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Je m’adresse à vous, Capitaine Daddis, Président de la République, pour vous rappeler que nous, anciens élèves de l’Institut Polytechnique de Conakry (IPC), de 1963 à 1984, sommes des officiers de réserve de l’Armée guinéenne.
L’Institut Polytechnique de Conakry, baptisé Gamal Abdel Nasser, en hommage au leader égyptien, a été fondé en 1963 par Louis Sénaïnon Béhanzin, mathématicien, petit fils du roi Béhanzin du Dahomey (actuel Bénin), venu apporter son aide à la Guinée indépendante.
En créant l’IPC, Béhanzin s’est inspiré de l’Ecole Polytechnique de Paris. Selon les statuts de l’IPC, que nous appelions Poly, le cursus universitaire devait durer cinq ans après le Baccalauréat, comme dans les universités soviétiques de l’ancienne URSS. On en sortait avec le titre de « Diplômé de l’Institut Polytechnique de Conakry ». Il y avait deux grandes filières : la Faculté des sciences sociales et les Facultés techniques d’ingénieurs. Le premier Administrateur de Poly, Boisrayon, était un ancien élève de l’Ecole Polytechnique de Paris.
Comme à l’Ecole Polytechnique de Paris, les élèves de l’IPC suivaient une formation militaire qui durait cinq ans, parallèlement au cursus universitaire, qui les menaient au grade d’officier supérieur.
Les jours de classe, nous portions l’uniforme kaki avec, à droite et à gauche du pantalon, la bande de commandement. Lors des cérémonies officielles et des défilés militaires, nous avions le costume d’officier bleu azur, la chemise blanche et la cravate noire. Pour les soirées de gala, c’était le spencer et le nœud papillon.
La formation militaire avait lieu tous les jeudis, sous la direction du majestueux colonel Kaman Diaby. Cet officier de haut rang était un ancien de Saint-Cyr en France. Il faut rappeler que Saint-Cyr est l’équivalent de Sandhurst en Grande Bretagne ou de West Point aux Etats-Unis.
Tous les jeudis, au petit matin, nous revêtions le treuillis vert olive et, chaussés de rangers, nous attendions le colonel Kaman.
C’est au pas de course que nous partions pour couvrir les six kilomètres qui séparent Poly du Camp Alpha Yaya, avec le colonel Kaman en tête.
Nous faisions ensuite plusieurs tours du Camp, toujours au pas de course, quelques fois sous la conduite du lieutenant Barry Bademba, officier des blindés et chef du Garage du Gouvernement.
Puis, nous partions pour le champ de tir de Maférenyah. Là, nous nous entraînions à la carabine 44, de marque soviétique - au recul redoutable -, à la kalachnikov et au LRAC (Lance roquette anti-char).
L’année universitaire comprenait deux semestres séparés par un congé unique d’un mois, en mars. Durant ce mois, l’entraînement militaire continuait, à Kipé. L’Administrateur de Poly, Sékou Camara, dit Sékou Menton, le supervisait.
Capitaine Daddis, nous vous demandons de nous rétablir dans nos droits, à savoir la reconnaissance du titre d’officier de réserve à tous les anciens élèves de Poly, de 1963 à 1984, et la pension de retraite y afférente.
En tant qu’officier de réserve de l’Armée guinéenne, je vous apporte mon soutien et mes encouragements.
Je vous recommande d’avoir comme priorité absolue la mise sur pied d’une nouvelle Constitution, n’autorisant que deux partis politiques, ce qui nous conduirait à l’unité nationale à marche forcée.
Faisons table rase du passé et recommencons à zéro. Pour combattre la corruption, il faut revaloriser considérablement les salaires des fonctionnaires.
Je vous recommande aussi de demander à la France le retour de la Guinée dans la zone franc. Sur ce point, je peux vous apporter une argumentation rigoureuse et convaincante.
Voilà cinquante ans que les économistes rabâchent que le développement doit commencer par l’agriculture. Cela n’a rien donné. L’agriculture existe. Elle occupe même la majeure partie de la population active. Mais le paysan n’est incité à accroître sa production que s’il y a des routes, des chemins de fer, en somme des voies de communication, que s’il y a les utilités publiques de base comme l’eau courante et l’électricité. Pour cela, il faut des barrages hydro-électriques, des centres de stockage et de conservation des produits… Sinon, le paysan s’enferme dans le circuit stationnaire de l’autosuffisance. La priorité des priorités dans le développement doit être accordée aux infrastructures. J’affirme cela, quitte à faire bondir les économistes traditionnels.
Capitaine Daddis, je termine en t’adressant un salut fraternel et en te recommandant de ne pas suivre les conseils du colonel Kadhafi qui t’a dit de garder le pouvoir. La transition démocratique ne doit pas excéder le terme que tu as fixé de deux ans, le temps de mettre sur pied des institutions solides et durables. Après quoi, tu peux partir la tête haute. Tu auras été alors ATT et Jerry Rawlings réunis en un et tu pourras entrer dans la légende, après avoir remis le pouvoir aux jeunes et non à la vieille classe politique corrompue.
Alpha Sidoux Barry
Directeur de publication de www.guineeactu.com
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