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De nombreux Guinéens portent un regard circonspect sur la nomination de Mohamed Saïd Fofana au poste de Premier ministre. L’opinion ayant été prise de court par le nouveau président, qui a choisi un cadre jusque-là inconnu du grand public.
Après son investiture le 21 décembre dernier, Alpha Condé ne veut pas se donner de répit, avant la mise en place de son gouvernement. Le nouveau président veut en effet remplir les promesses électorales, faites lors du 2e tour, lorsqu’il a fallu recourir au report des voix pour remonter la pente, face à un adversaire qui l’avait laminé au premier tour. Comme promis, la Basse-Guinée a obtenu le poste de Premier ministre, avec la nomination de Mohamed Saïd Fofana. Ce cadre du département du Commerce jusque-là inconnu, a déjoué tous les pronostics relatifs à l’identité du locataire de la Primature. Même les proches collaborateurs du président Condé ont été pris de court, d’après nos informations. Car, Mohamed Saïd Fofana figurait semble-t-il au bas de la short list proposée par la Basse-Côte, pour ce qui était des premiers ministrables. Et au regard de son curriculum vitae, jugé trop modeste comparativement à certains postulants, la candidature de ce fils du Moriah ne pouvait que paraitre farfelue. Mais le sort en a décidé autrement.
C’est donc Mohamed Saïd Fofana, considéré comme un outsider, qui a damé le pion aux favoris dans cette course d’obstacles. Sur les raisons qui ont motivé ce choix, il faudra s’en remettre à la discrétion du président de la République. Même si certains observateurs soupçonnent Alpha Condé d’avoir nommé un homme sans envergure. Malléable, manipulable et corvéable à souhaits. Une tactique destinée à éviter tout bicéphalisme au sommet de l’Etat. Sous le règne de Lansana Conté, il arrivait parfois que la présidence et la primature ne fassent pas bon ménage. Car, tout Premier ministre qui ne se mettait pas au service des groupes de pression constitués autour du président, était condamné à l’immobilisme ou au départ. Lounsény Fall avait ainsi jeté l’éponge parce qu’imperméable aux mauvaises pratiques qui avaient agenouillé le pays. Et Lansana Kouyaté, nommé au lendemain des convulsions de 2007, n’avait pu résister aux intrigues de certains milieux d’affaires proches de Conté. Vu sous ce prisme, on peut considérer la nomination de Saïd Fofana comme un moyen pour Alpha Condé d’exercer une nette domination sur la primature. Ce qui lui donnera l’air d’un hyper président, à la sauce guinéenne. Sans oublier que cette posture peut comporter des risques, car en voulant tout faire seul, il arrive qu’on s’emmêle les pinceaux. En France, Nicolas Sarkozy est aujourd’hui au plus bas dans les sondages. L’hyper présidence ne lui ayant attiré que des noises. A propos toujours de cette promotion de Mohamed Saïd Fofana, certains observateurs y voient une stratégie pour mener une guerre contre les milieux d’affaires, qui doivent leur malheur à leur proximité avec Cellou Dalein Diallo, le candidat malheureux de la présidentielle. Le nouveau Premier ministre connait le monde des affaires comme la paume de sa main, pour avoir flirté avec quasiment tous les opérateurs économiques. Ce fonctionnaire de 58 ans a été secrétaire général de la chambre de Commerce à l’époque de la présidence de Baldé Ousmane dit « sans loi ». La boite avait fini par éclater à cause d’une affaire de centimes additionnels. Et Mamadou Sylla qui était en embuscade, ne s’était pas fait prier pour mettre la chambre de commerce dans son escarcelle. Mohamed Saïd Fofana avait fini par se concentrer sur ses activités au niveau du département du Commerce où il a dirigé des départements techniques jusqu’à sa nomination survenue la semaine dernière.
Le nouveau Premier ministre a pris fonction ce lundi, il va maintenant s’atteler, à la formation de son gouvernement.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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