mardi 22 avril 2008
Morou Baldé, S/G chargé de communication de l’UPR : « La déclaration des dissidents est une farce grossière »

Le principal parti d’opposition parlementaire, l’Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR) est en proie à une profonde querelle de leadership pour le contrôle de la direction nationale du parti. Depuis ce 18 avril, 22 membres du bureau exécutif national (B.E.N) sur  les 114 que compterait l’UPR, sont entrés en rébellion ouverte contre la présidence de l’honorable Bah Ousmane. Dans une déclaration signée du nom du B.E.N., ce groupe de ‘’dissidents’’ remplace Bah Ousmane par Madame Siradiou Diallo,  Bah Assiatou comme présidente intérimaire à la tête du parti. De l’autre côté, dans le rang des membres du B.E.N. restés fidèles à Bah Ousmane, cette décision est perçue comme un coup de force contre, disent-ils, la légalité et la légitimité incarnées par leur protégé. Morou Baldé qui est membre du bureau exécutif national et chargé de communication de l’UPR, qualifie, quant à lui, la déclaration de farce grossière. Dans l’entretien qui suit, M. Baldé s’évertue à expliquer les dessous de la décision des dissidents.

Le Démocrate : Quelle est la position de vous autres par rapport à la déclaration de destitution de Bah Ousmane ?

Morou Baldé : Le président Bah Ousmane est depuis quelque temps en tournée à l’intérieur du pays en mission d’information et de sensibilisation. Ceci est une décision appuyée par la  rencontre des 13 et 14 mars derniers à Labé autour des cérémonies marquant le 4è anniversaire du décès de notre président fondateur, Siradiou Diallo. Sur les 43 fédérations de l’UPR, 38 sont venues de l’intérieur et 7 de l’extérieur. Le Président du parti a reçu mandat d’aller à l’intérieur pour cette  mission d’information et de sensibilisation. Il a demandé à ce que, au niveau du Bureau exécutif, en sus des membres désignés devant faire partie de la délégation officielle, toutes les bonnes volontés du Bureau exécutif national qui pouvaient l’accompagner dans la tournée se joignent à lui. L’ensemble des fédérations ont désigné la fédération de Kamsar, en la personne de Monsieur Mansaré pour lui demander d’aller avec le président, vérifier tout ce qui se ferait en conformité avec la presse du parti et venir rendre compte à l’ensemble des fédérations. Donc une fédération qui était déléguée au nom de toutes les fédérations pour vérifier l’authenticité, la légitimité et la légalité des actes que la direction nationale du parti va poser. Nous estimons que pour un parti démocratique national comme l’UPR, c’est le moins qu’on pouvait faire. Du moment où le président est à l’intérieur, le Bureau exécutif, conformément à ses habitudes, a réuni le 18 avril, en session ordinaire, ses membres qui étaient présents. Nous faisions 35. Nous avons proposé à l’ordre du jour le modèle qui, normalement, est celui de toutes les rencontres du Bureau exécutif. C’est-à-dire un ordre du jour composé : premièrement du courrier adressé au parti-colis, deuxièmement du compte de mission, troisièmement, des divers. Il y a un membre du Bureau Exécutif National, en l’occurrence commandant Alpha Oumar Barou Diallo qui a fait un amendement. En lieu et place de l’ordre du jour, il a proposé qu’on discute de la vie du parti. Nous lui avons dit que c’est pertinent, qu’on peut le faire. Mais en l’absence du Président et, nous ne faisons peut-être même pas le tiers du bureau exécutif. Parce que la composition du bureau fédéral réévaluée nous donne 114 membres. Et il faut le préciser, nous n’étions que 35 membres. Nous disons que nous ne pouvions pas engager de discussions de fond qui pouvaient aboutir à des conclusions marquantes autour du Parti à 35. Non seulement le président n’est pas là, son appréciation, son évaluation, son analyse sont interpellées autour de certains points qu’on était censé aborder, mais que nous n’étions qu’une portion congrue. Nous avons donc, estimant qu’un parti politique, c’est un espace de débats et de dialogue, démocratiquement proposé qu’on attende le retour du président et qu’on convoque tous les membres du Bureau Exécutif National (BEN) et qu’on en débatte. Ils disent non. C’est à ce  moment qu’on leur a fait remarquer qu’ils ont le droit de proposer. Mais un amendement n’est retenu que lorsqu’il fait l’objet d’un consensus. Votre amendement n’a pas été retenu. Nous avons discuté jusqu’après la prière du crépuscule, on a levé la séance. Lorsque nous sommes partis, ils sont revenus nuitamment au siège du parti sur la pointe des pieds comme un maraudeur. Ce groupe qui a fait cette déclaration était au nombre de 22. D’après ce qu’on m’a dit.

Qui étaient-ils ?

Ecoutez, on m’a cité le nom du commandant Alpha Oumar Barou Diallo qui était là. D’après ce qu’on m’a dit, c’est lui qui pilotait tout ça. Donc comme je le disais tantôt, après avoir levé la séance, quand tout le monde était parti, ils sont revenus au siège. Ils avaient sous cape une déclaration qu’ils ont sortie et lue. C’est cette déclaration que vous avez. Mais vous voyez, c’est un pavé dans la mare. Parce que pour destituer un président, il faut un certain nombre de conditions. Il faudrait d’abord que le président ait commis une faute lourde avérée, constatée. Et autour de cette faute, le congrès se réunit, apprécie. S’il y a lieu de destituer le président, on le destitue. S’il y a lieu de sanctionner autrement, on le sanctionne. Mais une portion congrue d’une direction d’un parti ne peut s’arroger le droit maladroitement et dire que je prends en otage la direction nationale du parti, je change. C’est un congrès qui fait ça. C’est le congrès qui réunit le Bureau Exécutif qui, lui-même, provient du comité central et les fédérations du parti. C’est cet aréopage de structures et de représentations qui siègent pour décider devant un photographe quelle sanction infliger au président, s’il faut le  relever. Ce ne sont pas des individus qui se lèvent pour le faire. La légitimité, la légalité et la souveraineté de décision au niveau du parti appartiennent à la base. Dans un parti, le sommet n’est qu’un chapeau. Mais faut-il encore respecter l’esprit des statuts et règlements intérieurs qui sont les documents fondateurs d’un parti. Si cela n’est pas fait, je considère ça comme une farce grossière. Ce n’est pas du tout sérieux.

Dans la déclaration, c’est Madame Bah Assiatou Diallo, l’actuelle vice-présidente qui est choisie en lieu et place de l’honnorable Bah Ousmane comme présidente par intérim du Parti. Cela voudra-t-il dire qu’elle est de connivence avec la dissidence ?

Moi je ne préjuge de rien, elle n’est pas là (au moment de l’interview, Mme Bah Aïssatou Diallo était absente du pays, ndlr), je ne l’ai pas entendue, je n’ai pas entendu ses réactions. Donc je ne peux pas juger. Mais je me dis simplement quelque part, de façon mécanique, que s’ils l’ont présentée, je suppose qu’ils ont au moins eu la courtoisie de la contacter et d’avoir son aval, son assentiment. Sinon ce serait ajouter l’insulte à l’injure.

Selon nos informations, tout le problème proviendrait des questions de l’intégration des deux partis, l’UFDG et UPR ?

Un faux problème. Pourquoi ? Avant la recomposition de l’UFDG, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, la direction de l’UFDG ancienne a envoyé à l’UPR un projet d’alliance forte. C’est-à-dire au niveau de l’uninominale dans les fédérations et la proportionnelle au niveau de la liste nationale. Nous avons reçu cette proposition. Par la suite, nous avons mis sur pied une commission paritaire. Il y avait cinq du côté de l’UPR et cinq de l’UFDG, pour aussi loin que mes souvenirs m’habitent. Nous avons travaillé pendant trois mois. Ensuite, il y a eu des contraintes de calendrier. Entre-temps, l’UFDG a eu un nouveau président. Cette fois-ci encore, on nous fait un projet qui était celui de l’intégration. Nous, nous avons mis dans notre résolution que nous avons adoptée ici à l’UPR que nous proposions à  toutes les formations politiques de la Guinée, qu’il soit l’UFDG, l’UFD ou les autres, soit une fusion ou une intégration, soit une alliance forte. L’UFDG nous renvoie l’ascenseur en disant ‘’nous proposons une intégration’’. Nous leur avons en ce moment demandé qui sera le parti intégrant. Ils nous disent à la première rencontre l’UPR. Or pour qu’il y ait intégration de deux partis, qu’est-ce qu’il faut ? Il y a des problèmes qui sont à la fois d’ordre juridique, politique, administratif et structurel. Cela veut dire quoi ? D’abord premièrement, il faut déterminer le parti intégrant, deuxièmement, le symbole, troisième l’initial du parti, quatrièmement, il faut préciser qui doit être le nouveau président du parti. Cinquièmement, quelle est la configuration de la nouvelle direction du parti, puisqu’il y a deux structures. Sixièmement que doivent revêtir les organismes parallèles à l’intérieur sur le plan  national. Septièmement, qui doit être candidat de la nouvelle formation aux prochaines législatives. Huitièmement, qui sera le candidat de la nouvelle formation à la présidentielle de 2010. Une fois que vous avez affiné l’analyse autour de chacun de ces points, vous allez aboutir à un protocole d’ensemble. C’est à ce moment que vous pouvez parler d’intégration. Mais si vous n’avez pas analysé à la loupe ces détails, c’est ce qui conduit à des fictions. Parce que chacun de ces points est point de souveraineté. Vous n’avez que le mandat des militants qui vous ont mis là, vous ne pouvez pas vous prononcer sans leur aval. Nous étions en train de travailler à cela, lorsque est intervenu ce 4è anniversaire du décès de feu Siradiou. Nous avons suspendu les négociations. Nous sommes partis à l’intérieur. Mais avant d’y aller, à la dernière réunion du Bureau exécutif qui a préparé ce 4è anniversaire de Labé, on a décidé que le président, à partir de la cérémonie qui devrait se tenir les 13 et 14 mars, allait, conformément à la résolution précitée, accomplir sa mission d’information et de sensibilisation. Le Président du parti est en ce moment entre Mali et Labé. Que 22 personnes se réunissent au niveau du Bureau exécutif pour décider de la destitution de celui-ci, franchement c’est la rigolade.

On admet d’ores et déjà que l’honorable Bah Ousmane est tenu informé de ce qui prévaut à Conakry. Pouvez-vous nous dire quelle a été sa réaction par rapport à cette déclaration ?

Nous lui avons simplement dit que sa mission doit continuer et que la direction nationale du parti s’est réunie pour définir la ligne de conduite. C’est tout ce qu’on lui a dit. Une fois que la direction nationale aura défini la ligne de conduite, on le contactera au téléphone par la suite.

On a l’impression que cette déclaration n’a pas été rédigée au siège du parti ici ?

C’est un des points de fictions que nous avons eu avec ce groupe de dissidents. Pendant deux mois, nous avons travaillé avec eux sous la présidence de l’ancien président de l’Assemblée Nationale du Mali et de la CEDEAO, le Pr. Ali Nouhoun Diallo. Le premier reproche qu’on leur a fait est d’être sorti de l’un des sièges du parti pour aller ailleurs en dehors du parti, cogiter, se réunir, parler du parti, compromettre le parti. S’ils s’étaient réunis au siège de Lansébouyi ou ici à la Minière pour faire n’importe quel document, nous aurions tiré la conclusion que c’est pour le raffermissement du parti. Parce que dans un parti, il y a des courants, des sensibilités, il faut respecter tout ça. C’est un débat interne, souverain au niveau de chaque responsable. Mais en lieu et place, ils sont allés se réunir ailleurs, en dehors du siège, pour faire un document qu’ils ont produit. Ils sont allés la première fois aussi pour demander la destitution du président. Là le facilitateur, le Pr. Nouhoun Diallo leur a dit ‘’écoutez ça, vous en faites un peu trop. Il y a des règles pour destituer le président. Vous êtes partis trop loin.’’ Ils l’ont retiré. On est arrivé à la conclusion que tout allait bien. Mais ils ont continué à travailler en périphérie. Ils n’ont même pas eu la courtoisie que tout Africain doit éprouver pour un aîné, pour quelqu’un qui veut s’impliquer pour votre union. C’est la  moindre des choses qu’on puisse faire en matière de civisme. Ils n’ont pas eu cette délicatesse. Nous ne leur en voulons pas. Nous disons que leur place, c’est dans le parti s’ils veulent revenir. Mais ils ne peuvent pas fonder le parti et rester dans l’impunité.

Au niveau du parti, quelles sont les dispositions prévues par rapport à une telle conduite ?

Nous informons la base. Ce sont les fédérations, les sections, les comités de base répartis entre les districts et les quartiers. Nous leur rendrons compte. Ensemble nous prendrons les dispositions qui s’imposent. Le Bureau Exécutif applique les décisions de la base. Nous avons rendu suffisamment compte à la base et nous continuerons à le faire.

Propos recueillis par Camara Moro Amara et Aly Badara Condé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    


Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011