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Dans cet entretien qu’il nous a accordé à la veille de son départ pour Dakar, le président des Nouvelles forces démocratiques (NFD) n’y va pas du dos de la cuillère, en se disant opposé, ce de manière ferme, à la candidature de Moussa Dadis Camara à la prochaine présidentielle.
L’Indépendant : Monsieur Diallo, les propos du président de la république sur sa probable candidature à la présidentielle suscite des réactions. Quelle est la vôtre au NFD ?
Mouctar Diallo : Par rapport à une probable candidature du chef de la junte la position de NFD est claire. Nous sommes absolument contre qu’il se présente pour 3 cause principales. La première c’est qu’il y a eu un contrat entre lui et la population à travers un discours de prise de pouvoir. Ce discours était un discours de rupture dans lequel il a dit qu’il s’engageait à faire une transition courte et à organiser des élections libres et transparentes pour remettre le pouvoir aux civils. Et la population a adhéré à cela massivement. Donc c’est devenu un contrat qu’il doit respecter. Il a précisé que ni lui ni aucun membre de son gouvernement ne va se présenter à ces élections. Deuxièmement un homme doit respecter sa parole. Cela est une valeur morale et républicaine. Troisièmement, s’il est candidat aux élections, les élections ne seront pas libres et transparentes. Car c’est sûr qu’il ne se présentera pas pour perdre. Donc s’il se présente, il utilisera tous les subterfuges, tous les moyens pour l’emporter même frauduleusement. Parce que je suis convaincu que si Dadis est candidat il va utiliser tous les moyens y compris les moyens de l'Etat, les moyens humains, donc l’administration, les moyens financiers et matériels pour remporter les élections et ça sera pour s’éterniser au pouvoir. C’est pour toutes ces raisons que le NFD est entièrement contre la candidature du président de la république. Il faut qu’il respecte ses engagements, il y va de la crédibilité de l’armée et cela permettra à la Guinée de tourner la page avec l’ancien système caractérisé par la mal gouvernance, la tricherie dans les élections. La Guinée a besoin d’amorcer une nouvelle ère de son histoire.
Pensez vous que les forces vives pourront empêcher cette candidature ?
Oui, les forces vives sont organisées, et vous allez voir très prochainement une forte organisation au sein des forces vives pour barrer la route à cette manœuvre machiavélique de la junte pour s’éterniser au pouvoir. Les forces vives vont se retrouver et tous les leaders des partis vont se retrouver et faire un bloc pour faire face à cette menace militaire dictatoriale. Cela est une évidence car les forces vives sont suffisamment représentatives du peuple, parce qu’il y a les partis politiques, la société civile, les syndicats, les organisations patronales, les quatre coordinations régionales et les conseils religieux qui ont donc leur démembrement sur toute l’étendue du territoire national, ils ont la légitimité, la légalité, ils ont l’adhésion massive des Guinéens, et ils vont s’organiser pour mettre une pression énorme sur la junte, afin qu’elle respecte son engagement pour organiser des élections libres et transparentes auxquelles aucun d’entre eux ne sera candidat.
A vous entendre parler, souvent on a l’impression que votre seul recours demeure les enfants de l’axe Bambéto - Koloma. N’est-ce pas aberrant que toute une classe politique se barricade derrière des adolescents, face à un régime militaire ?
Ce ne sont pas des enfants, ce sont des jeunes qui sont conscients du fait que leur avenir est confisqué. C’est face à cela même qu’ils avaient pris leurs responsabilités lors des événements de janvier février 2007. Je rappelle que NFD notre parti politique est né de ces événements qui ont enclenché le processus du changement. Et donc ces jeunes ont pris la rue pour réclamer le changement vu que leur avenir était en jeu.
En plus ce sont ces jeunes qui constituent les forces composantes des forces vives. Et donc ce n’est pas que nous nous barricadons derrière eux, mais c’est qu’ils sont conscients de ce qui se passe. Et ils sont prêts à s’engager dans toute dynamique allant dans le sens du changement. Pour qu’enfin soient créées des conditions d’épanouissement pour eux. C’est par rapport à cela qu’ils adhèrent massivement aux organisations membres des forces vives pour non seulement contribuer à la citoyenneté du pays, mais aussi contribuer au processus du changement pour le développement. Ce n’est pas une instrumentalisation comme la junte est en train de le faire actuellement. C’est le lieu de dire qu’il y a aujourd’hui des liens très étroits entre NFD et les jeunes. Nous nous retrouvons régulièrement pour mettre en place des cellules de base qui pourront le moment opportun faciliter la mobilisation.
Ne pensez-vous pas que les forces vives doivent faire preuve de maturité, de responsabilité et de courage pour contraindre le CNDD à renoncer à ses ambitions ?
Bien sûr c’est ce que nous allons faire. Je vous dis qu’il y a une dynamique interne au sein des forces vives consistant justement à mettre tout le monde ensemble pour créer un bloc afin d’obliger de la façon la plus claire et catégorique la junte à respecter ses engagements. Et vous allez voir très prochainement, ce bloc va s’organiser, se structurer et obliger la junte vraiment à respecter ses engagements.
Quels sont les griefs que vous portez à l’encontre de la junte ?
La junte aujourd’hui est en train de mettre en place un régime dictatorial. Cela est une évidence. Vous savez, toute dictature commence par des manifestations de soutien des populations, des mamayas. Il faut dire que ces militaires étaient là pendant que le peuple sombrait dans la misère totale c’est d’ailleurs ce qui a poussé les gens dans la rue, pour réclamer le changement lors des événements de janvier et février 2007. Ils n’ont rien fait… Quand nous avons suivi le discours d’orientation du chef de la junte Dadis Camara, on a su justement ses ambitions de se pérenniser au pouvoir parce qu’il avait parlé de la mise en place de grands projets qui ne peuvent pas aller dans le cadre de la transition. Vu que cela nécessite assez de temps.
Les atteintes aux droits de l’homme dans le pays se multiplient aussi. On interdit aux partis politiques de s’exprimer, tandis que les militaires ont instauré un climat de violence contre les populations civiles.
Au lieu d’aller à l’essentiel qui consiste à organiser des élections libres et transparentes, la junte est en train d’amuser la galerie en parlant de projets d’électrification et d’adduction d’eau. De menaces le long de nos frontières et d’explosifs destinés au réseau Al Quaida d’Oussama Ben Laden.
Propos recueillis par Alpha Camara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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