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Une chose est certaine, au camp les rôles étaient inversés :
Dadis menace : «… le chronogramme 2009 reste et demeure 2009…». À ce niveau quelqu’un comme moi serait tenté de conclure qu’il n’y a donc plus rien à négocier.
Les forces, par la voix de Hadja Sera d’abord, demandent de «faire un bilan de mi-parcours…, de voir ce qui a été fait, ce qui reste à faire et ce qu’il est possible de faire..». Mr Jean Marie Doré parle «d’évaluer les critères d’applicabilité du chronogramme».
Qui disait que c’est Dadis qui ne voulait plus d’élections en 2009?
Désormais c’est aux forces vives qu’il faut attribuer le report des élections. Eh oui, chers compatriotes, à moins que Dadis ne respecte ses engagements, malgré ceux qui s’y opposent, nous n’aurons pas d’élections en 2009!
Hadja Sera serait- elle une cliente qui, lorsque le vendeur lui dira de payer le montant qu’elle veut, répondra qu’elle voudrait discuter du prix de vente ?
Autrement dit, s’il ya quelques semaines Dadis voulait renégocier le chronogramme et notamment la durée de la transition, depuis le rendez-vous manqué du palais du peuple, il ne cesse de répéter qu’il respectera ces engagements et que les élections auront lieu en 2009 tel que prévu initialement. C’est ce qu’il n’a d’ ailleurs pas manqué de réitérer ce week-end au camp Alpha Yaya avant de donner la parole aux représentants des forces vives.
Dès lors, à mon avis, la question de renégociation de ce calendrier ne se pose plus. Cependant, nos représentants, habitués des négociations à rabais, n’ ont trouvé mieux que de proposer la création d’ une commission ad hoc qui se chargera d’ offrir à Dadis et au CNDD le report tant cherché auquel ils ne croyaient plus ces derniers jours.
Chers compatriotes, il vous souviendra qu’en 2007 au terme de la longue lutte menée par le peuple de Guinée, dans son ensemble, les forces vives, pilotées par les syndicalistes, avaient négocié la nomination d’un premier ministre alors que tous les slogans repris en chœur par nos compatriotes réclamaient la fin du Contéisme et le départ de son père. C’est ainsi qu’ils ont offert une porte de sortie au vieux dictateur en proposant, au cours de leurs interminables négociations, la nomination d’un premier ministre dit de consensus. Ce, malgré les voix, dont la mienne, qui se sont levées pour leur rappeler que le peuple demande le départ de Conté et de son système. D’autres voix, celle de Mr Sy Savané entre autres, avaient prévenu que le poste de premier ministre n’augurait rien de bénéfique au peuple s’il n est pas prévu dans la constitution. Nous nous dirigions vers une autre impasse qui fût effective quelques semaines après, dès la formation du gouvernement Kouyaté. Eugène Camara devint le premier choix de Conté, dans un premier temps. Les forces vives (les vraies) reprirent la rue, cette fois pour demander clairement et violemment le départ du vieux pendant que les autres forces (dites vives l’on ne sait plus pourquoi) étaient en négociation. Résultat : le couvre feu fût déclaré sur toute l’étendue du territoire national.
Hadja Sera ira de son initiative personnelle rencontrer le président Conté afin de prétendument mettre fin à ce couvre feu qui, selon elle affamait le peuple. Ainsi furent sacrifiés nos martyrs du changement sur l’autel de la négociation. À cette époque, alors qu’ils étaient encore en pourparlers, j’écrivais un texte intitulé : Ils vont encore négocier. Comme certains de nos compatriotes je soutenais qu’il ne servirait à rien, un premier ministre sous Conté.
En guise de réponse, à ceux qui soutenaient que le premier ministre était inutile parce que le poste n’était pas constitutionnel, elle et ses collègues disaient qu’ils ne sont pas politiciens.
Au départ de Kouyaté j’ai écris : Mais où sont-il passés tous ces maîtres de la rue. Article dans lequel je disais en substance que si l’on doit imputer l’échec du gouvernement de consensus à Kouyaté et son incompétence, celui du changement- tel que souhaité par le peuple - n’était imputable qu’aux comités de soutien et aux Yndics-à-listes (c’est ainsi que j’appelais les syndicalistes) qui nous ont négocié un homme au lieu d’une institution. Voilà qu’ils veulent nous indiquer une autre liste dite de la commission ad hoc. Quand va-t-on en finir avec ces commissions et ces listes non électorales ?
Dans le même texte je disais aussi que tous les représentants des forces en place -pouvoir et société civile - négociaient pour conserver leurs privilèges respectifs. En réalité certains de nos compatriotes n’ont pas intérêt à ce que le long chapelet de crises, que notre pays ne cesse d’égrener, se termine. J’ose espérer que ce n’est pas le cas pour nos représentants. Au camp, Hadja disait d’ ailleurs (peut–être qu’elle en sait quelque chose) que Dadis a pris le pouvoir sans effusion de sang, mais que certains auraient justement souhaité qu’il y’ en ait eu. Est-ce un message? L’on ne sait plus qui se bat pour le peuple!
Dans une interview récente, Hadja disait en substance qu’ils ont beaucoup appris depuis lors et que, désormais, leurs actions seront menées de concert avec les politiciens.
Mais que constatons-nous :
Au sein des forces vives les syndicats sont devenus des partis politiques ayants leurs propres rivaux menés par Kouyaté (cf. Non ! Rabiatou Sérah et Jean Marie n’ont pas trahis, sur Kibarou.com, de Mr Diarouga Baldé).
Les négociations à rabais se font de plus belle, et au nom d’une certaine rivalité ils ont choisi de retarder les échéances encore une fois.
Est-ce que ces forces devraient se permettre de choisir un camp entre factions politiques? Est-ce leur rôle, dans leur prétention de représenter le peuple dans son ensemble? À moins que de concert ne signifie substitution.
Il y’ a lieu de se demander si Dadis n’a pas raison en disant que ces forces lui manquent de respect, même si elles viennent d’ajouter un autre titre ronflant à la longue liste dont il bénéficie déjà : «père de la nation».
En effet, elles avaient estimé que le palais du peuple n’était pas le lieu indiqué pour discuter des affaires sensibles du pays, c’était leur justificatif pour refuser de le rencontrer au lieu indiqué. Néanmoins, au camp elles n’ont fait que proposer la création de leur commission ad hoc. Valait-il la peine de déplacer le chef de l’état, qu’ils disent respecter, rien que pour faire une proposition qui, en mon sens, aurait bien pu se faire au palais? Était-ce une simple tentative de désavouer le chef pour marquer leur courage? Maigre victoire, si c’en est une! Combien de temps prendra-t-il, pour la mise en place de cette commission? Quelle sera la durée du mandat de cette commission? Faudrait le demander à nos forces vives!
Hadja Sera d’ajouter : «…les résultats de ces réflexions de la commission vous seront soumis d’ abord pour que…, en tant que chef de l’état, entant que père de la nation, que vous puissiez apporter votre contribution, c’est après ça que, vous aurez la latitude en plénière, de livrer d’une voix ce que tout le peuple de Guinée souhaiterait avoir…»
Autant dire que Dadis aura la latitude de repousser les échéances aussi longtemps et autant de fois qu’il le souhaiterait.
Par ailleurs ils ont rejeté la main tendue de ce dernier qui leur demandait de proposer des personnes pour la commission d’orientation politique et économique. Ils estiment que cela incombe au «guide» de la nation et à ses conseillers d’orienter le pays en ce sens. Et si le guide estimait que son équipe et lui en était incapables? N’est-ce pas une sage décision que de chercher à impliquer les représentants du peuple? N’’aurait-il pas été une occasion pour ces derniers d’exercer, ne serait-ce qu’à titre consultatif, une parcelle du pouvoir et de participer effectivement au processus de transition, à défaut du CNT dont on ne parle plus (et c’est mieux ainsi)? Que nenni, ils préfèrent réagir instinctivement à leurs désormais adversaires des autres forces latentes.
Pour revenir à l’expression «père de la nation», je pense qu’au moins notre compatriote Diaby A. serait d’accord avec mois lorsque je dis que l’enfant n’est pas encore né pour qu’il y’ ait des prétendants à la paternité. Et si Dadis respectait ces engagements, c’est naturellement que cette paternité lui reviendra. Moi, je le soutiendrai !
Personnellement, je retiens essentiellement trois choses des évènements de ces derniers jours.
1- Advenant le cas, l’échec de cette transition ne sera plus imputable qu’à Dadis.
2- Une seule personne aura réussi, encore une fois, à obtenir ce qu’il veut : Lansana Kouyaté. N’est-ce pas lui le plus grand négociateur de la nation? En tout cas, il l’a démontré plus d’une fois.
3- Dadis à longuement démontré son souci de faire participer les guinéens de l’étranger au processus de transition. Aucune mention de la part des forces vives qui n’en ont que faire de nos contributions. Ont-ils seulement compris que le problème du financement des quinze milliards, que la Guinée devait débourser dans le cadre des élections, ne se pose plus après le passage de nos compatriotes devant la commission européenne à Bruxelles ce 26 juin 2009.
À nos farces ardentes qui prétendent vouloir nous sortir du gouffre depuis bientôt trois ans; un compatriote rappelait récemment une citation de Warren Buffet : « Quand on est dans un trou, la pire chose à faire est de continuer de creuser ».
Hadja Sera et collègues : Attchirè nii, fii Allah, Yonni!
PS : J’allais oublier «de faire des propositions de solutions concrètes» afin que mes critiques méritent d’être lues. Je vais quand même décevoir un peu, car je n’en ai qu’une seule :
Que Dadis respecte ses engagements en ce qui concerne le chronogramme et arrête d’inviter à des négociations qui ne feront que nous enfoncer. Wa salam!
Boubacar Barros Diallo
pour www.guineeactu.com
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