lundi 15 mars 2010
Notion de génétique 3e partie

Dans notre dernier article, notre randonnée scientifique dans les vastes prairies de la technologie biomoléculaire, nous a amené à explorer les notions de chromosome et de gène. Aujourd’hui, nous enchainerons avec les maladies génétiques, mais seulement après avoir parlé de la structure et des anomalies chromosomiques.

STRUCTURE D’UN CHROMOSOME :

De manière très simplifiée, un chromosome est généralement fait de trois parties (comme l’indique la figure ci-dessous), il possède une zone (le centromère) qu’on voit sur la figure comme une fine ceinture divisant le chromosome en deux extrémités supérieure et inférieure, ce sont les chromatides, respectivement désignées par les lettres p et q. A noter que la position axiale du centromère varie selon les chromosomes (voir caryotype). Les chromatides p et q sont faites d’un assemblage de régions segmentaires –les gènes (en couleurs sur la figure). Chaque gène correspond à un trait ou caractère héréditaire déterminé. Cependant, certains caractères complexes, correspondent à plusieurs gènes situés sur différents chromosomes. Nos 22 paires de chromosomes ou autosomes (sur le caryotype), portent des gènes dits autosomiques, qui sont communs aux deux sexes. Ces gènes sont très nombreux, et s’évaluent par milliers. La couleur des yeux, la forme des cheveux, les groupes sanguins, etc., sont des exemples de caractères héréditaires. Parfois, nos gènes portent des défauts qui se traduisent par une condition médicale, comme l'albinisme par exemple


  

ANOMALIES CHROMOSOMIQUES

Comme indiqué dans notre précédente édition, la Mitose est le processus par lequel, la presque totalité de nos cellules se divise. Elle se déroule en quatre grandes phases, dont la 3e est appelée Métaphase. C’est lors de cette dernière, que les chromosomes sont bien distincts et visibles au microscope électronique. Encore une fois, épargnons-nous les détails, car il faut vite aller à l’essentiel.

Ainsi, c’est avec un œil exercé que le spécialiste du domaine peut identifier diverses anomalies chromosomiques au caryotype, dont on connaît désormais la définition (voir la première figure ci-dessous). Les anomalies chromosomiques les plus courantes se résument comme suit:

1) La perte ou la multiplication d'un segment de chromosome.

2) Une permutation ou transfert de fragments entre deux chromosomes non homologues. Un exemple bien connu en Hématologie (science médicale du sang), est le « Philadelphia Chromosome » – court chromosome 22, résultant d’un échange de fragments entre les chromosomes 9 et 22 (translocation 9,21). Il se rencontre dans certaines formes de cancer du sang notamment – les leucémies (nous y reviendrons).

3) La présence d'un ou de plusieurs chromosomes en surnombre. Il y a un exemple typique dans ce groupe aussi, c’est « la trisomie 21 » qui montre 3 chromosomes 21 au lieu des deux habituels, à cette position sur le caryotype (voir figure ci-dessous caryotype). Cette condition s’appelle « Down Syndrom » – dans le monde anglo-saxon. Dans certains milieux d’expression française, c’est le terme mongolisme qui est encore en usage, bien qu’il soit politiquement incorrect. Cette condition génétique s’accompagne d’une altération mentale ou déficience intellectuelle et des modifications morphologiques typiques de la maladie.

4) Le manque d'un ou plusieurs chromosomes entiers. C’est le cas des monosomies (présence à quelques niveaux du caryotype, d’un simplet, au lieu d’un doublet chromosomique comme le montre la figure ci dessous). Si un chromosome des 22 premières paires (autosomes) manque, on parlera de monosomie autosomique. Toutes les monosomies autosomiques sont fatales, incompatibles avec la vie. Par contre, les monosomies touchant la 23e paire de chromosomes (chromosomes sexuels ou gonosomes) ne sont pas fatales. C’est le cas « du syndrome de Turner ». Cette condition est plus habituelle chez les femmes car la variante masculine de cette maladie est encore plus rare. Chez la femme, cette maladie est caractérisée par l’absence sur le caryotype du deuxième chromosome X. Sa formule caryotypique est donc (45, X0 au lieu de 46 chromosomes). Cette condition associe une petite taille, une stérilité, due à l’absence ou à l’atrophie des ovaires et bien d’autres signes.


 
 

MALADIES GENETIQUES ET HEREDITAIRES

Les maladies héréditaires sont des maladies génétiques transmissibles dues à l’altération d’un gène mutation. Et la protéine qui résulte d’un gène mutant est souvent altérée et ne peut souvent plus remplir sa fonction normale ou assumer le rôle qui lui est assigné, d’où la naissance d’une anomalie ou pathologie particulière qui se transmet de génération en génération. C’est le cas de la Drépanocytose qui est l’apanage des populations noires. La base génétique de la Drépanocytose fera d’ailleurs l’objet d’une prochaine édition.

Un exemple de mutation responsable de maladies génétiques mais non transmissible donc pas héréditaire, peut est le cancer. Le lien ci-dessous par exemple sur un travail auquel j’ai été associé, porte sur la base génétique d’un groupe de cancers du sang (à l’attention des bilingues). C’est sur cette parenthèse que prend fin l’édition d’aujourd’hui. En attendant le prochain article sur les gènes et l’hérédité, je vous souhaite du bien.


A. Modibo Traore, UK


http://www3.interscience.wiley.com/journal/120126533/abstract  


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ibrahima BAH, samedi 20 mars 2010
Je ne regrette pas de lire régulièrement guineactu car grâce aux articles des gens comme Mr Modibo j`ai amélioré mes notes. La vérité c`est que j`ai mieux appris avec lui qu`avec mon prof actuel. Merci grand frère. Ibou BAH
Maimouna Barry, vendredi 19 mars 2010
Il n’y a pas d’âge pour apprendre. Grand merci au Dr Modibo Traoré pour la science qu’il nous enseigne avec méthode, surtout à nous génération de l’éducation cocola. Et grand, grand MERCI aux Doyens Doré & Bokoum pour leur culture et leur sagesse. QUE DIEU leur donne longue VIE et SANTE POUR QU’ILS PUISSENT VOIR ET PARTICIPER AU PLUS HAUT NIVEAU DE L’ETAT.
Ansoumane Doré, vendredi 19 mars 2010
Qui n`a pas rencontré en lisant son journal quotidien des raccourcis comme ADN, OGM et autres qu`il du mal à comprendre? Or "l`honnête homme" du XXIe siècle a besoin d`un minimum de connaissance pour pouvoir se retrouver dans ce siècle.Le Net, formidable instrument de culture, nouvellement apparu, peut aider ceux qui veulent s`aider dans la quête de la connaissance.Des Guinéens de grandes qualités humanistes, scientifiques et techniques veulent aider leurs compatriotes dans l`acquisition du savoir de l`honnête homme.C`est ce que le Docteur Amadou Modibo Traoré tente de faire dans cette série de présentations remarquables . Qu`il en soit remercié.
Modibo Traore, Uk, jeudi 18 mars 2010
Cher Ibrahima, pour mieux vou repondre, je vais reprendre quelques notions. Dans le permier article consacre a cette rubrique, on avait dit que notre materiel genetique (AND ou genome) est compose de pres de 3 milliards de bases (nucleotides) et que, c’est la sequence (hautement conservee) de ces bases qui constitue notre code ou message genetique (impliquee dans la transmission des caracteres hereditaires). Dans la population generale, il y’a toutefois des variations sequentielles du genome portant seulement sur 0,1% des bases, ce qui signifie, qu’on soit blanc, noir ou jaune, on est identique a 99,9%, d’ou l’unicite de l’espece humaine. Par ailleurs, ce chiffre indique que, si l’on prend deux individus au hasard, la sequence nucleotidique de leur ADN variera par quelques 3 millions de bases, ce qui est largement suffisant pour rendre compte des differences inter et intra raciale au sein de notre espece. Ces variations, pour arriver a votre question, sont en realite des mutations. Mais, vous et moi savons qu’il n’y a pas un groupe d’individus standards servant de reference (Hitler ayant heureusement echoue), et les variations dont ils s’agit, ne sont pas toutes impliquees dans des maladies (phenotypes morbides). C’est pourquoi, ces variations qui peuvent porter sur une seule base ou sur un groupe de bases sont preferentiellement appelees polymorphismes genetiques. Alors que le terme mutation (qui est aussi egal a polymorphisme) est utilisé a chaque fois que le nucléotide ou groupe de nucleotides différents du cas généralement observé, est impliquée dans la survenue d’une maladie donnée. Par exemple, dans la drepanocytose, il s’agit d’une mutation dans la la mesure ou la base T qui remplace la l’habituelle base A dans le codon 6 du gene qui code pour l’une des chaines de l’Hemoglobine (proteine des globules rouges) entraine des consequences medicales qui peuvent etre tres dramatiques. Les mutations sont soient hereditaires ou non hereditaires. Dans le premier cas, il y’a l’exemple de la drepanocytose et dans le deuxieme, celui du cancer de certains globules blancs du sang (Leucemie Myeloide Chronique par exemple) dans lequel, c’est une transversion de G a T dans le gene qui code pour la proteine JAK2 qui est la cause de la proliferation cancereuse de ces globules. Je m’excuse, c’est parfois difficile de se passer du jargon. Je ne sais si j’ai bien repondu a votre question, mais j’y reviendrai.
Ibrahima Bah, mercredi 17 mars 2010
Est-ce que les mutations genetiques sont hereditaires ou acquises? Est-ce qu`il ya un lieu specifique de mutations sur le chromosome? Merci mon frere.
Sékou Oumar Camara, mercredi 17 mars 2010
A lire les papiers de Modibo sur la génétique mais aussi sur la politique guinéenne, je ne peux m`empêcher de me dire à moi-même: "les talents sur le net, les tocards aux commandes". Vivement que la médiocratie guinéenne et la "trancision" en cours disparaissent ensemble...
sanaba Coné, mardi 16 mars 2010
Mon frère Traoré, c`est à nous de vous remercier de cette rubrique. Je ne connais absolument rien sur la science,donc vos explications permettent de cerner le fontionnement de la génétique. Merci aussi à mon frère Namory de rappel du journal Science et Vie qui était mensuel si je ne me trompe pas. Vivement la suite mon frère.
NAMORY CAMARA, mardi 16 mars 2010
Modibo, Sans pour autant rien connaitre del genetique ou des sciences medicales, j`avoue que je suis impressionne de la qualite de l`article et ne peux que t`encourager dans un domaine qui reste hermetique au grand public. De par tes lignes je sens ta volonte de rendre cette science simple et accessible au plus grand nombre. Cet article denote encore une fois de la grande intelligence inexploitee des jeunes africains qui manquent cruellement de cadres institutionnels et de moyens afin de mieux servir leur pays.Juriste de formation, j`ai toujours montre un interet pour la biologie et la science. Je me rappelle encore d`un journal Science et vie? J`espere que je ne me suis pas trompe que je cherchais a lire lors de mon passage a la franco-guineenne! Ce n`est nullement un luxe pour les africains de penser a diffuser en masse les etudes scientifiques. Un journal panafricain des sciences dans lequel les jeunes scientifiques pourraient etaler leur recherche et le partager largement avec les jeunes africains, reste un bel projet a realise. Namory
Modibo Traore, UK, mardi 16 mars 2010
Sœur Sanaba, merci pour votre intérêt. Rassurez-vous, votre question n`est pas du tout bête. Bien au contraire, elle est intéressante. Mais puisque sa réponse paraitra un peu plus longue, je préconise de consacrer la prochaine édition à la réponse de cette question. En attendant, permettez moi d’apportez un petit éclairci sur l’emploi du terme enfant mongol. Avant 1960, la cause génétique du Syndrome de Down n’était pas connue. Les Mongols, habitants de la Mongolie sont généralement de petite taille par rapport à la moyenne générale. Et comme la petitesse de la taille et la rondeur du facies (facies lunaire) font partie des caractéristiques typiques du syndrome de Down, le terme Mongolisme était utilisé. Mais depuis 1959, date de la découverte d’un chromosome 21 surnuméraire, chez ces individus, le terme mongolisme est tombé en désuétude, même si ce n’est pas totalement. Ainsi un enfant mongol n’a rien à voir avec la maladie, c’est comme si vous disiez un enfant Français. On dira alors plutôt, un enfant atteint de Mongolisme ou du syndrome de Down. Mais comme je l’ai dit, le terme Mongolisme pour designer une maladie est politiquement incorrecte et offensant pour le peuple Mongol. D’où la nécessité d’employer le terme trisomie 21 ou syndrome de Down en son lieu et place. Encore une fois, en attendant le prochain article, je vous dis merci.
sanaba Coné, mardi 16 mars 2010
Merci Mr Traoré de toutes ces explications.J`ai une question bête à vous poser. Voilà:quel chromosome entre en compte pour qu`une femme donne naissance à un enfant mongol notamment chez nous en Afrique bien qu`il y ait pas d`antécedent dans la cellule famiale du couple? Excusez moi d`utiliser le terme francophone

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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