jeudi 15 juillet 2010
Note rapide sur le scrutin du 27 juin 2010
A. Modibo Traore

Après une élection paisible mais entachée de fraudes massives et généralisées, nous nous apprêtons à retourner aux urnes pour le choix final du président de la république. Mais avant, une étape s’avère constitutionnellement nécessaire, la cours suprême doit se prononcer sur les résultats provisoires du premier tour, controversés en raison de fraudes relevées ça et là, non seulement par l’ensemble des candidats, mais aussi par le gouvernement guinéen lui-même. Si ces résultats sont entérinés, deux candidats, en l’occurrence d’Elhadj Cellou Dalein Diallo et Professeur Alpha Condé, devront effectivement en découdre pour la victoire finale. Et ce sera à une date située entre fin Juillet et début Août.

Il nous incombe donc de mettre l’entre-deux-tours à profit, afin de porter un regard critique sur ce premier scrutin, le but étant d’en tirer toutes les leçons possibles, pour la suite du processus électoral et l’avenir démocratique de notre pays. Déjà, un simple coup d’œil sur les suffrages partiels obtenus par chacun des 24 candidats du premier tour, permet de noter, en plus des gravissimes fraudes rapportées, que notre vote historique a été foncièrement ethnique et communautaire. Si l’on n’est pas surpris du caractère ethnique du vote, son ampleur nous a toutefois, tous pris de court. C’est une triste et regrettable situation, voire un exploit malheureux, face auquel d’aucuns s’empresseront de crier à l’échec. Mais rien n’est moins faux. Ce qui, en revanche est vrai, c’est qu’il y a des avantages et des leçons à tirer de cette élection, comme c’est le cas dans toute situation malheureuse.

Tout d’abord, ce scrutin a permis de désillusionner les ethno-stratèges. N’aura-t-il pas prouvé aux plus défiants d’entre ceux qui naguère, s’éprenaient triomphalement de l’arithmétique ethnique, qu’aucune communauté à elle seule, ne peut porter un candidat à la magistrature suprême, dans une Guinée faite d’une mosaïque hétéroclite d’ethnies différentes, toutes aussi égales en droits qu’en devoirs ? En tout cas le moins qu’on puisse souhaiter c’est que la leçon soit retenue. La deuxième leçon à tirer du scrutin est que le peuple a exprimé une volonté décisive de rompre avec les méthodes de gestion rétrograde de la chose publique. A en juger tant par le taux élevé de participation électorale que par l’engouement général, l’atmosphère paisible et l’esprit de citoyenneté ayant prévalu tout au long de la journée du vote.

Et d’ailleurs, c’est grâce à ces aspects positifs, que nous demeurons moins sceptiques quant à l’avenir politique de notre pays. Notre troisième leçon est consécutive au constat que le comportement civique des votants, a été un contraste au travail de la CENI, resté dominé par l’amateurisme et l’affairisme de nombre de ses membres. Lesquels, à dessein, auraient monté une véritable opération de sabotage, l’échafaudage duquel n’aura pas forcement échappé à notre General président. Un homme rusé mais malléable (à la différence d’un Dadis, malgré tout, intraitable), entouré d’un groupe de mafiosi pour qui, les intérêts mercantiles semblent passer avant tout souci légitime de la population. Par ailleurs, ce général qui aime feindre l’innocence à tous les coups, nous a habitué, malgré nous, à de lâches menaces de démission (chaque fois qu’il est contrarié). Après son petit cinéma à Ouaga, le voici qui récidive au motif de critiques et d’injures. Ce qui m’amène à me demander personnellement si notre général est vraiment un général. Car, un vrai général président qui n’a rien à se reprocher, est imperméable aux critiques et ne peut démissionner sans raison valable.

Qu’à cela ne tienne, et c’est ma conclusion, le scrutin du 27 Juin, malgré ses imperfections, est en passe d’être consommé, et même s’il y’a encore au sein de l’opinion, un mélange d’euphorie et de morosité, d’indifférence et de révolte vis-à-vis de son déroulement, on peut se permettre de supposer que le pari guinéen à été gagné. Mais il faudra attendre quelque temps, pour apprécier si cette élection a été un acquis, ou tout simplement un leurre, c'est-à-dire une mascarade commerciale orchestrée par un groupe mafiosique dans le but de se payer une retraite de luxe dans quelques eldorados étrangers au grand dam du peuple, auquel cas, la confiance et l’espoir de tout un peuple auront été trahis.


A. Modibo Traore


www.guineactu.com

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Vos commentaires
A.O.T. Diallo, jeudi 15 juillet 2010
Mes chers AMT et SOC, une fois de plus je me retrouve en partie dans vos analyses des raisons de notre triste situation actuelle. En fait TOUT le mal est parti de la fameuse "declaration de putchistes de Ouaga" qui a enterine que la mafia en place (militaires et civils) etait blanchie et invitee a bien vouloir assurer la transition et la preparation des elections. Et tous nos politiciens candidats, par folie demesuree du pouvoir, ont plonge tete premiere dans le piege en disant OK - la declaration de Ouaga voulait dire en fait "vous avez droit a 6 mois de transition, pas un jour de plus, donc on ne change pas la CENI, on ne change pas les gouverneurs et prefets, on choisit a la va-vite le plus pourri des forces vives pour diriger le gouvernement de transition". Tous les vrais patriotes qui reflechissent plus loin que le bout de leurs nez ont tous hurle a l`arnaque et a tous les risques qui se sont reveles vrais, mais nos Grands candidats "plus ou moins" propres comme Sydia Toure et Abe Sylla ont saute a pieds joins dans une arene de cirque ou tous les coups etaient permis et ou il n`y avait aucun arbitre. Difficile de dire au depart qui des brutes et des truands allaient gagner mais il etait clair immediatement que les "bons" seraient les premiers a tomber! Franchement si j`avais pu avoir la joie de voter lors de ces elections, pour le 2e tour, je pense que je serais reste toute la journee devant ma tele au lieu de donner ma voix et mon coeur a 2 candidats qui n`incarnent pas le changement que je souhaite pour mon pays...Rendez-vous dans 5 ans? Meme cela, j`ai des doutes maintenant...
MC, jeudi 15 juillet 2010
Mr Traore, Le vote ayant ete ethnique et communautariste ceci implique que les ethno-strateges ont reussi leur pari c.a.d force les guineens a choisir non pas sur la base de la competence, du projet de societe ou de la vision mais sur des bases d`affinites ethno-linguistiques. Ainsi le choix est "clair", poulli d`un cote, mandingo de l`autre, comme a damagan-farani et a Kansala plus tard pour les inities. Le 27 juin sera marque comme le jour ou la democratie s`est pointee en guinee mais il restera a jamais marque comme le jour ou l`idee de la nation guineenne est morte. Sur Sekouba, je crois qu`il ne faut pas avoir la memoire courte. Cet homme malgre ses defauts nous a evite le pire et connaissant ses limites, il s`empresse de partir dans un pays ou les tenants du pouvoir ne quittent que pour le cimetiere ou l`hopital. Les mots les plus durs doivent etre reserves au trio de fraudeurs sans vergogne que sont les sieurs Alpha, Cellou et Sidya. Aucune CENI fut elle dirigee par le roi Salomon n`aurait pu empecher les vols et autres bourrages d`urnes.
Boubacar Sylla, jeudi 15 juillet 2010
Une tres bonne analyse Monsieur Traore. En effet le peuple a pleinement et admirablement joue son role.On ne peut dire de meme pour les fonctionnaires de l`administration guineenne, toujours prets a echanger l`honneur contre l`argent. Sinon comment expliquer que le President du CENI soit convoque par le President de la transition? Cet acte a lui seul fait de la notion d`independance du CENI une moquerie pure et simple. Le General comprenait-il la portee de la separation des pouvoirs?
Sékou Oumar Camara, jeudi 15 juillet 2010
Le toujours mesuré AMT a, su ce coup-ci, décidé de prendre un petit marteau pour "pointer" la tête de Sékouba. Je comprend mais je pense que Sékouba mérite d`être...compris et aidé. Il est vrai que la scène de ménage qui se déroule présentement à Conakry est tragi-comique: un chef d`État qui se comporte en bambin, une présidente du CNT qui se mue en pleureuse professionnelle, un premier ministre qui joue au rabatteur de souteneurs, une RTG qui se transforme en haut-parleurs des spécialistes de la divinisation du chef, etc. Vraiment pas de quoi être fiers d`être guinéens! Ceci dit, je reste persuadé que Sékouba est animé de bonnes intentions et, pour des raisons liées à sa formation et au métier des armes, il est animé d`une sorte de complexe d`infériorité qui, malheureusement, le fragilise. Entouré effectivement par des grappes affairistes et dépourvues de tout sens, y compris de celui des réalités, il est parfois conduit vers des situations qui le desservent. C`est ce qui s`est passé dans "l`affaire Sidya". A présent, pendant que ce qui tient lieu de CENI et de Gouvernement va essayer de se préparer pour le second tour (je rêve!), il revient à Sékouba de se repositionner à nouveau comme l`arbitre et le recours qu`il est sensé être. Parce qu`il est une perle rare dans un pays où des gens de vertu sont aussi rares qu`un cheveu sur la tête de Wade, je crois que Sékouba mérite beaucoup d`indulgence de notre part...

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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