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Suite à une récente insurrection des nouvelles recrues de l’armée de Terre, qui a violemment ébranlé la sérénité du Centre d’instruction de Kaleyah, situé dans la préfecture de Forécariah, à près d’une centaine de kilomètres de Conakry, le chef d’Etat Major de l’Armée de Terre, le Colonel Nouhou Thiam a organisé ce mardi 6 avril un point de presse au camp Almamy Samory Touré, QG des Forces armées guinéennes.
Kaléyah, était pour plusieurs observateurs, le camp des mercenaires de la garde prétorienne du capitaine Dadis. Ce petit Centre d’instruction militaire du pays qui, il y a peu de temps, battait tous les records de critiques et de dénonciations des différentes organisations de défense des Droits de l’Homme, était devenu également et en si peu de temps, le visage humain, la véritable incarnation de l’indiscipline, de la désagrégation, de la décrépitude de l’ordre, du respect de la hiérarchie et de la rigueur. Des maîtres-mots, pour ne pas dire des vertus cardinales ayant longtemps caractérisé la Grande Muette, cette institution jadis vivante, vivace et symbole à la fois de la Nation et de la fierté du peuple de Guinée.
Malgré la salve de critiques et de dénonciations acerbes qui se déversait sur lui, Kaléyah, le désormais tristement célèbre camp aura, au bout du rouleau, donné raison à ses détracteurs. «A beau chasser l’habitude, elle revient toujours au galop», dit l’adage. Kaleyah, sachant la monstrueuse réputation qui lui collait à la peau, aurait pu s’en passer d’une telle publicité.
En effet, au moment où tout le peuple se remettait difficilement à espérer avec cette ère de la transition qui souffle sur la Guinée après les douloureuses, les traumatisantes épreuves inhumaines et exécrables du 28 septembre, c’est cette période qu’ont choisie les éléments cantonnés à Kaléyah pour remettre ça. Il s’est récemment donné en spectacle en tentant de donner corps à une mutinerie qui semble tuée dans l’œuf par la haute hiérarchie militaire. Celle-ci a dit avoir pris le contrôle des sites. Au prix de nombreuses interpellations dans les rangs des insurgés, ainsi que leurs commanditaires tapis derrière ces soulèvements.
Déjà, les langues commencent à se délier avec les premières dépositions faites à la Gendarmerie. Et le Colonel Nouhou Thiam promet l’enfer à tous ceux qui seront retenus dans les liens de la culpabilité après les investigations. Sur la cité, le vent de la panique à l’air de changer de camp. Et pour éclairer la lanterne de l’opinion nationale et internationale, une fois n’est pas coutume, le patron de l’armée de terre était ce mardi devant la presse nationale pour faire le point de la situation.
D’entrée de jeu, le colonel Nouhou Thiam expliquera aux journalistes les raisons qui l’ont amené à animer ledit point de presse. «En ma qualité de Chef d’état major de l’armée de Terre, il faudrait que je vous donne des informations. Car, le manque d’information entraîne la désinformation, et la désinformation entraîne l’intoxication. C’est pour cela que je me suis fait le devoir de vous expliquer la situation survenue à Kaleya », a indiqué le colonel Nouhou Thiam.
Selon lui, Kaléyah est un centre d’instruction où il y avait un regroupement de militaires. «Mais, les recrutements qui en ont découlé ne s’étaient pas faits dans les règles de l’art. Dans tout recrutement, il existe des normes standard à respecter», remarquera-t-il. «Il y a eu des coups de feu à Kaléyah. En ma qualité de chef d’état major de l’armée de terre, j’ai pris l’engagement de me transporter sur les lieux et de prendre les dispositions qui s’imposent, afin d’éviter des troubles et désordres au sein de la population », dira l’ex-porte-parole du CNDD (junte militaire). «Arrivé à Kaleyah, je les ai rassemblés et leur ai dit: Vous êtes tous recrutés dans les rangs des forces armées. Mais, je m’en vais vous dire que ce recrutement de Kaleyah était un recrutement fait à base ethnique. Alors que l’Armée guinéenne en son sein n’a besoin ni d’ethnie, ni d’hommes qui sont là pour traumatiser le peuple. Elle est républicaine au service de son peuple. Elle est et demeure une référentielle», martèlera le colonel Nouhou Thiam. «C’est pourquoi, j’ai tout d’abord décidé de les rassembler et leur signifier que leur comportement est contradictoire aux règles et principes qui régissent l’armée. J’ai ensuite récupéré toutes les armes, avant de les disperser et fermer le site. A l’heure où nous sommes, le camp de Kaleyah est fermé.» Rapportera le chef d’état major de l’armée de Terre. Avant de lancer une mise en garde sévère contre tous qui sont impliqués dans ces soulèvements. «Ceux qui ont agi vont répondre de leur forfaiture», préviendra-t-il. «Je vous le précise déjà qu’il ne s’agit pas d’une opération qui est orientée contre une ethnie ou pour un règlement de comptes. C’est une opération qui s’inscrit dans le cadre strict du maintien d’ordre. Tous ceux qui seront pris, vont répondre. Parce que nous ne sommes pas là pour déranger ou perturber l’ordre public. J’ai pris des mesures sévères contre tous ceux qui s’en sont mêlés. Quiconque sera cité va s’expliquer sur sa forfaiture devant la justice’’, martèlera le colonel Nouhou Thiam.
Se barricadant derrière l’argument du secret-défense, le colonel Nouhou Thiam n’apportera, pour le moment, aucune statistique précise par rapport au nombre de militaires concernés par ces présentes opérations sur le site du camp de Kaléyah. Pour le chef d’état major de l’armée de Terre, «Les jeunes soldats sont victimes d’une manipulation de la part des personnes qui veulent saper l’élan démocratique qu’on a amorcé. Parmi ces recrues, il y a de bons gars qu’on a récupérés et ventilés dans d’autres casernements pour éviter qu’ils soient intoxiqués. » Affirme-t-il.
A propos, le colonel Nouhou Thiam mettra à profit son intervention pour fustiger les conditions anarchiques dans lesquelles se sont effectués les derniers recrutements au sein des forces armées guinéennes. «Cette situation qui prévaut actuellement dans l’armée, est une situation dont on a héritée. Dans le temps, au sein de l’Administration tout comme dans l’armée, il y a avait à tous les niveaux du népotisme, du favoritisme, du clientélisme… », a déploré le colonel Thiam. «Pour corriger cette situation, nous nous évertuons depuis qu’on est à la tête de l’armée de Terre pour que la discipline et l’ordre y reviennent. Aujourd’hui, ce n’est pas un problème d’autorité, c’est un problème de caractère. C’est pourquoi, j’ai demandé à chacun de rejoindre sa position. Tout militaire pris en tenue, isolement, sera pris et s’expliquera… Il faut que l’armée se réconcilie avec sa population», a-t-il souligné.
Revenant aux insurrections de Kaléyah, le Colonel Nouhou Thiam affirmera qu’il y a eu de l’indiscipline et qu’il restera, à cet effet, fermé jusqu’à nouvel ordre. «Il n’y aura pas de formation. Si à l’avenir, il se manifeste des nécessités, nous prendrons des dispositions pour ne pas que n’importe qui aille là-bas dorénavant. Ceux qui ont fait ce soulèvement, le regrettent aujourd’hui. Parce qu’ils ne s’attendaient pas à de telles représailles de la part de la haute hiérarchie militaire. Ils sont en train de demander pardon. Mais, je ne vais reculer d’un pas…», confiera le chef d’état major de l’armée de Terre. «Les instigateurs, les meneurs sont en train de s’expliquer. C’est une procédure qui est enclenchée et c’est le Procureur qui fait le travail. …La Guinée ira aux élections libres et démocratiques. Quiconque tentera, par quelque moyen que ce soit, de le perturber, sera maté avec la dernière énergie. Il faut qu’on se débarrasse de ça. Il faudrait que le peuple ait confiance en son armée», a-t-il déclaré en fin.
Camara Moro Amara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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