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Permettez que j’introduise mon sujet avec ce dicton de chez moi: « Lorsque le chien d’un chasseur revient de brousse, sa gueule tenant un crapaud pendant que celui de ses confrères rapportent de gros gibier, il faut y voir le signe de la malédiction.»
Benn Pépito serais-tu maudit ?
La malédiction n’est pas une maladie, mais une tare atavique qui affecte des ingrats ou des déçus de la vie.
Après avoir raté ta vie universitaire, tel le borgne au milieu des aveugles, Benn, tu deviens, dans les méandres de la médiocrité guinéenne, un scribouillard ou journaleux au Lynx. Mal te prit en te mêlant à des affaires d’Etat. Tu es sauvé in extrémis par l’ambassade du Sénégal à Conakry. Te voilà atterrir, quelques jours, plus tard, en France.
Pourquoi m’en vouloir après cet autre échec tissé de tes mains propres?
Je l’ai déjà écrit, je t’offris gracieusement gîte et couvert. Par finir, je te confie à Docteur Baldé de Rouen. Jusqu’à preuve de contraire, je demeure ton tuteur parce que tu n’es pas revenu me dire que tu prenais ton autonomie. Ce qui fait que le type de relation, qui nous lie, ressemble à cette amitié qui naît entre un individu et un poussin qui ne tardera pas à l’inviter à rejoindre le poulailler aussitôt le soleil déclinant.
Non, le fossé est grand et profond entre nous. Je n’ai pas raté ma vie !
Benn, est ce donc parce que tu as perdu ton statut de borgne au milieu des aveugles guinéens, toi le laveur de chat, à Conakry, que tu m’en voudrais ?
Ne t’enrage pas ! Sinon, tu deviens tel cet individu au pied gangreneux qui, une fois guéri, s’en sert pour donner un coup de pied à son bienfaiteur. Cela s’appelle de l’ingratitude !
Benn Pépito, laisse-moi te comparer à l’animal du dicton de chez-moi, avec la différence que ce dernier est domesticable et fidèle. Il reconnaît son maître, toi, ne l’es pas, mais tu es fourbe et malfaisant. Qui ne t’a pas vu te jeter sur moi, m’étreindre, tel un poltron, à Saint Denis ? C’était après « Tête à l’évent.»
Mais ton malheur réside dans l’ignorance des faits ou l’aveuglement par la haine. Tu oublies que Makalé, comme 29 autres diplomates, a été rappelée par son ministre de tutelle. Cette réalité t’échappant, te transforme en fabuliste pour faire de moi un héros. Vraie bourde !
« Quant à Jacques Kourouma, il s'est battu de tous ses maigres muscles, il y a de cela quelques jours, pour renverser Makalé Camara à l'ambassade de Guinée à Paris. Ça a foiré.» Quel honneur pour moi !
Seulement, je suis malheureux de constater que mon faiseur de prince (que tu es) est en proie à un désordre intellectuel. Est-ce donc cela qui te pousse, soudainement, dans une psychose hallucinante et étourdissante quand tu écris :
« Je ne sais pas s'il a été touché par la vierge Marie ou quoi mais apparemment il croit que son heure lui aussi a sonné d'être quelqu'un au bled. » ?
C’est dit. Nul besoin de chercher à te comprendre. Sauf que tu es maintenant celui qui me façonne. Bravo !
Où se trouverait le mal ou l’indélicatesse, si je cherche un poste et de surcroît dans mon pays ? Je suis flatté et avoue que je ne ménagerai aucun effort pour atteindre les sommets, si la possibilité se présente ou m’est offerte. Ça te va, Benn ?
Au moins, moi, à un poste, tu auras tes entrées parce que je l’ai déjà commencé en accueillant gratis, sans te connaître auparavant, et en terre étrangère.
Puisque tu es cette sorte de batelier qui sait tout, je voudrais te demander : quel poste occuperai-je ? Combien de temps dois-je attendre encore ? « [….] Jacques Kourouma [n’] est [pas] un peu découragé.» Je ne connais jamais cet état.
En attendant, apprend que nous ne façonnons pas le monde, mais c’est bien le monde qui nous façonne. Ainsi serai-je ce que je dois être.
Paris 4 juin 2009
Jacques KOUROUMA
Pour www.guineeactu.com
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