mardi 25 janvier 2011
Nous devons réécrire l’histoire de la Guinée
Paul Thea

Il y a quelques années, j’avais trouvé sur le site officiel de la Guinée, l’histoire de notre pays que je ne connaissais pas et du coup en m’amusant, j’en avais fait une petite vidéo qui a fait un tabac sur youtube.com ; depuis lors, j’ai compris que beaucoup de nos compatriotes ne connaissent pas ou connaissent mal notre histoire.

Quelques années plus tard, dans mes émissions radio, j’ai eu l’idée d’inviter des personnalités pour raconter leurs parcours et à travers leurs témoignages, connaitre et comprendre la Guinée.

Ainsi, j’invitai le professeur Ansoumane Doré, Tonton Jean Jacques Lao, le Doyen Bokoum (eh oui, celui qui écrit le français compliqué pour nous qui avons la base coco lala. lol), Tonton James Soumah pour ne citer qu’eux et pour finir le professeur Kapet de Bana sur recommandation car je ne le connaissais pas.

Le professeur Kapet de Bana, camerounais, héritier de Félix Roland Moumié, ancien conseiller de Ben Bella et professeur à l’Université d’Alger, fut pendant longtemps l’homme de plume de Sékou Touré et doyen de Faculté à l’Institut Gamal Abdel Nasser de Conakry ; pour finir, il passa dix ans au camp Boiro.

Après au moins quatre interviews et plusieurs conversations hors antenne, le prof Kapet me déclara qu’il m’adoptait comme fils et pour la première fois il décida de témoigner sur ses expériences en Guinée y compris ses années d’incarcération ; une première.

·    Le documentaire sur la Guinée : voilà comment est venue la décision de faire un documentaire sur la Guinée sans perdre du temps avec un « grand mais » ; eh oui car je me préparais plutôt à aller au festival de l’art nègre de Dakar et faire un reportage sur les femmes de Walo du côoté de St Louis au Sénégal et tout d’un coup un autre projet ; bref, comment le financer ? Heureusement, le financement fut vite trouvé ; ma carte de résidence française expirée quelques jours auparavant, je me vois contraint de filer sur Chicago pour un visa. J’apprends sur place que le visa n’est plus délivré le jour même ; alors, de par mon confrère Amadou Bonè Diallo, je fais la connaissance du Dr Sow Aboubacar Sidy prof de math dans une Université, qui m’héberge et me présente son livre « Les mystères de la conscience et le secret de la réussite » dont je parlerai plus tard; une formidable soirée avec Mr et Mme Sow qui s’acheva à minuit.

·    L’équipement : puisque c’est un projet privé, la station TV ne m’autorise pas à prendre les équipements hors des USA ; à chaque problème sa solution providentielle ; je passe par New Jersey pour prendre la camera d’Amadou Diallo et pour acheter tout le nécessaire.


Mon séjour à Paris

C’est ainsi que je débarquai à Paris le 22 décembre 2010 à 7h du matin entre deux fermetures d’aéroport ; la neige, la pluie et le froid exceptionnels n’ont rien pu contre ma détermination à honorer tous mes rendez-vous ; ceux que j’avais prévu de rencontrer et ceux qui m’ont été recommandés sauf un; l’exception qui confirme la règle ; après l’interview de Mr James Soumah, je devais rencontrer Mr Thierno Monénembo à la gare de St Lazare et, manque de pot, je découvre qu’avant de sortir, j’avais mis mon portable à la charge puis oublié, son numéro y est mémorisé. En plus le prof Kapet me demande de le rejoindre ; bref , plus tard, je présentai mes excuses sur le répondeur de Mr Monénembo.

·    Les intervenants : Mme Sylvia Serbin historienne et journaliste, auteur de « Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire », Mme Christiane Diop de présence africaine pour me parler de son frère Mr David Diop, le poète qui enseigna à Kindia et avec d’autres intellectuels africains venus au secours de la Guinée, leur avion s’écrasa au bord de Dakar en partant en vacances ; le Doyen Nour Bokoum, Tonton Jean Jacques Lao, Tonton James Soumah, Tonton Alexandre Habas, Mr Malik Diarra écrivain sénégalais qui travailla dans plusieurs villes guinéennes, Mr Charles Onana, écrivain camerounais et évidemment Prof Kapet de Bana.

·    Mes première rencontre avec le professeur Kapet : je devais effectuer un petit voyage privé pour des condoléances en dehors de Paris et je trouvais inapproprié de prendre mon matériel avec moi. Le matin comme convenu, un coup de fil au prof pour connaitre le point de rencontre ; malheureusement pour moi, le train est vraiment en retard, je ne peux pas partir à la maison et être à temps au rendez-vous ; alors comme c’est juste pour décider du plan de travail, je ne me fais pas trop de soucis.

Je trouve le prof Kapet debout, en tenue africaine, sous un arbre de Noël, devant le magasin Carrefour du centre commercial de Noisy-le-Grand; je n’oublierai jamais cette image. Je m’en voulais de n’avoir ni appareil photo, ni camera, ni dictaphone car la prise de contact est vite devenue un cours d’histoire sur la Guinée, sur le panafricanisme et le Kapetisme; ses expériences avec les grands de l’Afrique. La discussion est intéressante, il décide de me montrer ses archives en plein Paris ; cela n’était pas prévu ; il m’offre des brochures et des documents à photocopier ; puis vint le moment de se séparer. Il me demanda si j’avais l’impression d’avoir perdu mon temps, je lui dis le plaisir que j’avais eu en sa compagnie ; il se tourna vers moi pour me dire que c’était l’une de ses meilleures journées ; j’étais aux anges.

C’est en ce moment que j’ai regardé ma montre, il était 20h30 pour une rencontre commencée à midi.


Conclusion


Kapet de Bana

Toutes mes rencontres avec le professeur Kapet sont en soit un roman ; ses déplacements sont difficiles, parfois sa mémoire flanche parce que dix ans de Camp Boiro, ça vous marque un homme dans tous les aspects. Je ne sais pas ce que j’ai fait de particulier pour que le professeur Kapet qui avait toujours refusé aux journalistes des témoignages surtout sur le camp Boiro, décide de tout me raconter ; j’en suis honoré.

Je tiens à remercier tous les intervenants et tous ceux qui m’ont permis d’aller filmer à Paris ; merci à toutes les rencontres qui m’ont beaucoup apportée.

Je ne peux pas m’empêcher de remercier ma cousine Mme Céougna Yvette qui m’hébergea et m’offrit un service 3 étoiles.

Pour des raisons professionnelles, je suis revenu aux USA, ce dimanche 23 janvier plus tôt que prévu mais avec plein d’informations pour faire un documentaire. Plus je découvre l’histoire de la Guinée, plus j’ai la conviction que nous devons nous regarder en face et nous dire la vérité ; il y a du vrai et il y a beaucoup de faux; d’où la nécessité de la réécrire.

Nous ne pourrons jamais bâtir une nation ou instaurer un Etat de droit sur du mensonge.

C’est à Paris que j’ai eu l’idée de créer une fondation avec des personnes de bonne volonté pour recueillir des documents et des témoignages sur tous les grands événements de notre pays, de l’indépendance à la transition.

La conclusion, je la laisse au professeur Kapet, qui après avoir chanté l’hymne du Cameroun version union des populations du Cameroun (UPC), me confia qu’en Algérie, il appelait Mr Franz Fanon, docteur et qu’un jour ce dernier le toisa : « docteur, c’est pour la science, je suis africain comme toi alors c’est grand frère ou petit frère mais plus de docteur » ; ensuite, il me regarda dans les yeux pour me dire : puisque je t’ai adopté comme mon fils, chaque fois que tu me dis professeur Kapet, j’en éprouve de la peine ; grand frère ou Papa.

Et chaque fois que je disais Papa, je sentais dans son regard et par son sourire, un bonheur indescriptible; alors Papa Kapet merci pour tout.

Je compte finir ce film en trois mois pour le présenter aux différentes TV du monde ; ensuite j’irai à Paris pour une projection officielle suivie d’un débat.

Ce sera ma façon d’honorer toutes les victimes innocentes des différents régimes guinéens.


Paul THEA


NB.
Le site de Papa Kapet « mémoire d’Afrique » est : www.africa.smol.org


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
GilBlack, samedi 29 janvier 2011
Merci Paul du courage.Mais surtout faites votre travail en dehord de notre pays sinon... Je vous souhaite longévité afin d`achever votre oeuvre.Merci encore une fois de plus.
Tonton D, vendredi 28 janvier 2011
Du courage Mr Théa,je suis rassuré que ceux qui se reclament comme victimes seront deçus après diffusion de ce film documentaire.Comme c`est la vérité qu`ils veulent savoir ,que Dieu fasse qu`ils le savent et qu`ils l`acceptent.
Paul THEA, jeudi 27 janvier 2011
Mr Nurdin, une fondation pour le long terme; faire témoigner tous les acteurs victimes ou pas c`est un travail de long terme.
Paul THEA, jeudi 27 janvier 2011
j`etais en voyaget et Mr Diallo malade pourquoi la radio ne marchait pas. Sorry
Paul THEA, jeudi 27 janvier 2011
Monsieur Mami, je m`explique encore, je veux faire cette fondation pour faire plusieurs documentaires; nous nous pouvons pas tout mettre sur un dvd. Je vais contacter tous ceux qui peuvent témoigner de partout; ce n`est qu`un début.
nurdin, mercredi 26 janvier 2011
Prenez votre temps mon frère et surtout ne pas supposer que seuls les victimes sont mieux indiquées pour vous aider dans votre travail. Aussi, j`ai toujours douté du chiffre de 50000 morts attribués à sekou touré c`est pourquoi, je souhaite que votre travail permette de savoir un peu sur ce chiffre. Le règne de sékou touré étant historiquement recent, n`est - il pas possible de drésser la liste des victimes?
mami, mercredi 26 janvier 2011
Mr Thea Je vous conseillerai de consulter tous les acteurs sans exception qui sont encore en vie pour vous permettre de livrer un documentaire credible et surtout pas partisan. Le vieux Baba Kourouma ancien de Boiro, Facinet Toure, Sidi Diarra, tous ancien de Boiro, les enfants de Mamadou Boiro,largue de l avion en 1969, les enfants des victimes de l agression du 22 novembre,ceux des victimes de Boiro, les victimes de Kindia(anciens dignitaires du premier regime) les victimes de Janvier 2007, les victimes de la Foret, enfin les victimes du 28 septembre.
Oury Baldé, mercredi 26 janvier 2011
Bon courage Paul !Vous abattez un travail de bucheron et d`interet public.L`histoire vous donnera raison.Eh! Paul faites please une annonce à chaque fois vous avez un doc interessant à se mettre sous la dent sur radio togbo.J`y suis retourné ces derniers temps but nothing on air! Bless!
mamadou saliou bah, mercredi 26 janvier 2011
Mr! Thea ! Il apppartient a chaque generation de revisiter son histoire et de d`apporter les rectificatifs qu`il faut . Beau et bon projet .! Je voudrais , si vous le voulez bien vous suggerer une personne a contacter . Cest la mere de Bah Boubacar de GUINEENEWS . Elle est l`une des meilleures amies de KI ZERBO ,de TAMSIR NIANE et autres . Ils sont promotionnaires. Elle s`est specialisee en GEOGRAPHIE , n`empeche , elle peut beaucoup apporter. Contactez la ,SVP ! Bon courage et bonne reussite ! Best Regards !
Mme TOURE, mercredi 26 janvier 2011
MERCI PAUL Nous devons dire la vérité rien que la vérité sur ces évènements douloureux et impunis, car il y a beaucoup d`incohérence WASALAM
Baldé koin, mercredi 26 janvier 2011
bravo M Thea bon courage
Paul THEA, mercredi 26 janvier 2011
Frere Sampil, je suis deja ton jeune frere et j`en suis fier. Regards. Paul
Paul THEA, mardi 25 janvier 2011
Mr Kande merci pour la confiance et je vous assure que tous les temoignages sont importants que les temoins soient en Guinee ou pas; c`est pourquoi la creation d`une fondation pour obtenir tous les temoignages. Regards. Paul
Kande_Egypte, mardi 25 janvier 2011
Grand frere Thea. Si j`étais a vos cotes, je militerais pour vous et participerais a vos démarches (if you don`t mind ofcourse). Bon courage !!!. By the way, il y a aussi des personnes ressources en Guinee qui ne sont pas toutes mortes. Elles pourront vous fournir d`autres info non moins importantes.
Diogo Diallo, mardi 25 janvier 2011
Oui Mr Théa il faut vraiment réécrire l`histoire de la guinée car il ya beaucoup d`incohérence dans ce qu`on nous a appris. Et comme vous le dite on ne peut pas bâtir une nation et un état de droit sur le mensonge. Mais on ne peut pas non plus construire une démocratie sur le mensonge. Bon courage dans votre travail et que Dieu vous aide à réussir à atteindre le but visé car il me paraît noble et essentiel. J`ai hâte.
Mohamed Sampil, mardi 25 janvier 2011
Paul...Tu es l`un de ceux que j`aimerais avoir pour " petit frère": poli, courtois, humble ,bref, BIEN ELEVE...Pas comme ces huberlulus que nous avons sur le net et qui ont perdu toutes ces valeurs de notre chère mère Afrique..Il ,suffit qu`ils sachent prendre le métro pour ne plus avoir de respect pour presonne ..En somme ils ne CONNAISSENT pas la France de la noblesse et de la Bourgeoisie ou des bonnees " manières" mais celle des HLM, quoi que je ne méprise pas leurs habitants...Cependant un Français de Neuilly n`épousera jamais une Française de Montfermeil..Et pour cause ,ils ne se rencontreront jamais...Wassalam...
Camara, mardi 25 janvier 2011
Mr Paul Thea c´est pour vous dire tout simplement chapaeux de votre l´article.L´homme a lu plus de 100 articles dans ce site mais, votre article m´a vraiment cedu respect.Les Guineens doivent prendre l´exemple sur vous prochainement s´ils veulent ecrire de bon articles;encore chapaeux.
Abdoulaye Diallo, Rotterdam, mardi 25 janvier 2011
Félicitation Paul et bonne chance!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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