|
Emmanuel Toumany Camara, correspondant du groupe de presse l’Indépendant-Le Démocrate en Guinée forestière, a été interpellé mardi par les services de la Gendarmerie départementale de N’Zérékoré. Le journaliste qui se trouvait au domicile de son père au quartier Sud, a été amené manu militari par les gendarmes venus le cueillir, sans aucune convocation.
Une fois dans les locaux de la Gendarmerie préfectorale, Emmanuel Toumany Camara a été auditionné par le commandant Mamadou Touré, officier de la police judiciaire au près de l’Escadron de la gendarmerie départementale.
Sur les raisons de son interpellation, le Commandant lui aurait alors dit : « C’est le Directeur de cabinet du Gouvernorat qui vous accuse de l’avoir diffamé dans un article de presse. Donnez-nous votre version des faits ».
L’article dont il s’agit s’intitule « Construction du gouvernorat de N’Zérékoré : L’UE a-t-elle suspendu les décaissements ? », paru dans le Démocrate No 485 du mardi 22 décembre 2009.
Dans son enquête, notre correspondant a eu à relever quelques zones d’ombre entourant la reconstruction de l’hôtel de ville de N’Zérékoré et le Bloc administratif régional (Gouvernorat), deux chantiers dont les travaux se poursuivaient, malgré la suspension des décaissements annoncée par le bailleur de fonds qui est l’Union européenne (UE). Une décision consécutive aux sanctions prises contre la junte après la répression du 28 septembre qui s’est soldée par la mort de 156 manifestants de l’opposition selon l’ONU.
Toumany avait fait cas de sa préoccupation à M Julien Ebrottie Kouakou, le directeur du Programme de réhabilitation et de développement (PRD), un bureau relevant de l’Union européenne basé à N’Zérékoré. Celui-ci avait confié au journaliste que l’UE n’était pas au courant de la poursuite des travaux de réhabilitation des édifices publics dans la capitale forestière. Même si lui, en tant que représentant local de l’UE, avait jugé la région « calme et sans problème ». Ce qui en soit pourrait constituer un quitus pour la continuation des travaux de reconstruction.
Le Directeur de cabinet, M. Hassan Sanoussy, qui supervise le chantier du gouvernorat, lui, ira jusqu’à menacer de faire arrêter notre correspondant si jamais il avait l’outrecuidance d’écrire une ligne sur ce qui se passe à N’Zérékoré.
M. Sanoussy a mis sa menace à exécution, comme on le voit. C’est ainsi que Toumany croupit en prison depuis mardi. Il était question qu’il soit traduit devant le Tribunal de première instance de N’Zérékoré, hier mercredi, pour être soumis à un procès au caractère expéditif. Mais les autorités régionales se seraient ravisées, sachant que la méthode utilisée n’était pas la mieux appropriée en matière de délit de presse.
Il revient au Directeur de cabinet d’user d’un droit de réponse que nous nous ferons le devoir de publier, au cas où il se sentirait victime d’une diffamation de la part de notre organe. Mais, de là à orchestrer l’enlèvement et la séquestration de notre correspondant, Hassan Sanoussy a franchi le rubicond.
Cet ancien préfet qui doit sa promotion à ses liens avec feu Zainoul Abidine Sanoussy, ancien ministre de l’Administration du territoire, a laissé de mauvais souvenirs lors de son passage à Gaoual et à Yomou. De nombreux observateurs se demandent comment ce cadre réputé pour son indélicatesse, a pu être repêché par la junte, qui prétendait pourtant marquer une rupture avec le passé. Comme dans tout système de sécurité, il a dû y avoir des failles qui auraient permis à Sanoussy de passer les « portiques du CNDD », pour se retrouver au Gouvernorat de la capitale forestière, où il prépare tranquillement sa retraite. En puisant bien sûr dans les fonds du contribuable.
Quant à la Gendarmerie départementale de N’Zérékoré, elle s’immisce dans un jeu qui n’est pas à son honneur. Elle aurait mieux trouvé à faire, dans cette agglomération de près de 150 mille habitants, où l’insécurité constitue l’un des maux.
Aux prédateurs de la presse, François René de Chateaubriand avait eu ces quelques mots : « Plus vous prétendez comprimer la presse, plus l’explosion sera forte. Il faut donc vous résoudre à vivre avec elle ».
Faut-il signaler que les journalistes du groupe de presse L’Indépendant-Le Démocrate en particulier et de la presse guinéenne en général ont fait l’objet ces derniers temps de plusieurs actes d’entrave à l’exercice de leur métier. La liste serait longue à citer. Ce qui représente à n’en pas douter un signe évident de recul de la liberté de la presse. C’est tout au déshonneur de la junte au pouvoir.
La rédaction de L’Indépendant Partenaire de www.guineeactu.com
|