vendredi 7 mars 2008
Nomination de M. Tibou Camara à la présidence du CNC : Llibéralisation de la Presse ou Message d’avertissement ?
Lamarana Petty Diallo

C’est dans une surprise totale que les Guinéens ont appris à travers les ondes de la Radio Télévision Guinéenne (RTG) la nomination par un décret présidentiel de M. Tibou Camara, Administrateur de l’Observateur, à la présidence du Conseil National de la Communication (CNC). Pour une fois de plus, l’effet de surprise dont le Président Conté détient seul  le secret a frappé au bon moment.

En effet, nul ne pouvait s’attendre à la nomination de cet enfant terrible de la presse guinéenne à la tête de l’organe de régulation des médias. M. Camara ne figure-t-il pas sur la longue liste des journalistes persécutés par l’ancien et le nouveau système ? Plusieurs fois arrêté et libéré par Grâce Présidentielle, il était, ces derniers temps, la bête à abattre du système dit Kouyaté. Son journal a souvent été saisi et interdit de publication par l’institution qu’il dirige aujourd’hui.

Sans vouloir dresser le portrait ou le Curriculum Vitae du nouveau président du CNC, je rappellerai certains traits de caractère, tant du point de vue personnel que professionnel, qu’on reconnaît à M. Camara. Je donnerai mon point de vue sur les implications, du moins, les conséquences, de sa nomination dans le contexte actuel de la Guinée.

Un homme à la plume  acerbe et impartiale

La plume de M. Tibou Camara crache sans peur ni détour la vérité. Cela  lui a valu des menaces, des intimidations et les arrestations que je viens d’évoquer. Ces démêlés avec les institutions ou le pouvoir ont fait trembler plus d’un ami ou parent. Les organisations internationales comme Human Rights, Amnesty International, Reporters Sans Frontières et plusieurs organisations internationales de journalistes sont intervenues en sa faveur. Les unes et les autres ont attiré l’attention de l’opinion publique internationale sur son sort. Chacune des arrestations dont il a été victime l’exposait sans plus à la torture. Semble-t-il, des coups, il en a reçus !

Cependant, notons que le Président guinéen s’est souvent empressé de le libérer. Ce fut le cas en mai 2001 lorsque, après une  condamnation à 6 mois de prison  ferme et à une amende de 1 million de francs guinéens (environ 600euros) pour «diffamation», le Président Conté lui accorda une Grâce Présidentielle.

Sortir des sentiers battus et innover

Jusque-là M. Tibou Camara n’a pas accepté de faire le griot du griotisme. Souhaitons qu’il gardera la même ligne de conduite ; qu’il veillera au respect de la déontologie de la profession.

Pour ce faire, il lui faudrait, en plus de l’impartialité qu’on lui connaît, encore plus d’audace. Du courage, il en a sûrement ! Cela lui a déjà été reconnu par sa nomination (même s’il n’a pas pris fonction) au poste de Ministre de l’Information et de la Culture par M. Cellou Dalein Diallo.

Les enjeux sont de taille en ce sens que le changement tant  rêvé n’est qu’illusion. Il va falloir lutter de toutes ses forces pour instaurer, je dis bien instaurer et non restaurer, la liberté de la presse en Guinée.

La presse guinéenne publique et privée est muselée. Sa marge de manœuvre réduite à une peau de chagrin qui est sans cesse égratignée. La propagande post-janvier et février 2007 ne s’accommodant qu’à la langue de bois ; aux éloges de notre commis- voyageur national. Tout regard différent ; toute parole jugée véridique sont encore taxés de dérangeants et d’anti-changement. Pourtant ce changement, les Guinéens l’attendent toujours !

Le changement se profilerait- il enfin ?

La nomination de M. Issa Condé comme Ministre de l’Information et des Nouvelles Technologies avait, pour employer une expression populaire, fait beaucoup jazzer. Que présagerait ce nouveau coup du maître du Général ? C’est la question qu’on se pose un peu partout en Guinée et ailleurs. Si l’on ajoute à toutes les suppositions, un fait réel, à savoir que le ministre de l’Information et le président du CNC sont tous les deux de la nouvelle génération, tous les rêves sont permis.

En tout état de cause, l’un comme l’autre ont été nommés dans une situation quelque peu particulière. Le premier est issu de la crise du nouvel an entre le Président guinéen et son Premier Ministre. Ce dernier ayant mis en doute l’authenticité du Message à la Nation de janvier 2008.

Cette nomination-ci ne serait-elle pas le pendant de la crise de janvier et de celle du décret de restructuration des départements ministériels dont M. Justin Morel Junior paya les frais? Tout indique que le bras de fer continue. Il se peut bien que la nomination de M. Tibou Camara précéderait tout simplement les pas du messager qui annoncerait les prochaines. Ne dit-on pas que celui qui veut abattre l’arbre commence par les branches ?

Qui ignore que MM. Camara et Kouyaté s’aimaient implacablement. L’admiration du premier pour le second ne semblait avoir d’égale que l’obstination de l’un à dénoncer les dérives du changement et l’attachement de l’autre à étouffer toute voix discordante. Dans ces conditions, l’arrivée de l’ancien Administrateur de l’Observateur au CNC ne pourrait-elle pas être lue comme un message qui présagerait quelque chose ?  Quoi qu’il en soit, le décret du 1er mars nommant M. Tibou Camara à la tête du CNC est un cadeau d’anniversaire dont M. Kouyaté se serait, très certainement, passé volontiers !

L’impact de la nomination sur l’opinion guinéenne

Bon nombre de Guinéens et d’observateurs voient dans le décret présidentiel une senteur de souffre. Ils pensent que le général Conté adresse, par cette nomination, un message codé destiné à celui qu’ils désignent désormais comme le futur ex-premier ministre.

Beaucoup de nos compatriotes verraient dans la nomination de M. Tibou Camara un signe annonciateur de changement. Ils ne seraient ni étonnés ni offusqués par son arrivée au CNC. Loin s’en faut ! Ils ne considèrent pas, non plus, que le président guinéen ait outrepassé ses prorogatives par le décret du 1er mars.  

La majorité des Guinéens estiment qu’en s’envolant pour l’étranger à la veille de l’anniversaire de sa nomination, M. Kouyaté leur fait un pied de nez ; qu’il ne prend pas en compte les sacrifices consentis par le peuple pour le changement. Ce dernier étant symbolisé par sa propre nomination au poste qu’il occupe actuellement. Un haut cadre pense que ce voyage marque le divorce total entre les Guinéens et le premier ministre.

En outre, à l’heure où vont les choses, les prochaines descentes dans les rues de Conakry et d’ailleurs risquent bien de célébrer le départ de ceux qui sont nés dans la ferveur populaire d’un jour de février 2007. Le Président Conté aurait-il senti que, cette fois-ci, le risque est minime de voir le peuple marcher contre lui ? A chacun d’apprécier les tours que peuvent jouer un rendez-vous manqué avec l’histoire !

Lorsqu’un « Premier Ministre de Consensus » se transforme en « Premier Ministre de Contre-sens », le sort pouvait difficilement être différent. Enfin, tout semble indiquer que d’autres nominations pointent à l’horizon et risquent d’anticiper le 31 mars 2008, date présumée d’une grève contre- nature !

Lamarana Petty Diallo, Professeur de Lettres - Histoire

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Vos commentaires
Balde, vendredi 7 mars 2008
Dites-le Mr Diallo,la nomination de Tibou est illegale et tant qu`on ne respectera pas la loi en Guinée,elle resteras la ou elle est.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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