mon billet retour. Un matin je me lève et je me secoue enfin; je me dis que je suis tombé dans mon propre piège et que le moment est venu d’en sortir rapidement – personne, y compris moi-même ne me chassera de mon pays. Je commence donc à faire ce qui m’avait principalement amené : finaliser la réhabilitation d’une maison fermée de près de 20 ans. Je me voyais au départ chef de chantier mais j’ai rapidement évolué vers le bas : maçon, puis apprenti-maçon, apprenti-ferrailleur, apprenti-menuisier, apprenti-électricien et apprenti-plombier. Plus le temps de me morfondre dans mon Mal guinéen, j’étais occupé maintenant à 110% à poursuivre des ouvriers très peu fiables et à les accompagner au marché même pour acheter des ampoules. A la fin de ce travail passionnant pour connaître le niveau de médiocrité auquel plusieurs de nos compatriotes sont arrivés, j’ai fini (à la guinéenne bien-sûr, c’est à dire avec un manque de qualité garanti) les travaux prévus pour deux mois en cinq bons mois et je n’ai pu dormir dans la maison « finalisée »qu’une seule nuit avant de revenir. A part de cela, je me suis replongé avec délice dans tous les bons côtés de ma grande famille : les rencontres et les salutations tous les jours en allant ou revenant de Kaloum, les brunchs de laffidi du dimanche chez ma petite maman…etc.; tout était vraiment superbe et incomparable à la vie en Amérique du Nord. En même temps j’ai eu tout le loisir que je souhaitais pour lire, écrire et faire une heure de sport par jour. C’était tellement plaisant et inattendu que je me suis rappelé de mon vol de départ 3 heures avant son décollage. J’ai compris que je pouvais et même que je devais retourner vivre chez moi le plus vite possible ! Ainsi mon Mal guinéen a failli me priver de mon plus agréable séjour où que ce soit depuis de très longues années. Ceci sera-t-il identique pour tous les compatriotes de la diaspora ? Sûrement pas – autant nous sommes différents et complémentaires, autant chacun fera son propre parcours du retour au pays natal. Néanmoins un petit conseil qui s’applique à nous tous de la diaspora : créez dès votre arrivée et de manière très ferme des murs de Berlin pour tous les escrocs et parasites familiaux, les bosses de la fonction publique et de nos partis politiques actuels. Mis sans ménagement à la porte une seule fois, en général ils ne reviennent plus ensuite; concentrez-vous sur la famille et sur un nombre très réduit d’amis, sur vos priorités et surtout ne mettez pas de côté les bonnes habitudes et traditions culturelles que vous avez apprises hors du pays et que plusieurs ne comprendront pas – ce n’est pas grave, ils apprendront bientôt…
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De retour dans ma famille nucléaire et après 5 semaines, je me retrouve de plus en plus fatigué et incapable de bouger de mon fauteuil devant l’écran de télévision (sans coupures cette fois-ci). Finalement on me force à aller aux urgences médicales du principal C.H.U. J’ai immédiatement une décharge électrique de mon Mal guinéen : je leur dis que je suis un médecin spécialisé en épidémiologie, que je viens de passer 5 mois en Guinée, une des plus grandes réserves naturelles de bactéries, parasites et virus et que je suis revenu depuis à peine un mois. J’ai tout de suite vu les yeux des médecins briller de plaisir : enfin la meilleure publication médicale de l’année et peut-être même à terme le prix Nobel de médecine ? Avant même d’avoir pu dire « Mais… », je suis transféré rapidement en salle d’isolement blindée avec des stagiaires plein la baie vitrée pour observer l’extra-terreste. On me branche des tuyaux partout, dans la gorge, dans le nez et même dans les poumons ! Et ils cherchent et cherchent encore et finalement ne trouvent RIEN. Il faut donc me débrancher et comme je suis du métier, je demande des explications. Vous qui vivez en Occident vous nous connaissez, dès que nous sommes coincés nous commençons à sortir les gros mots que nous-mêmes ne comprenons pas du genre : « docteur vous avez sûrement dû faire une pneumonie liée à un virus local et ensuite votre organisme a réagi violemment en éteignant progressivement tous vos organes vitaux; nous avons réussi à vous sauver d’une mort certaine et donc vous devriez être très reconnaissant pour cela « . Bref, cette fois-là mon Mal guinéen a bien failli m’envoyer au Paradis.
Voilà quelques éléments caractéristiques de mon Mal guinéen et j’ai vraiment envie de m’en débarrasser maintenant. Sûrement que certains compatriotes se reconnaitront, même partiellement, dans le même Mal. Tant que nous ne le soignerons pas, en attendant de le guérir définitivement, nous resterons tous otages et victimes du triste bilan de notre passé de 52 ans en tant que république de Guinée. Nous avons tous vécu trois fois de rêves, délires et espérances initiales; suivis de déceptions pénibles après le constat que le jour du changement véritable n’allait jamais arriver de notre côté. Vous savez, le bon Dieu adore la Guinée, bien que de nombreux compatriotes soient aujourd’hui, en raison de leur Mal guinéen, persuadés du contraire : il nous a donné la terre la plus riche et la plus arrosée de notre sous-région, un sous-sol qui fait la jalousie et l’envie intéressée des plus grandes puissances du monde, un peuple intelligent qui a fait la fierté de l’Afrique dans les années 60, puis aujourd’hui dans tous les pays de la sous-région et maintenant du monde, malgré les conditions souvent lamentables dans laquelle cette diaspora s’est formée en exil. Nous avons des grands hommes érudits, des travailleurs ingénieux de tous les métiers de base et spécialisés qui ont raflé les marchés entiers de fruits et de petits services de la sous-région. Bien-sûr il y a eu des ratés, des jeunes qui sont devenus des vendeurs de drogue, des falsificateurs de papiers d’identité et même des bandits de grand chemin, mais sans vouloir les excuser pour leurs fautes qu’ils doivent payer devant de la justice, l’état guinéen porte aussi une grande part de responsabilité dans leur échec car eux aussi comptent parmi ses victimes indirectes. Sans compter tout cela, il a ouvert 4 fois les portes de l’espoir devant nous si, bien-sûr nous étions prêts à accepter le travail, la sueur, la morale et la poursuite de l’excellence. Les 3 premières fois nous avons accepté en applaudissant souvent bêtement trois chefs qui ont fait exactement le contraire. J’ai vécu de longues années dans des pays où il ne leur a jamais donné même une seule chance !
Cette fois-ci tous les vrais patriotes doivent relever les manches et combattre ces ennemis du vrai changement, même s’il le faut avec leurs propres armes, mais en restant propres et légaux. Je voudrais proposer une solution, ma solution pour commencer à guérir ensemble de notre Mal guinéen.
Alpha Oumar Telli Diallo
A suivre :
II. Mettons ensemble en place un grand mouvement social national, inclusif de tous les Guinéens et au dessus de nos partis politiques actuels.
III. Mon ambition et mon rôle dans ce mouvement.
www.guineeactu.com
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