Tous les leaders politiques guinéens doivent réagir immédiatement aux événements qui viennent de se produire dans notre pays.
En ce qui me concerne personnellement, je prie Dieu pour que le capitaine Moussa Dadis Camara ait la vie sauve. Car pour nous, mères, la vie humaine est sacrée. Nul ne peut avoir le droit d’ôter la vie à un autre être humain, quelle qu’en soit la raison. Nous sommes résolument contre la violence et, à plus forte raison, contre la peine de mort.
Le lieutenant Toumba Diakité sera arrêté, tôt ou tard, et mis en jugement. Il comparaîtra avec ses compagnons pour l’agression contre le capitaine Dadis, mais aussi et surtout pour les crimes commis le 28 septembre 2009. Bien sûr, il ne faudra pas qu’il porte tout seul le chapeau de tous ces crimes. Tous les militaires guinéens impliqués dans ces massacres et dans les viols des femmes guinéennes, ainsi que les éléments étrangers qui y ont participé, seront identifiés, où qu’ils se trouvent, et déférés devant les tribunaux. Nous ne pardonnerons jamais le crime de viol. Il est pire que le meurtre ou l’assassinat, car la femme violée ne se remet jamais d’une telle agression. Elle en porte toute sa vie les stigmates.
A la suite des événements tragiques qui viennent de se dérouler en Guinée, notamment après la tentative d’assassinat du capitaine Dadis, comment voyons-nous la Transition du régime de dictature vers le l’Etat de droit et de démocratie dans notre pays ?
Blaise Compaoré a été investi par ses pairs de la CEDEAO comme Facilitateur, à notre corps défendant (voir mon article précédent sur Guineeactu.com : « Une mère guinéenne interpelle Blaise Compaoré »). Nous n’allons pas faire contre mauvaise fortune bon cœur. Nous demandons un autre médiateur, plus qualifié, plus neutre et plus juste.
La médiation doit se poursuivre pour que notre pays sorte de l’impasse actuelle.
Le nouveau Facilitateur poursuit la médiation. Nous lui demandons de proposer la dissolution immédiate du CNDD dirigé par le capitaine Dadis, autoproclamé Président de la République de Guinée. Les militaires retournent alors dans les casernes et s’y cantonnent.
Le Conseil National de la Transition (CNT) est mis sur pied, sous la présidence d’une personnalité civile neutre, d’une haute moralité, aux mains et à la conscience propres.
Le CNT est composé de civils (les Sages les plus réputés de la société civile) et de militaires n’ayant pas les mains sales.
Le CNT est assisté d’un Gouvernement de Transition (et non d’union nationale, qui signifie généralement le partage du gâteau national proportionnellement à une soi-disant représentativité des partis politiques, ce qui revient à la paralysie et au maintien du statu quo) dirigé par un Premier ministre, Chef du Gouvernement, responsable devant le CNT, issu des Forces vives.
Avant de se porter candidat pour entrer dans le CNT et dans le Gouvernement de Transition, chaque responsable politique actuel devra réfléchir à deux fois, car il lui sera interdit de participer aux élections législatives et présidentielle qui suivront immédiatement la Transition.
Le Gouvernement de Transition ne comprend pas plus de 15 membres. C’est une équipe restreinte, dynamique, qui est chargée d’expédier les affaires courantes de l’Etat pendant une période n’excédant pas 12 à 18 mois. En plus de cela, ce gouvernement n’a pas d’autre fonction que de préparer une nouvelle Constitution devant mettre en place de nouvelles institutions républicaines : Président de la République, Assemblée nationale, Sénat, Cour suprême, Conseil économique et social, Conseil national de l’audiovisuel, Cour des comptes…
Le mandat du Président de la République ne dépassera plus la durée de 5 ans et ne sera renouvelable qu’une seule fois. Cette clause ne pourra pas être révisée, même par Référendum populaire.
Les élections législatives pour la mise sur pied de la l’Assemblée nationale doivent précéder l’élection présidentielle.
Le Sénat sera l’émanation de quatre Assemblées régionales représentant les élus locaux des quatre Régions naturelles de la Guinée (Basse Guinée, Moyenne Guinée, Haute Guinée, Forêt), ce qui va conférer à chacune de ces quatre régions une autonomie relative (culture, éducation, santé, développement régional…). Face à l’Assemblée régionale, il y aura un exécutif régional dirigé par un Gouverneur représentant l’Etat central.
Ce Gouverneur devra être élu, comme aux Etats-Unis, et sera, par conséquent, indépendant à l’égard du pouvoir central.
De ce fait, plus aucun des quatre grands groupes ethniques (Soussous, Peulhs, Malinkés, Forestiers) ne se sentira plus exclu, ni brimé. L’Etat central, basé dans la capitale, qui devra quitter Conakry (qui restera la capitale économique) et s’installer à l’intérieur du pays (à un centre équidistant de chacune des communes les plus éloignées), va monopoliser l’Armée, les Affaires étrangères, l’Administration territoriale, la Monnaie, la Planification nationale, l’Exploitation et la Valorisation des Ressources naturelles.
En ce qui me concerne personnellement, je préconise qu’on appelle dans le Gouvernement de Transition des personnes qui n’ont jamais été mêlées à la gestion des affaires publiques guinéennes. Des personnes neuves qui vont délivrer l’administration publique de notre pays du virus de la corruption.
Je préconise également la création d’une grande école de formation des cadres, l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), pour bien former les grands commis de l’Etat et les administrateurs civils.
Cette ENA sera dotée d’une section « Relations internationales » qui sera destinée à former les futurs diplomates guinéens, ce qui nous évitera le ridicule que nous vivons actuellement, vu que la plupart de nos représentants diplomatiques ne sont que des apprentis sorciers, comme ce que l’on voit actuellement à Paris et dans la plupart des capitales du monde entier.
Si nous réussissons à mettre en œuvre ce plan, je suis persuadée que nous arriverons à régler tous nos problèmes, à vivre en paix et en harmonie, et à assurer le développement économique et social de notre pays, la Guinée.
Sanaba Coné Camara
www.guineeactu.com