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L’année dernière à la même période – quelques jours avant le carnage du stade - Idrissa Chérif et Moussa Keita s’étaient mués en personnages tout à fait singuliers : deux pyromanes en somme qui prenaient leurs aises dans le bateau alors non encore ivre de l’ex-chef de la junte guinéenne. En cette date anniversaire, on se souvient...
Moussa Keita et Idrissa Chérif furent les principaux guides apparents de Dadis Camara dont l’envoûtement de remettre le pays et les hommes sur les rails a été d’abord applaudi par une bonne frange de Guinéens. Encore que la démarche a vite fini par agacer. Faute de délicatesse, accuse t-on. Il va de soi surtout qu’il y avait un trop plein de conseillers qui s’illustraient dans les rengaines du genre : ‘’Chef vous avez bien fait’’, ‘’Excellence, toutes nos félicitations’’, etc. Nombreux courtisans se sont agrémentés là dans. Certains étaient d’ailleurs passés maîtres dans l’art. C’est ainsi que Moussa Keita et Idrissa Chérif rendus très ivres par le pouvoir d’alors et les largesses graduelles de l’ex-homme fort du camp Alpha Yaya Diallo, ont fini par imprimer leur historique mégalomanie. Ils avaient étrangement un dénominateur commun qui est resté gravé dans la mémoire collective de toute une nation.
D’abord la paranoïa rampante qu’ils avaient et qu’ils ont du reste fini par inoculer à leur mentor. Puis, leur mépris des atrocités du stade du 28 septembre. Ensuite leur arrogance manifeste vis-à-vis de la communauté sous régionale et internationale. Accusant le Quai d’Orsay de manigancer un coup contre Dadis Camara, Idrissa Chérif avait pris les torchons pour des lanternes : « J’ai eu à vous dire que nous avons certaines preuves sur certains services, qui ont été activés par Bernard Kouchner, non seulement pour chercher à déstabiliser notre régime mais aussi d'être en contact avec ceux qui ont tenté d’assassiner le président de la République. Dans les jours à venir, nous allons fournir les preuves qui démontreront effectivement ce qui s’est réellement passé. » Amin !
A cause de toutes les maladresses qui gênaient notamment Cécé Loua des AE, très proche de Dadis Camara et Komara le Premier ministre, Idrissa Chérif s’est vu interdit d’intervenir sur les stations étrangères sans la permission du Premier ministre d’alors. Cette mesure ne l’avait cependant pas assagi. Qui ne se rappelle pas encore cette triste phrase de l’ancien ministre de la communication, évoquant à juste titre l’interdiction de certains hauts cadres de l’administration Dadis de voyager, suite aux horreurs commises au stade ?« Nous avons des arguments (...). En Côte d’Ivoire (deuxième patrie de cet ancien ministre, NDLR), plus de 4000 personnes ont été tuées. Rien ! Les présumés auteurs voyages partout... », disait-il cynique. Cette déclaration qui avait fait le tour de la planète avait provoqué une tempête d’indignation et subséquemment, radicalisé nombreux autres affamés de Justice et de démocratie. Cet actuel banni cherchait juste à préserver son poste, suite à la démission, loin de sa patrie, de Tibou Kamara qui n’avait jamais dit-on, apprécié la sauvagerie vécue en ce triste 28 septembre.
« Ils ont tiré sur la population pour faire endosser la responsabilité à l’Armée »
Alors secrétaire permanent, Moussa Keita lui a excellé à narguer les leaders politiques, à défier la communauté internationale, à menacer la CEDEAO à travers Mohamed Ibn Chambas - « Je suis profondément déçu de Mohamed Ibn Chambas... Est-ce qu'il est vraiment Africain?... La Guinée appartient aux Guinéens » -, à nier les exactions du stade du 28 septembre. Bref, l’homme a incarné nous dit-on un patriotisme chancelant que certains assimilent encore aujourd’hui à de l’opportunisme. Morceaux choisis...
Le ‘’M. Dadis ou la mort’’ alors chef d’une délégation de la junte guinéenne à Ouagadougou, voulant égratigner ‘’les faux leaders’’ avait tout carrément déclaré aux micros de nos confrères burkinabé que : « Il se trouve que ceux qui se disent Forces vives sont des personnes qui ont participé à l’effondrement de la nation guinéenne, qui ont pillé le pays à des moments donnés de son histoire. Ceux-ci ont pillé le pays et ne peuvent pas demander la démission du président Dadis. Ces vieux ont fait leur temps, il faut qu’ils acceptent de partir maintenant que la classe politique se rajeunit. » Comme si cela ne suffisait pas, il enfonce pour ... dissimuler sa sclérose: « Ce qu’on ne dit pas, c’est que c’est une conspiration, un coup d’Etat qui a échoué. Ceux qui ont organisé cette manifestation ont voulu faire comme à Madagascar. Ils ont tiré sur la population, faisant endosser cette responsabilité à l’armée. »
Ce nationaliste qui frise le PDGisme avait poussé son audace jusqu’à déclarer que les négociations de Ouaga sont suspendues jusqu’au retour du président de la junte. Et comme pour mettre fin aux rêves de son courtisan, le chef de la junte, à partir de Ouaga a déclaré en présence même du tristement célèbre qui forçait un sourire jaune que : « La question de ma non-candidature et celle des autres membres du CNDD aux futures élections présidentielles est définitivement réglée. » Certainement, le M. Dadis ou la mort a dû piquer une crise. Surtout qu’auparavant, un petit incident a eu lieu entre ce Moussa Keita et El tigre. Le général lui a lancé en effet des questions du genre : ‘’Moussa c’est toi qui veut brûler la Guinée ?’’ Non, mon général a répondu tout tremblotant le secrétaire permanent du CNDD qui était allé à Ouaga pour exiger le retour de Dadis en Guinée. La suite, on la connaît : un petit séjour en taule puis bouche cousue.
A propos des viols : « Des 58 personnes tuées, il n’y en a que 12 qui l’ont été par balles. Les autres sont mortes par asphyxie ou ont été piétinées à mort à la sortie du stade. A défaut de donner la bonne version des faits, on fait croire que l’armée a tiré et qu’il y a eu 158 morts. On soutient même qu’il y a eu des soldats qui ont violé des femmes en plein jour. C’est ridicule! Un soldat a-t-il le temps dans un stade de déposer son arme pour violer une femme? » Cette ‘’révélation’’ a été très vite battue en brèche par Sékouba Konaté dans son discours de nouvel an. Le président par intérim avait en effet reconnu les actes odieux commis. Et du coup, a imploré pieusement la clémence des uns et des autres qui ont vécu dans leurs chairs et dans leurs âmes la barbarie du 28 septembre.
Comme quoi, si Moussa Keita (invisible depuis sa sortie du PM3 pour avoir bravé à Ouaga l’autorité de El tigre, au nom d’un groupe d’officiers restés au QG de la junte, avant de réapparaître tout dernièrement lors de l’inhumation de Dadis Jr.) et Idrissa Chérif (débarqué puis expulsé de Novotel) étaient encore en poste, plus personne ne saura où serait la Guinée. Vu donc les grandes dérives enregistrées un an après, y compris du ‘’Je suis désolé’’ de l’ex-chef de la junte, ne peut-on pas se demander si Dadis Camara ne s’était pas trompé d’amis ou de conseillers, en ne voulant écouter que ces deux ? Ce qui est sûr, nous enseigne l’adage, celui qui ne choisit pas là où s’asseoir, se lèvera toujours avec des saletés. Et François duc de la Roche Foucauld, de nous édifier : "Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants que nous; et néanmoins c'est l'intérêt seul qui produit notre amitié. Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir’’. Dadis Camara connaissait-il cette morale ? Pas si certain car, lui, ça chose c’est ... Machiavel et, rappelez-vous, l’accumulation primitive du capital.
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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