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Il y a quelques années, j’avais trouvé sur le site officiel de la Guinée, l’histoire de notre pays que je ne connaissais pas et du coup en m’amusant, j’en avais fait une petite vidéo qui a fait un tabac sur youtube.com ; depuis lors, j’ai compris que beaucoup de nos compatriotes ne connaissent pas ou connaissent mal notre histoire.
Quelques années plus tard, dans mes émissions radio, j’ai eu l’idée d’inviter des personnalités pour raconter leurs parcours et à travers leurs témoignages, connaitre et comprendre la Guinée.
Ainsi, j’invitai le professeur Ansoumane Doré, Tonton Jean Jacques Lao, le Doyen Bokoum (eh oui, celui qui écrit le français compliqué pour nous qui avons la base coco lala. lol), Tonton James Soumah pour ne citer qu’eux et pour finir le professeur Kapet de Bana sur recommandation car je ne le connaissais pas.
Le professeur Kapet de Bana, camerounais, héritier de Félix Roland Moumié, ancien conseiller de Ben Bella et professeur à l’Université d’Alger, fut pendant longtemps l’homme de plume de Sékou Touré et doyen de Faculté à l’Institut Gamal Abdel Nasser de Conakry ; pour finir, il passa dix ans au camp Boiro.
Après au moins quatre interviews et plusieurs conversations hors antenne, le prof Kapet me déclara qu’il m’adoptait comme fils et pour la première fois il décida de témoigner sur ses expériences en Guinée y compris ses années d’incarcération ; une première.
· Le documentaire sur la Guinée : voilà comment est venue la décision de faire un documentaire sur la Guinée sans perdre du temps avec un « grand mais » ; eh oui car je me préparais plutôt à aller au festival de l’art nègre de Dakar et faire un reportage sur les femmes de Walo du côoté de St Louis au Sénégal et tout d’un coup un autre projet ; bref, comment le financer ? Heureusement, le financement fut vite trouvé ; ma carte de résidence française expirée quelques jours auparavant, je me vois contraint de filer sur Chicago pour un visa. J’apprends sur place que le visa n’est plus délivré le jour même ; alors, de par mon confrère Amadou Bonè Diallo, je fais la connaissance du Dr Sow Aboubacar Sidy prof de math dans une Université, qui m’héberge et me présente son livre « Les mystères de la conscience et le secret de la réussite » dont je parlerai plus tard; une formidable soirée avec Mr et Mme Sow qui s’acheva à minuit.
· L’équipement : puisque c’est un projet privé, la station TV ne m’autorise pas à prendre les équipements hors des USA ; à chaque problème sa solution providentielle ; je passe par New Jersey pour prendre la camera d’Amadou Diallo et pour acheter tout le nécessaire.
Mon séjour à Paris
C’est ainsi que je débarquai à Paris le 22 décembre 2010 à 7h du matin entre deux fermetures d’aéroport ; la neige, la pluie et le froid exceptionnels n’ont rien pu contre ma détermination à honorer tous mes rendez-vous ; ceux que j’avais prévu de rencontrer et ceux qui m’ont été recommandés sauf un; l’exception qui confirme la règle ; après l’interview de Mr James Soumah, je devais rencontrer Mr Thierno Monénembo à la gare de St Lazare et, manque de pot, je découvre qu’avant de sortir, j’avais mis mon portable à la charge puis oublié, son numéro y est mémorisé. En plus le prof Kapet me demande de le rejoindre ; bref , plus tard, je présentai mes excuses sur le répondeur de Mr Monénembo.
· Les intervenants : Mme Sylvia Serbin historienne et journaliste, auteur de « Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire », Mme Christiane Diop de présence africaine pour me parler de son frère Mr David Diop, le poète qui enseigna à Kindia et avec d’autres intellectuels africains venus au secours de la Guinée, leur avion s’écrasa au bord de Dakar en partant en vacances ; le Doyen Nour Bokoum, Tonton Jean Jacques Lao, Tonton James Soumah, Tonton Alexandre Habas, Mr Malik Diarra écrivain sénégalais qui travailla dans plusieurs villes guinéennes, Mr Charles Onana, écrivain camerounais et évidemment Prof Kapet de Bana.
· Mes première rencontre avec le professeur Kapet : je devais effectuer un petit voyage privé pour des condoléances en dehors de Paris et je trouvais inapproprié de prendre mon matériel avec moi. Le matin comme convenu, un coup de fil au prof pour connaitre le point de rencontre ; malheureusement pour moi, le train est vraiment en retard, je ne peux pas partir à la maison et être à temps au rendez-vous ; alors comme c’est juste pour décider du plan de travail, je ne me fais pas trop de soucis.
Je trouve le prof Kapet debout, en tenue africaine, sous un arbre de Noël, devant le magasin Carrefour du centre commercial de Noisy-le-Grand; je n’oublierai jamais cette image. Je m’en voulais de n’avoir ni appareil photo, ni camera, ni dictaphone car la prise de contact est vite devenue un cours d’histoire sur la Guinée, sur le panafricanisme et le Kapetisme; ses expériences avec les grands de l’Afrique. La discussion est intéressante, il décide de me montrer ses archives en plein Paris ; cela n’était pas prévu ; il m’offre des brochures et des documents à photocopier ; puis vint le moment de se séparer. Il me demanda si j’avais l’impression d’avoir perdu mon temps, je lui dis le plaisir que j’avais eu en sa compagnie ; il se tourna vers moi pour me dire que c’était l’une de ses meilleures journées ; j’étais aux anges.
C’est en ce moment que j’ai regardé ma montre, il était 20h30 pour une rencontre commencée à midi.
Conclusion
| | Kapet de Bana |
Toutes mes rencontres avec le professeur Kapet sont en soit un roman ; ses déplacements sont difficiles, parfois sa mémoire flanche parce que dix ans de Camp Boiro, ça vous marque un homme dans tous les aspects. Je ne sais pas ce que j’ai fait de particulier pour que le professeur Kapet qui avait toujours refusé aux journalistes des témoignages surtout sur le camp Boiro, décide de tout me raconter ; j’en suis honoré.
Je tiens à remercier tous les intervenants et tous ceux qui m’ont permis d’aller filmer à Paris ; merci à toutes les rencontres qui m’ont beaucoup apportée.
Je ne peux pas m’empêcher de remercier ma cousine Mme Céougna Yvette qui m’hébergea et m’offrit un service 3 étoiles.
Pour des raisons professionnelles, je suis revenu aux USA, ce dimanche 23 janvier plus tôt que prévu mais avec plein d’informations pour faire un documentaire. Plus je découvre l’histoire de la Guinée, plus j’ai la conviction que nous devons nous regarder en face et nous dire la vérité ; il y a du vrai et il y a beaucoup de faux; d’où la nécessité de la réécrire.
Nous ne pourrons jamais bâtir une nation ou instaurer un Etat de droit sur du mensonge.
C’est à Paris que j’ai eu l’idée de créer une fondation avec des personnes de bonne volonté pour recueillir des documents et des témoignages sur tous les grands événements de notre pays, de l’indépendance à la transition.
La conclusion, je la laisse au professeur Kapet, qui après avoir chanté l’hymne du Cameroun version union des populations du Cameroun (UPC), me confia qu’en Algérie, il appelait Mr Franz Fanon, docteur et qu’un jour ce dernier le toisa : « docteur, c’est pour la science, je suis africain comme toi alors c’est grand frère ou petit frère mais plus de docteur » ; ensuite, il me regarda dans les yeux pour me dire : puisque je t’ai adopté comme mon fils, chaque fois que tu me dis professeur Kapet, j’en éprouve de la peine ; grand frère ou Papa.
Et chaque fois que je disais Papa, je sentais dans son regard et par son sourire, un bonheur indescriptible; alors Papa Kapet merci pour tout.
Je compte finir ce film en trois mois pour le présenter aux différentes TV du monde ; ensuite j’irai à Paris pour une projection officielle suivie d’un débat.
Ce sera ma façon d’honorer toutes les victimes innocentes des différents régimes guinéens.
Paul THEA
NB. Le site de Papa Kapet « mémoire d’Afrique » est : www.africa.smol.org
www.guineeactu.com
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