lundi 10 novembre 2008
Mystères et merveilles de la Chine moderne, première partie : Les leçons du 5e séminaire de presse en Chine

Content de retrouver les lecteurs après le cinquième séminaire pour les officiels de presse africains, qui s’est tenu du 8 au 22 octobre 2008 en Chine et qui a regroupé les plus hauts responsables, patrons et officiels de presse de plus d’une quinzaine de pays francophones d’Afrique. Riche en enseignements et en expériences à faire partager.

Avant de raconter les mystères et merveilles de la Chine moderne, un coup de brûlot…

Premiers jaugeages : Comme il fallait s’y attendre, dans de telles rencontres, les hommes se jugent, se jaugent. La frime et le chauvinisme (chauve) se fondent et se confondent au nationalisme plat. Chacun voulant incoerciblement et viscéralement se faire voir et valoir. Que voulez-vous, c’est sui generis aux bipèdes que de prendre plus souvent que d’habitude des vessies pour des lanternes et des fantasmes pour des réalités ; ce faisant, l’on ne fait que tirer les marrons du feu, rien de plus ! L’ignorance, le pédantisme et la fatuité, nos maux mal maîtrisés.

En une seule séance de séminaire, on savait déjà qui était qui. Je dois dire, cependant, que le cas n’est pas général, bien s’en fallait, mais l’on nous a fait subir des discours dénués de logique. Et cela, parce que mon compagnon Mamadou Dia, considéré comme doyen, avait décliné la présidence du groupe. Je reviendrai sur cet épisode en son temps.

L’enseignement à retenir de la sagesse chinoise est simple : quelle que soit l’énormité pondue, l’on ne se fait jamais remonter les bretelles : « ce que vous venez de dire est très juste, très positif mais… » Et figurez-vous, de telles rétorsions, on en a entendu pas mal mais l’on n’avait jamais saisi la botte, et jusqu’à la fin. Quelle constance dans aveuglement ! 

 Si le retard du continent ne vient pas de là, d’où viendrait-il, alors, hein ? Qu’elle est dangereuse, la prétention, qui est, en fait, la fatuité ! Je pense que cette fatuité est sui generis aux intellectuels inachevés africains !

 Et puis, qu’est-ce qui est le propre d’un journaliste ? N’est-ce pas de poser des questions et non de faire des suggestions ? Cette notion était sortie de l’entendement de nombre d’officiels au titre ronflant. N’étant pas des directeurs de la coopération, pas des ministres des affaires étrangères, ni des ambassadeurs, certains s’étaient engagés à dynamiser et a faire des promesses de donner un autre rythme aux relations entre l’Afrique et la Chine, non satisfaits de parler au nom de leur pays, uniquement, sapristi !

L’on avait même mis dans le discours final, le jour de la clôture du séminaire, la proposition de faire enseigner la langue chinoise en Afrique :( « …si tous les pays parlaient la même langue, même le Dieu sera fâché ») Encore, l’on a supplié les autorités chinoises de favoriser et de parrainer la création d’une ONG de réseau de communication, ce réseau devait être composé de volontaires et devrait immédiatement entrer en application, sur le champ !

En tant que représentants des gouvernements et des Etats, l’on était si tombé sur la tête pour décider de créer une ONG en Chine! Aberrant, n’est-ce pas ?

Une leçon pour les futurs heureux élus du sixième séminaire et surtout pour ceux qui auront la chance d’être présents à l’exposition de 2010 de Shanghaï dont la maquette fait penser à un autre monde. La Chine fait de la réussite de cette exposition un point d’honneur, les détracteurs n’ont qu’à se lever de bonne heure. Des J.O de Pékin, on avait entendu de « réussite sans précédent » Qu’en sera-t-il de cette exposition universelle ? Le thème principal : Meilleure ville, meilleure vie.

A cela, il faudrait ajouter que l’éducation et la sensibilisation font du chemin dans les populations, qui n’ont presque aucune appréhension vis-à-vis des étrangers et que l’on crache de moins en moins dans les rues et dans les places publiques.

Un autre enseignement non moins important et édifiant est la discipline dans l’indiscipline dans la circulation. Les usagers de la route, pas trop regardants sur le code de la route et les feux de signalisation, se tolèrent de façon étonnante. A Chengdu, par exemple, une ville qui me reste encrée au cœur, notre délégation était dans trois minibus précédés de trois véhicules de police avec gyrophares et suivis de trois autres et une ambulance, parce que des « pandas » avaient trop mangé et certains avaient commencé à piquer des malaises. Il ne fallait pas permettre aux autres véhicules de s’insérer dans la file. Les programmes de visite étaient un peu serrés et trop justes et les autorités avaient jugé de faire les longs trajets sans encombre. Un malencontreux événement s’était produit lors d’une sortie : le chauffeur d’un bus de transport commun avait voulu s’introduire dans la procession et avait manqué, de justesse, de heurter le nôtre. Les deux conducteurs se sont regardés en silence et l’autre, ayant compris sa faute et à qui il avait affaire, avait baissé la tête sans être réprimandé et les passagers avaient observé la scène avec un calme olympien, aucune ride sur aucun visage. Un tel cas se serait produit ailleurs, l’autre chauffeur aurait eu sa part d’invectives. Voilà comment on aurait fait des mécontents au sein des populations. Evidemment qu’il faudrait éviter autant que faire se peut de créer des tensions sociales par l’excès d’autoritarisme dans un pays si peuplé...

A aucun moment, on avait eu cette oppressante impression de la surpopulation de la Chine. A part les embouteillages dans la circulation, par moment, les rues ne sont pas bondées de monde. Quant à la pollution tant fustigée avant les jeux olympiques, peut-être que nous avions tous le nez bouché pour ne pas en constater.

Un enseignement pas moins important à retenir est cette incompréhensible dualité entre Mao TséToung et Deng Xiaoping, le successeur. Si le premier a fondé le parti communiste chinois et bâti la Chine idéologique en fustigeant le capitalisme, le second a ouvert le pays aux capitaux étrangers, ce qui a permis ce bond économique et ce rattrapage technologique. Nous avions visité le musée de Mao mais pas celui du second, à supposer qu’il en mérite. La question que l’on se pose est de savoir pourquoi les deux n’ont pas la même popularité. Le mystère demeure ! La prospérité de la Chine étant l’œuvre de second. Oignons intérieurs !

 Autre chose, pourquoi la Chine ne subit pas de plein fouet la crise économique mondiale ? Comment a-t-elle fait pour posséder la plus grande réserve de devises dans ses banques ? Une seule réponse semble adéquate : parce que la Chine n’a pas suivi la ligne de développement imposée par les pays occidentaux, dans lesquels on parle toujours de droit de l’homme et des libertés démocratiques. Quand elle condamnait les auteurs des délits économiques, l’on avait crié au scandale ; et ceux qui avaient crié hier sont victimes des fautes économiques qui paralysent l’économie mondiale en ce moment. Et aucun fautif, aucun coupable, n’est encore désigné. Cette économie mondiale s’est-elle effondrée d’elle-même, ou cherche-t-on à cacher la défaillance et la non fiabilité d’un système qu’on a imposé à tout le monde durant toutes ces décennies ?

Qu’est-ce qui paralyse les économies occidentales ? N’est-ce pas les multiples grèves déclenchées chaque année sous le chapeau des libertés syndicales et autres ?

 Les réalités diffèrent d’un pays à l’autre. Avec un milliard trois cents millions de personnes qui se mettraient à faire de la cacophonie comme dans une pétaudière, aucune stabilité n’est possible pour un quelconque développement. En Chine, c’est le respect de la discipline générale, et les Chinois ne s’en portent pas trop mal, malgré la surpopulation, je n’ai pas rencontré de SDF, de clodos et autres, à part quelques mendiants et indigents. Où ne peut-on en rencontrer ?

Le système économique occidental est-il vraiment un modèle à suivre pour les pays en développement, quand la moitié de l’aide retourne dans l’entretien de l’aide à grands renforts de conditionnalités et autres ? Pourquoi les puissances n’ont pas trouvé nécessaire de construire des raffineries de pétrole au Tchad et au Niger avant que la Chine n’en construise au Soudan ? Voilà la démonstration qu’avec les investissements colossaux, la Chine ne lésine pas à aider véritablement les pays africains. Les raffineries constituent un autre pas dans les échanges gagnants-gagnants entre les pays africains et la Chine.

Si demain, les contrats et conventions minières en Guinée sont vite revus et corrigés à la satisfaction des Guinéens, ce sera sans conteste le travail en amont, l’œuvre à distance, de l’offensive chinoise. Un nouvel ordre économique mondial est en train de se dessiner. L’Afrique est désormais certaine de trouver un partenaire fiable.

Et dans cette grande offensive chinoise, que peut-on entrevoir ? Les compagnies et sociétés occidentales, pour ne pas perdre nombre de concessions minières et pétrolières, seront dans l’obligation de changer le fusil d’épaule pour tenir la dragée haute à la concurrence chinoise, et c’est le continent noir qui en récoltera toutes les retombées, retombées qui se faisaient attendre depuis des lustres. L’attente était longue !

Mais dans cette concurrence bénéfique à l’Afrique, les compagnies et sociétés occidentales tiendront le coup face à la voracité et aux conditions des plus imbattables qu’offrent leurs vis-à-vis ?

La question reste en l’air !

A la revoyure !

Moise Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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