|
A ceux qui soutiennent que Mouctar Diallo des NFD, alors ministre de l’Elevage avait donné sa langue au chat pendant que des Guinéens assoiffés de démocratie subissaient la pire barbarie dans certaines parties du pays, le leader des Nouvelles forces démocratiques répond en s’inspirant vraisemblablement de Vaclav Havel : « Le temps politique est un temps différent de celui que nous vivons dans le quotidien. » C’est ainsi que le jeune politique épouse le sage enseignement selon lequel « l'homme raisonnable s'adapte au monde; l'homme déraisonnable s'obstine à essayer d'adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l'homme déraisonnable. »
Mais cette nouvelle vision du monde politique actuel explique-t-elle l’impulsion obstinée de Mouctar Diallo, lequel s’attaque à tout le monde, adversaires comme alliés ? Assurément non. Certes, les supposés esprits supérieurs comprennent toujours difficilement qu'ils soulèvent des fureurs en faisant ressortir les stupidités de gens relativement bornés (suivez mon regard…). Cependant, quand on est jeune, donc tout l’avenir devant soi, il sied, comme le souhaitent des analystes politiques, de marcher sur des œufs afin de réussir à trouver ce qui est de plus précieux chez les aînés politiques : l’expérience et le savoir faire.
Une révolution guinéenne ratée
Mouctar Diallo des NFD a forcé l’admiration de nombreux jeunes sous le règne de Dadis Camara et de ses errements qui donnaient la sueur froide à plus d’un "assoiffé du pouvoir", de "faux leaders", etc. Le jeune Mouctar avait dénoncé sans fioriture les incohérences et la dérive dictatoriale du chef de la junte d’alors. Qui n’a pas apprécié en outre son empoignade avec le très célèbre Tiégboro Camara à l’entrée du stade du 28 septembre lors de la manifestation d’opposants qui s’est d’ailleurs soldée par plus d’une centaine de morts. Il avait fait la fierté de la jeunesse progressiste. Cet homme dans cette immaturité avérée avait quelque chose de très fascinant. Avec cette incroyable jeunesse, cette formidable confiance en soi ce trentenaire renvoyait de fait en lui les espoirs les plus fous qui devraient faire de lui un phénoménal animal politique.
Jusque-là, on ne se doutait pas un seul instant qu’il aurait pu appartenir à un pseudo-gouvernement dit de transition, à la tête duquel devait trotter un certain Jean-Marie Doré dont les rapports étaient déjà orageux depuis les multiples voyages sur Ouaga. Des voyages qui ont ressemblé à bien des égards à une véritable foire d’empoigne rendue publique au nez et à la barbe de Blaise Compaoré. Ce Mouctar-là donc, devrait être le symbole même de cette jeunesse qui veut encore aujourd’hui, plus qu’hier, s’affranchir d’un sort maléfique infligé par les régimes qui ont mis la Guinée en coupes réglées.
Mais il a fini par appartenir à un gouvernement guinéen synonyme chez nous, hélas, d’enrichissement illicite. Ce jeune « pouvait mieux faire étant ministre de la Jeunesse, par exemple. Un tel poste pouvait l’aider à continuer à se taper une pub gratuite. Mais nos esprits savants ont préféré le "jeune" et non moins célèbre Thierno Aliou Diaouné…à ce poste », commente un confrère. C’est dire que Mouctar Diallo qui incarnait la révolution guinéenne est bien passé à côté. Une révolution, pour dire tout net, ratée.
Un avenir assombri
L’avenir de Mouctar Diallo s’est-il assombri ? Cette question mérite fort bien d’être posée, vu les frasques et déclarations à l’emporte pièces que nous assistons tous les jours. Des sorties médiatiques qui peuvent briser une carrière. La bouche cousue à l’Elevage s’est vite déchirée ‒ en violation des accords Ouaga ‒ après le premier tour de la présidentielle. Coup de froid avec El tigre, fausse menace de démission, puis les choses rentrent dans l’ordre.
Au ministère de l’Elevage, ironise un chroniqueur indépendant, « notre jeune ministre semble s’être beaucoup plus illustré à tuer les animaux qu’à les élever : abattage des chiens et chats errants, création des abattoirs, etc. Jamais un projet fiable pour l’élevage, au sens littéral du terme. Sur le plan politique, il s’est tu comme une carpe sur certaines décisions gouvernementales pourtant très impopulaires. Il n’y a qu’à voir la propension du premier ministre à se détourner de sa feuille de route en signant des conventions minières juteuses. Mouctar avait goûté à la chose et beaucoup ont pensé qu’il a fait comme dans un passé récent, un certain Kiridi Bangoura, contestataire devant l’éternel jusqu’au jour où il a enfilé son abacos de ministre ! » La transition est aujourd’hui finie, sinon presque. Le jeune Mouctar s’en est allé avec des présents aux dépens du contribuable guinéen: voiture, parcelle assainie et 500 millions GNF. Comme d’ailleurs tous les ministres de Doré. On peut alors estimer que l’avenir du jeune Mouctar s’est assombri. Et cela dès l’instant que passage au gouvernement en Guinée est souvent mal vu à cause du manque du sérieux de nos gouvernants. Des adversaires du leader des NFD crient déjà au détournement orchestré avec le projet d’abattoirs.
Conquête d’une virginité politique
A prix coûtant, Mouctar Diallo est actuellement à la conquête d’une virginité politique. Pour y arriver, il multiplie sorties médiatiques et déclarations fracassantes. Il a déjà accusé Cellou Dalein, son allié d’hier d’avoir commis « beaucoup d’erreurs de parcours pour perdre le second tour de la présidentielle (…) outre la conspiration au sommet de l’Etat. A présent, il doit capitaliser ses erreurs, faire l’état des lieux pour son avenir politique ».
Cette déclaration intervient au moment où les deux politiciens se tiraillent le défunt militant Zakariaou Diallo. Des semaines de désamour, tout semble rentrer dans l’ordre. Selon l’ancien ministre de Jean-Marie Doré, le défunt est un militant répertorié dans le registre des NFD. Il précise cependant qu’il n’y a pas de problème entre les deux formations politiques (UFDG et NFD). Et d’assurer : « L’important, c’est l’objectif visé et non celui qui porte l’action ». Ce qui met déjà fin à un jeu de passe-passe entre les deux partis politiques. Mouctar aura compris que pour aller loin, il faut d’abord fumer le calumet de la paix avec les alliés et les siens.
Convaincu de cet acte posé, "le petit" reste solidaire avec toute l’opposition quant à la suite à donner au fichier électoral. Au même moment il tape ‒ pas vraiment dans la dentelle ‒ sur Alpha Condé et menace de descendre dans les rues pour exiger le respect des règles démocratiques. Cette démarche est à ses yeux, après le départ raté, l’unique façon de se faire une certaine virginité politique. Avec à la clé une impulsion obstinée.
TFS
www.guineeactu.com
|