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On n’avait encore jamais vu un tel rassemblement à Paris. La rencontre des femmes-ressources guinéennes d’Europe qui s’est tenue le samedi, 23 mai 2009, au siège de la Maison des Associations, rue Daumesnil, dans le 12e Arrondissement, a fait salle comble : deux tiers de femmes et un petit tiers d’hommes.
De belles dames, toutes plus jolies les unes que les autres, bien rondes, aux formes agréables, drapées dans des tenues africaines aux couleurs flamboyantes. Mais, elles ne sont pas veques, ce jour, pour participer à un concours de beauté. Bien au contraire, elles sont là pour une raison d’une importance capitale : créer une nouvelle force dans le paysage politique guinéen.
Il s’agit de porter sur ses fonts baptismaux le Mouvement des Femmes Guinéennes d’Europe, le MFGE.
La rencontre a été organisée par l’Association Etoile Ile de France, présidée par Madame N’Gady Diallo-Conté.
Le modérateur choisi par les organisatrices de la rencontre, Aboubacar Fofana, lui-même Président de l’Association DLG, Demain La Guinée, a fait une prestation excellente.
Il a rappelé tout d’abord que « la femme est l’avenir de l’homme », comme l’a dit le poète. Il a souligné le fait que les femmes sont nos mères, nos sœurs, et nos compagnes. Et de plus, elles représentent plus de la moitié de la population guinéenne (52 %, selon les statistiques officielles).
La cause des femmes doit être incarnée par des luttes centrées sur l’égalité des sexes, sur la parité absolue entre hommes et femmes dans toutes les organisations de la société civile, dans les partis politiques, les syndicats, les associations…
Avant de passer la parole à Madame N’Gady Diallo-Conté, cette femme dynamique qui anime l’Association Etoile Ile de France, le modérateur a cité les différentes associations représentées à cette rencontre, ainsi que les partis politiques présents.
Madame Sanaba Coné-Camara, la cheville ouvrière de cette conférence-débat, a tenu à rappeler, dans une intervention magistrale, que les partis politiques n’étaient pas officiellement invités, pour éviter toute manœuvre de récupération. Mais, cela précisé, la rencontre était ouverte à tout le monde.
Parmi les associations présentes, il y avait notamment Femmes Unies, présidée par Aïssatou Sy, qui était à la table du présidium ; Lagny, représentée par Nany Bangoura et Elégance par Hadja Marie Touré ; l’AFAG d’Almamy Touré ; le CSG ; l’Association des Femmes et Amis de la Guinée Forestière ; et bien d’autres organisations dont votre serviteur n’a pas retenu le nom et auxquelles je demande de bien vouloir m’excuser.
Selon les différentes intervenantes, il faut réunir toutes les femmes de France et d’Europe. Il faut qu’elles sortent de leur isolement. D’après ce qu’on a entendu, leur place n’est pas de seconder l’homme, de seulement faire des enfants, de s’occuper uniquement du mari… Les femmes sont aujourd’hui dans tous les métiers, y compris celui de chef d’Etat, comme c’est le cas d’Ellen Johnson Sirleaf au Liberia voisin.
L’objectif principal, c’est l’intégration des femmes, c’est d’élargir leur champ d’action, c’est d’unir leurs forces.
Quand la pasionaria Sanaba Coné-Camara, Responsable de Guinée Environnement et Développement durable, prend la parole, elle fait vibrer la salle. Cette femme superbe, à la voix mélodieuse, se lance alors dans une envolée oratoire aux accents lyriques. Elle prêche pour l’ouverture du « Chemin du retour » des Guinéens de l’extérieur dans la patrie.
Venue spécialement de Lausanne, en Suisse, pour assister à cette rencontre, Adjidjatou Barry-Baud, Administratrice du site Internet Guineeactu.com, a été l’une des vedettes de la rencontre. De sa voix douce, mais ferme, elle a fait une brillante intervention.
Adjidjatou a été chaleureusement applaudie lorsqu’elle s’est écriée : « Chères compatriotes, levons-nous. Attachons nos pagnes bien fort et allons au combat. D’abord pour notre propre libération, pour la conquête de l’égalité entre hommes et femmes, pour la parité absolue dans l’exercice des droits civiques, aussi bien à l’Assemblée nationale qu’au Gouvernement, ainsi que dans toutes les organisations de la société civile. »

| | A. Barry Baud, Alpha Sidoux Barry & S. Coné Camara | Les organisatrices de la rencontre ont réussi le tour de force de faire venir d’autres femmes qui ne sont pas guinéennes, comme la Malienne Kia Dembélé, présidente de l’Association Vie active, la Camerounaise Gertrude N’Djo ou la socio-économiste Anita Ablari. Elles ont pu faire venir de Conakry une équipe de la RTG conduite par l’artiste et animatrice bien connue des téléspectateurs guinéens, Mariam Dubréka. La militante Bilguissa Barry a envoyé du Canada un message, de même que Rabyatou Sérah Diallo, présidente de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG).
Mention spéciale pour le message envoyé à la conférence par un groupe qui prépare la création du Mouvement des Femmes de Guinée (MFG), document portant sur le thème : « Rôle et place de la femme dans la société », co-signé par Binta Barry-Sylla, Illiassou Hann et Sougoulé Magbé Camara.
Un certain nombre de partis politiques étaient également représentés : l’UFD par Ousmane Baldet ; le FUDC de Louncény Fall par Dominique Bangoura, politologue bien connue des milieux académiques et qui a raconté, dans un récit poignant, comment elle est devenue Guinéenne ; le RPG par le responsable des jeunes, Lamine Kaba ; un nouveau parti politique dénommé Génération Nouvelle République (NGR). Madame Kankou Kéïta, Consule de l’Ambassade de Guinée à Paris, était l’une des invitées d’honneur.
Plusieurs oratrices se sont succédées sur la scène pour appuyer chaleureusement le projet de création du MFGE : toutes les femmes citées plus haut et d’autres encore comme l’élue Aïssata Camara, Biya Diallo, Bountourabi Bangoura… Intense émotion dans la salle lorsque la jeune Diaryatou Bah a apporté son témoignage : mariée de force à 14 ans à un homme de 40 ans, et expédiée en Hollande où résidait celui-ci, elle raconte son calvaire dans un livre, « On a volé mon enfance », paru en 2006 aux éditions Anne Carrère à Paris. Cette autodidacte, douée d’un talent exceptionnel, a dénoncé avec force l’excision des filles, le mariage forcé et toutes les violences faites aux femmes.
Les hommes n’ont pas été en reste. L’écrivain et chef d’entreprise, Alpha Oumar Diallo, plus connu sous son nom de plume, Bali de Yembéring (Face d’Ange pour les intimes), a fait des propositions remarquables, de même que Ousmane Baldet, Kaba Lamine ou Ismaël Bah. Celui-ci recevra, à la fin de la rencontre, les remerciements chaleureux des organisatrices, pour avoir mis à leur disposition gracieusement la salle de la réunion.
Périodiquement, les femmes interrompaient les discours, en scandant, le poing levé : « Le Mouvement ! Le Mouvement ! Le Mouvement ! » Elles sont réellement déterminées à se constituer en une véritable force politique. « Finie la mamaya ! », a lancé Bountourabi Bangoura.
Au moment où naissait à Paris le Mouvement des Femmes Guinéennes d’Europe, le MFGE, se créait à Conakry le Mouvement des Femmes de Guinée (MFG), l’organisation-mère, qui engendrera aussi le Mouvement des Femmes Guinéennes d’Amérique du Nord (MFGAN) et le Mouvement des Femmes Guinéennes d’Asie (MFGA). Toutes ces structures seront pilotées par un Conseil de Coordination, le CCMFG, avec à sa tête, la future Présidente du MFG basé à Conakry. Objectif : fixer au Capitaine Daddis et à son équipe, une feuille de route, visant à mettre en œuvre le changement en Guinée, d’ici à la fin de 2010.
Il ne fait pas de doute qu’elles y arriveront. Car lorsque plus de la moitié de la population veut quelque chose, elle l’obtient. L’Histoire retiendra, qu’en Août 1977, les femmes guinéennes ont fait plier Ahmed Sékou Touré, qui tenait alors la Guinée d’une main de fer.
Alpha Sidoux Barry
Directeur de publication de www.guineeactu.com
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