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La nouvelle de la réapparition du capitaine Moussa Dadis Camara tombe comme un cheveu sur la soupe, au moment ou les Guinéens s’apprêtaient à tourner définitivement la page Dadis.
Il était 22 h 30 GMT, lorsque RFI a annoncé dans sa dernière édition africaine du jour l’arrivée dans la capitale burkinabé du capitaine Moussa Dadis Camara, à bord d’un vol spécial.
Le gouvernement burkinabé qui aurait été pris au dépourvu par ce voyage, s’est hâté à trouver une villa dans le quartier chic de Ouaga 2000, pour héberger le chef de la junte, à qui Blaise Compaoré aurait aussitôt rendu visite dans la même nuit.
Il faut se demander ce qui a bien pu se passer du côté du palais royal marocain, pour renvoyer de la sorte, Moussa Dadis Camara vers le Burkina Faso, alors qu’il poursuivait tranquillement sa convalescence à l’hôpital militaire de Rabat ? De nombreuses sources diplomatiques s’accordent en effet sur le fait que Moussa Dadis Camara était considéré par le royaume chérifien comme un hôte encombrant, depuis que la Commission d’enquête internationale de l’ONU a présumé une responsabilité du chef de la junte dans les massacres du 28 septembre.
Le Roi Mohamed VI ne savait personnellement plus où donner de la tête avec cette patate chaude dans les mains.
Le Maroc avait d’ailleurs tenu à préciser dès le lendemain de l’arrivée de Dadis sur son sol qu’il n’avait pas été prévenu de cette évacuation. Mais les autorités marocaines s’étaient résolues à admettre cette présence pour des « raisons strictement humanitaires », d’après un communiqué officiel.
On se souvient que c’est à bord d’un avion de la présidence burkinabé que le président guinéen avait voyagé, le 4 décembre 2009. Après avoir essuyé des blessures à la nuque suite à des tirs émanant de son ancien aide de camp, Aboubacar « Toumba » Diakité, suite à une violente altercation.
Donc, on peut percevoir dans le geste du souverain marocain une sorte de ‘’ retour à l’envoyeur ‘’. Car au lieu de prendre la destination de Conakry, le King Air marocain qui a convoyé Dadis s’est posé à Ouagadougou.
Et ce n’est qu’à une heure de son décollage que Blaise Compaoré aurait été informé de l’arrivée du chef de la junte dans son pays. Une fois à destination, le capitaine Camara se serait montré très amer vis-à-vis de l’équipage marocain. En effet, lui qui s’attendait à atterrir en Guinée, voilà qu’on le conduit en terre inconnue.
Le médiateur de la crise guinéenne a néanmoins réussi à convaincre Moussa Dadis Camara à poser ses valises à Ouaga, en attendant son éventuel retour au pays.
Sékouba Konaté embarrassé ?
Le général Sékouba Konaté a dû certainement passer une mauvaise nuit, après avoir appris l’arrivée de Dadis à Ouaga. Pas que le président intérimaire ne veille pas voir son ami revenir au bercail. Mais que les choses prennent cette tournure alors qu’il vient à peine de redonner confiance aux populations guinéennes, à travers un discours qualifié de rassembleur par bien des gens, et qui prône l’ouverture devant aboutir à la formation d’un gouvernement d’union nationale, Sékouba doit certainement être dans l’embarras.
Certains observateurs craignent en effet que le retour de Dadis Camara au pays n’ait une incidence négative sur le cours des événements. Car, on le sait il y a un groupe autour du chef de la junte qui a la mauvaise réputation de passer pour des pyromanes, comme l’a dit au lendemain des massacres du 28 septembre, le Premier ministre Kabinet Komara.
S’il faut encore que Konaté qui commençait déjà à se mettre dans la peau du nouveau patron du CNDD, soit confiné à jouer les seconds rôles, la cohabitation entre les deux amis pourrait se compliquer.
Et c’est tout le processus de transition qui risque de vaciller en ce moment.
Hier mercredi, le président par intérim s’est rendu dans la capitale burkinabé, pour une visite de travail, selon le communiqué du CNDD.
Selon nos sources, c’est Blaise Compaoré qui aurait invité Sékouba Konaté à se rendre à Ouaga, pour discuter du cas Dadis Camara. Après le coup de fil du Roi du Maroc, qui lundi dernier, avait informé Blaise de son souhait de voir le chef de la junte quitter son pays.
Le président burkinabé allait profiter sans doute de son entrevue avec Konaté pour trouver une réponse à la proposition du Roi.
Mais, Mohamed VI a pris les devants pour lui renvoyer le capitaine Moussa Dadis Camara. Quitte à lui de trouver ce qu’il en fera.
Dian Baldé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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