samedi 22 novembre 2008
Mystères et merveilles de la Chine moderne : Troisième et dernière partie : Les coulisses, faits divers et gaffes

Au début, on n’avait pas saisi le sens donné à ce séminaire. Les différents responsables et conférenciers développaient sur les relations entre la Chine et l’Afrique. Les premiers contacts remonteraient au 7e siècle. Le navigateur Zheng Hé aurait touché les côtes de Somalie. Des traces et vestiges auraient été retrouvés par les archéologues.

Quant aux volumes d’échanges commerciaux entre la Chine et les partenaires économiques, de 20,6 ils sont passés à 2173,8 milliards en 2008. Avec l’Afrique, le volume des échanges était de 50,12 millions en 1950 est passé à 63 milliards en 2008. Le PIB est de 3250,8 milliards de dollars au premier semestre de 2008…

On peut conclure, sans risque de se tromper, que croissance plus expansion donnent prospérité. Tous les chiffres sont en milliard : population chiffrée en milliard, les réserves de change, les volumes commerciaux, tout est se chiffre en milliard, en Chine, tandis que les déficits et faillites se chiffrent également en milliards, ailleurs. Les USA, l’Europe et le Japon viennent d’appeler la chine au secours du FMI…

 Après tous ces chiffres étourdissants, on donnait la parole aux séminaristes pour poser questions ou donner impressions et suggestions.

Les gaffes : Le premier à tomber dans le panneau : Je croyais qu’il m’était donné la latitude d’évaluer les perspectives d’un marasme dans les échanges Chine-Afrique et de proposer des solutions palliatives, je faisais mon réquisitoire : « Premièrement, avant, dans les relations bilatérales entre la Chine et les pays africains, on a vu la compétence et le savoir-faire des médecins chinois, avec le libéralisme actuel en Chine, on voit que les médicaments chinois commercialisés par des charlatans, sont en train de faire baisser la côte et de perdre de leur prestige ». L’approbation était unanime chez tous les « Pandas-séminaristes ». « Deuxièmement : La Chine doit veiller à ce que les marchandises de pacotilles soient retirées du marché en direction de l’Afrique. On sait que certains produits de première nécessité comme les motos, les téléviseurs, à prix imbattable, ont permis à beaucoup d’Africains à faibles revenus d’accéder à ces biens mais dans beaucoup d’autres domaines, les produits ne répondent pas à la satisfaction des demandes croissantes. Si la Chine veut perpétuer et accroître ses exportations en Afrique, si elle veut réellement aider l’Afrique à sortir du sous-développement, il faut qu’elle change le fusil d’épaule en envoyant des produits de même qualité que ceux exportés vers l’Europe ou les USA, quitte à majorer légèrement les prix. A mon humble avis, si elle laisse faire les faussaires lui damer le pion, elle joue contre ses propres intérêts, dans l’avenir»

Je gagnais l’unanimité et la sympathie de tous les séminaristes et la méfiance des conférenciers et interprètes. Qu’est-ce qu’il fallait attendre, comme réponse ? « Oui, c’est très objectif ce que vous venez de dire ; Mais voyez-vous, dans tous les systèmes libéraux, il est difficile de tout cerner. Par exemple, dans la lutte contre les médicaments de mauvaise qualité, tous les pays cherchent à lutter contre mais en Afrique, quel est le pays qui a pu lutter efficacement – Je pensais instantanément à la lutte stérile qu’avait menée, à un moment donné, l’ordre national des pharmaciens de Guinée. Les pharmacies « par-terre » se sont multipliées depuis – ? Le conférencier poursuivait : Il faut que la lutte soit menée de front commun, entre les dirigeants africains, qui doivent déterminer qui est autorisé d’importer les médicaments et savoir leur moralité. Concernant les autres produits de mauvaise qualité, ce sont les commerçants africains qui viennent également les chercher en Chine, et puis, un produit fabriqué à 10 dollars ne peut pas être vendu à moins de 10 dollars, la qualité va de pair avec le prix. La Chine est devenue une économie de marché et tout ne peut être contrôlé avec efficacité, comme partout, dans le monde. Vous voyez l’affaire du lait contaminé, cela s’est fait dans les pays européens et autres, les pays qui semblent être dans toutes les normes, mais dans la réalité, sont-ils dans toutes les normes ? »

Je revoyais le lait Guigoz, qui avait pris un coup de massue, dans le temps. A l’heure actuelle, on ne dit rien des organismes génétiquement modifiés, et demain ?

Les contre-façons, on les voyait depuis déjà des décennies en Europe et personne n’en faisait grand cas mais depuis que la Chine leur a emboîté le pas, c’est le sujet principal de tous les médias occidentaux. Les jouets fabriqués en Chine en savent quelque chose !

Ensuite, on est allé visiter la maison de Radio-Chine-Internationale. Vue de l’extérieur, elle n’est pas plus reluisante que la maison de la RTG de Koloma. Je faisais part de l’observation à Dia. Après l’exposé du directeur général-adjoint de cette maison, je prenais encore la parole : « Nous, en Guinée, la coopération chinoise, on en est fier, cette coopération nous a donné une maison de radio qui n’existe nulle part en Afrique… » (L’interprète traduisait)…  « mais les équipements de dernière technologie qui l’équipent, aucun technicien guinéen n’arrive à les faire démarrer par manque de formation et de transfert de technologie ! »

Naïvement, innocemment, je venais ainsi fin au séminaire, plus tôt que prévu. Depuis, plus de conférence, plus d’exposé. Tout le reste s’est terminé en visites et en déjeuners et en dîners dans les plus grands et modernes restaurants de Chine. Peut-être que le programme l’avait prévu ainsi, allez savoir !

Coulisses et faits divers : Sur la Grande muraille : A la partie la plus abrupte, les guides nous laissaient libres tout en nous donnant rendez-vous dans deux heures. Simon-Pierre, le Centrafricain me disait : Sidibé, je suis dans ta roue, tu es le plus régulier et ponctuel. Je lui donnais mon appareil photo pour me filmer en train d’escalader les escaliers à la limite de donner vertige. Comme il ne pouvait pas me tenir le train, se laissant dépasser par de vielles fatiguées de 80 ans, je récupérais l’appareil et grimpais rapidement pour monter plus haut que possible. J’étais à trois pagodes du dernier sommet et les gens se raréfiaient au fur et à mesure qu’on monte, une phobie me saisit : Et si des brigands voulaient me dépouiller à ce niveau, c’était facile. J’avais, non seulement les jambes de coton, mais je ne voyais aucun compagnon et j’avais au moins cinq mille Juans en poche. Je redescendais les marches deux à deux et dépassais Jerôme Ndiho, bien loin en bas, le Burundais qui me dit avoir été jusqu’au sommet et qu’il avait été décoré par un certificat. Il me montrait un boîtier que j’avais vu à vingt mètres plus haut.

Plus bas, au niveau zéro, je rencontrais Dia, qui, lui, n’avait pas grimpé cinq marches, et pour tout certificat, il s’était photographié dans une tenue de samouraï avec ses lunettes. Un samouraï¨en lunettes… Le certificat disait qu’il est venu à la muraille, et cela lui a coûté 80 juans et il ressemblait à un samouraï en carton. Je me suis aussi photographié en prenant un air de samouraï mais un samouraï en Jean, c’était aussi faux que l’autre ! La nuit, j’avais tous le corps endolori par l’escalade. Vous-vous souvenez que j’avais perdu 150 Euro à l’aéroport ? Une voix de fille, suave, me chuchote au téléphone « massage, massage ». J’avais cru recevoir un message de Conakry m’envoyant des sous pour compenser la perte…c’était une masseuse…

Les hauteurs vertigineuses, il y en avait. A Chengdu, chez le Bouddha à Leshan, Dia a raconté à qui veut l’entendre qu’il avait eu le vertige et qu’il avait failli basculer dans le vide, il a rampé en tenant la rampe de l’escalier creusé dans la montagne. Occupé à regagner vite le sommet, je n’avais pas eu l’idée de le filmer…Il a acquis le sobriquet honorable de « Panda-rampant ». 73 mètres de haut avec des escaliers raides et serrés, il y avait de quoi dire : Pour tout l’or du monde, je ne suis pas prêt à refaire le parcours !

La nuit, on est allé au bain thermal. Je n’avais aucune envie d’aller dans un sauna avec des vapeurs qui étouffent. La présidente du Groupe, celle à qui Dia avait cédé la présidence, la Togolaise, n’avait pas trouvé un maillot de bain à sa taille, dans tout le magasin. Les Chinoises ont de petites fesses plates mais elle, elle a de chaque côté au moins 20 kilos de secousse charnelle. Elle me demandait lamentablement : « Je suis ridicule, Sidibé ? »

Un autre fait de coulisse important : j’ai remarqué qu’Appia, le conseiller technique au cabinet présidentiel et Ouattara Aboubacar Toto, le représentant de la primature de Côte d’ Ivoire, venaient en retard au séminaire par alternance, j’ai compris que ça ne marchait pas entre les deux qui ne se parlent que pour tromper l’apparence. Dans le bus, au restaurant, ils ne sont jamais ensemble. J’appelais Jérôme du Burundi et lui expliquais qu’il est de notre devoir de tenter quelque chose pour concilier les deux. Si on arrivait à faire parler les deux, on aurait fait quelque chose. Je lui confiais que la paix en Côte d’Ivoire est un problème guinéen. On avait conclu d’en parler la nuit, en profondeur mais à peine que je regarde en arrière, c’est Toto que je vois dans mon dos, le représentant de Guillaume Soro faisait semblant de dormir. J’appelais Jérôme : « Notre plan est devenu un secret de Polichinelle » – « Comment, ça ? » – « Regarde, Toto a tout entendu ! » Et ce Toto qui dit : moi, je dormais !et il commence à me donner des explications qui font croire que l’entente nationale est effective en Côte d’Ivoire. Le jour suivant, ils étaient ensemble partout et ne sont plus venus au séminaire en retard. Mais vu que les élections ivoiriennes traînent les savattes…

Se sont-ils définitivement réconciliés ?

La question reste posée !

A la revoyure !

Moise Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    


Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011