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Jamais dans l’histoire récente de notre pays, un pouvoir ne s’est si vite discrédité. En quelques mois, l’enthousiasme de curiosité ou de soulagement, en voie de devenir un enthousiasme de soutien, s’est brutalement évanoui, remplacé par un scepticisme intégral. De la perplexité, nos compatriotes sont passés à un doute à l’égard de la junte. Puis, le doute est devenu une opposition d’abord sourde, et finalement une hostilité franche et déterminée.
Pourtant, tout avait sinon bien commencé, mais au moins, commencé de façon non inacceptable. Il n’y a pas eu de tuerie. Les « militaires » avaient pris soin d’épargner leurs propres vies, alors qu’ils avaient ôté avec jubilation celles de centaines de leurs jeunes compatriotes en Janvier et Février 2007. Nos concitoyens (notabilités de l’opposition politique et simples citoyens) pouvaient s’opposer au faux putsch ( pouvoir ramassé après un cadavre). Par sagesse, ils ne l’ont pas fait, non par peur, mais par un sens de responsabilité que certains membres du CNDD semblent ne pas avoir.
Disposant des armes achetées avec les maigres ressources du travail de la Nation toute entière, certains militaires ont cru y avoir un signe de soumission de la part de nos populations. D’où la formation d’un CNDD incompétent, arrogant et immoral, et dont les principaux membres ne sont autres que les tueurs embusqués au point du 8 Novembre lors des évènements de Janvier et Février 2007.
Certains militaires, par exemple Dadis et certains autres, ont peut être été de bonne foi au départ. Leur intention proclamée de quitter le pouvoir, au plus tard le 31 décembre 2009, après une élection présidentielle libre et transparente, avait un accent de sincérité. Dadis pouvait être perçu comme un homme de parole. Ne disait-il pas lui-même qu’il respecterait sa « parole d’officier » ? Dès leur prise de pouvoir, à ma place, je leur ai apporté mon modeste soutien. Mes interventions sont consultables dans les archives de tous les sites guinéens. J’ai combattu l’idée que Dadis serait un tribaliste.
Sans fausse modestie, je crois pouvoir dire que certains compatriotes, plus compétents que moi, avaient alors tacitement accepté un délai d’observation, même s’ils ne partageaient pas mon indulgence temporaire. J’avais souhaité auprès de mes amis qu’on ne fasse pas de procès d’intention à Dadis,. Un de nos compatriotes, Dr. Baldé Abdoul invitait nos concitoyens à aider le capitaine Dadis à devenir, sinon un démocrate, tout au moins un Républicain. Prudent, j’avais aussitôt prolongé ce souhait en disant, qu’il commence lui-même d’abord par nous aider à l’aider.
Le capitaine Dadis pense-t-il honnêtement s’être engagé sur cette voie ?
J’ai été de ceux qui, avec persévérance, presque obstination, ont encouragé certains groupes de militaires à chasser le clan Lansana Conté et son régime. Car il m’apparaissait clairement que pour lui, notre Patrie n’était qu’une OCCASION, comme un homme d’affaires dirait d’une marchandise qu’il est tombé sur une occasion et l’a saisie. Je l’avais d’ailleurs expliqué à de multiples reprises. Et je m’étonnais que des militaires qui se disent attachés à la TERRE de leurs Ancêtres acceptent si facilement que leur « général » traîne leur propre Patrie dans la boue.
Que s’est-il passé en l’espace d’à peine six mois ?
Il n’y a pas d’hostilité personnelle à l’encontre de M. Dadis. Des compatriotes de haut niveau le plaignent plus qu’ils ne le condamnent. Car, il a pu être abusé par des « amis » ou parents incultes, mais intéressés, qui lui font croire qu’il peut faire tout et n’importe quoi, au motif qu’on serait dans un état d’exception et que le Droit c’est lui. Il serait comme par magie, soudainement devenu « SUPERIEUR » au pays. S’étant lui-même persuadé de cela, il pense avoir le droit (divin ?) d’imposer à nos compatriotes des « visions » qu’il n’a pas. Ses conseillers flagorneurs acharnés à sa perte, lui font croire que tous les Guinéens sont ou seront ses obligés. Du coup, le camp Alfa Yaya DIALLO devient le lieu où tout le monde défile. Or, ni ses conseillers flagorneurs, ni lui ne perçoivent l’évolution selon moi irréversible, des mentalités dans notre pays. Les Guinéens veulent choisir, à juste raison, eux-mêmes, la personne ou l’équipe à laquelle ils désirent confier la Direction Politique du pays, et cela au plus tard en Décembre 2009.
Aucune arme, aucun militaire ne pourra les en empêcher. Avoir dit qu’il faut respecter le CNDD, sinon lui Dadis changerait de costume, se présenterait à une élection qu’il aura pris soin de militariser et la « gagnerait » est plus qu’une erreur. C’est une double faute. Il y a d’abord un chantage inattendu et presque indigne. Ensuite, une institution n’est respectable que si ceux qui en sont les membres sont dignes de confiance. Or, ce n’est pas le cas. Par ailleurs, il n’y a pas de mépris à dire que ni lui, ni ses autres collègues du CNDD ne sont en mesure de diriger un ETAT. Ils n’en n’ont ni la personnalité, ni la psychologie, ni la consistance personnelle et encore moins la formation intellectuelle. On ne s’improvise pas Chef d’Etat. On peut prendre et conserver le pouvoir par les armes. Mais on ne battit pas un Etat. On instaure une tyrannie dans le pays pour finir soi-même dans la déchéance. (Voir BOKASSA, Samuel DOE, Idi Amine DADA, Charles TAYLOR…). Sortons de la démagogie consistant à dire tout le monde peut être Chef d’Etat. C’est faux.
Qui peut, un seul instant, reconnaître le moindre crédit à une institution dont les notabilités sont tous des Claude PIVI, c’est-à-dire des militaires tueurs souvent impliqués dans le convoyage et le trafic de drogue ?
Pourquoi avoir fabriqué une fausse opposition comme les Lancinè KOUYATE, TOLNO, les KEIRA… ? En quoi sont-ils représentatifs ? A quoi sont-ils opposés ? Depuis quand ?
C’est précisément pour cela entre autre, que nos compatriotes pensent de plus en plus que Dadis et PIVI ont peut être exécuté le testament de Lansana Conté. Peut être, y avait-il une alliance mystérieuse entre le clan Lansana Conté et Dadis et alliés ?
Malgré tout cela, le chef de la junte peut encore s’en sortir honorablement. Mais le temps presse. Alors à quelles conditions peut-il réussir sa sortie ?
Selon moi en :
1°. Se débarrassant immédiatement du CNDD qui n’est qu’un ramassis de tueurs et d’affairistes.
2°. Respectant rigoureusement sa promesse d’officier comme il l’a lui-même proclamé à plusieurs reprises. En Décembre 2009, une élection présidentielle devra désigner une équipe qui n’a en aucune manière participé au pillage du pays, ni organisé sa décomposition économique en connexion avec certains commerçants contrebandiers de cigarettes.
3°. Renvoyant la milice recrutée par PIVI après le 23 Décembre 2008. L’homogénéité très particulière de cette milice est une source future de graves problèmes. Même Lansana Conté avait évité de se doter d’une milice si étrangement homogène. En créant cette milice, M. Claude PIVI a des préoccupation qui ne sont probablement pas celles de Dadis.
Au fond, le capitaine Dadis ne peut être tenu pour seul Responsable de cette détestable comédie. Pris en « otage » par les clans reconstitués de Lansana Conté et de certains extrémistes du CNDD comme le secrétaire permanent le commandant Moussa KEITA, par ailleurs militant politique revanchard, cajolé par des réseaux affairistes ( Roda FAWAZ, quelques commerçants….), le naïf et peut être sincère Dadis peut encore éviter le gâchis absolu. Respecter les engagements pris devant le pays reste la seule voie.
Chercher à ruser avec ce chemin par diverses manœuvres peu honorables , est une démarche vaine. Malheureusement, certains membres du CNDD l’y conduiront, pour sa perte définitive.
Mamadou Billo SY SAVANE (Rouen) France
pour www.guineeactu.com
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