|
Dans cette interview, le secrétaire aux relations extérieures du parti démocratique de Guinée (PDG –RDA) se réjouit de la relance de la transition. Mohamed Touré (fils du défunt président Ahmed Sékou TOURE) analyse par ailleurs la nouvelle donne politique qu’il espère voir déboucher sur une sortie de crise définitive.
Quel bilan pouvez-vous dresser du CNDD ?
Je ne peux exactement parler de bilan, au sens strict. Pour cela, il eut fallu disposer de plus de données. Néanmoins je puis dire, de mon point de vue, que les actions entreprises par le CNDD en l’espace d’un an, est très appréciables sur des points essentiels.
Lesquels ?
En premier lieu l’arrivée du CNDD a permis à la nation de sortir d’une situation critique et dangereuse suite au décès du Président Conté. Chacun se demandait comment les choses allaient se passer et beaucoup prédisaient une période chaotique, sinon plus. Il faut même reconnaître qu’une transition militaire était attendue et souhaitée par les Guinéens et même une bonne partie de la communauté internationale. Les discours tenus par le CNDD le 23 décembre et les jours suivants ont conforté les uns et les autres dans ce sens, ce qui explique d’ailleurs le large soutien à leur prise de pouvoir.
Ensuite le CNDD a posé des actes et entrepris des actions dans des domaines qui constituaient des préoccupations majeures pour la très grande majorité des Guinéens, notamment :
-
La lutte contre le grand banditisme et les narcotrafiquants qui avaient atteint des proportions insoupçonnées au plus haut niveau de l’Etat ;
-
L’amorce des audits liés à la gestion douteuse de nos services publics au cours des dernières décennies ;
-
La renégociation des conventions minières, halieutiques et forestières qui avaient été établies sur le pillage systématique des ressources du pays. Si cette action est saluée par mon Parti, elle ne signifie pas, à notre avis, qu’il faille entrer en conflit avec nos indispensables partenaires, mais elle doit aboutir à mieux tenir compte des intérêts de nos populations ;
-
La reconstruction des casernes militaires, condition sine qua non de la restructuration de l’armée
-
Le programme minimum eau et électricité ainsi que la réhabilitation de routes et pistes assurant en un minimum de temps un mieux-être relatif pour les populations en souffrance.
Quel est le revers de la médaille ?
Vous conviendrez avec moi qu’aucune action humaine n’est parfaite. Plus fondamentalement, le CNDD a tergiversé sur son engagement à ne pas se présenter aux élections présidentielles, ce qui a laissé planer des doutes qui ont été exploités par ses adversaires ;
Tout cela a abouti aux tragiques évènements du 28 septembre, qui ont déclenché une crise politique majeure en Guinée, dont les conséquences auraient pu être très graves pour le pays et pour la sous-région Heureusement, par la Grâce de Dieu, on s’achemine aujourd’hui vers une sortie de crise paisible.
C’est d’ailleurs le lieu d’adresser nos sincères remerciements à sa Majesté le Roi Mohamed VI du Maroc pour avoir accueilli et aidé à sauver la vie du Président Moussa Dadis Camara. Les remerciements vont également au Président du Faso, S.E. Blaise Compaoré dont l’intelligence et l’expérience politiques nous ont permis d’éviter le pire.
Quelle est votre lecture de cette sortie de crise ?
Personnellement, j’ai beaucoup d’espoirs, et ces espoirs sont rationnellement fondes sur une analyse objective.
Il est très réconfortant de constater la reprise du dialogue entre toutes les forces politiques en présence. Je suis convaincu que si les guinéens continuent ce dialogue, il n’est pas de problèmes qu’il leur soit insurmontable.
D’autre part, il apparaît aujourd’hui que les forces politiques se regroupent en blocs. Ceci répond à une nécessité de restructuration de notre classe politique qui pourrait déboucher sur plus de cohérence et d’efficacité dans le processus démocratique et pour le pluralisme politique dans lesquels nous sommes engagés.
Mon espoir se fonde également sur le fait que, en intégrant les forces de défense et de sécurité, les blocs de partis politiques, les syndicats et les religieux. Les organes produits par les négociations de Ouagadougou, notamment le CNT et le Gouvernement de Transition, sont représentatifs des différentes forces politiques et sociales de notre pays.
Malgré tout, la transition reste encore fragile. Quelles mesures préconisez-vous pour renforcer cette sortie de la crise ?
Avant tout, il faut maintenir et renforcer le dialogue entre toutes les forces politiques et toutes les composantes de la nation. Dans le cadre de ce dialogue inclusif, donner à chacun la possibilité de formuler des propositions et de se faire entendre me semble une chose essentielle pour que tous se retrouvent dans les mesures qui seront mises en œuvre dans la feuille de route des organes de la transition.
C’est là où je situe également la mission première du CNT. Il faudra éviter que l’élaboration de la nouvelle Constitution et des lois organiques ne soit qu’une simple affaire d’experts cooptés par quelques acteurs politiques. Soumettre les propositions à la caution du peuple me semble incontournable si l’on veut éviter d’être des otages d’une Loi Fondamentale de nouveaux taillée sur mesure et qui, de ce fait, sera encore tripatouillée comme l’a été la précédente.
Si c’est par voie référendaire qu’on doit obtenir la caution du peuple, ça pourrait être long à organiser ?
Par voie de referendum, pourquoi pas, si cela est techniquement possible dans un délai raisonnable ? Sinon il est possible d’imaginer d’autres formules, comme l’organisation de fora préfectoraux et régionaux, comme on l’a fait par exemple pour l’élaboration et l’adoption de la Stratégie de Réduction de la Pauvreté et d’autres documents de politique de développement. En tout état de cause, nous ne sommes pas, en la matière, dans une course de vitesse. Si la Guinée doit, comme le suggère le Président Obama, se doter d’institutions fortes, cette force leur viendra uniquement de la participation et de l’adhésion des populations. Je me fonde toujours sur le même principe, qui a toujours été celui du PDG RDA depuis sa constitution : le référentiel suprême, c’est le peuple.
Nous avons une chance exceptionnelle de jeter des bases consensuelles de notre État de Droit ne la ratons pas cette fois-ci !
Comment voyez-vous le processus électoral qui doit restaurer l’état de droit et mettre en place les institutions républicaines ?
Je suis quelque peu surpris de voir ceux-là même qui ont critiqué les élections communales et législatives précédentes, vouloir maintenant aller directement aux présidentielles, en acceptant que celles-ci soient, gérées par ceux dont ils contestent la légitimité.
Si l’on veut être sérieux, si l’on veut construire un État de Droit sur la base de la légitimité, il faut procéder d’abord aux communales, puis aux législatives et enfin à la présidentielle. Cette approche est la pierre de touche permettant l’évaluation réelle en termes de représentation, de tous les partis et de chaque parti.
Tout cela est-il possible en six mois ?
Tout cela dans un délai raisonnable. Il y a toujours des solutions possibles à un problème bien posé. Par exemple, on peut valablement combiner les communales et les législatives, puis faire la présidentielle dans un délai très raisonnable.
Quels sont vos engagements et ceux de votre Parti par rapport à cette situation ?
Mon Parti, le PDG-RDA, est membre actif des Forces Vives. Nous nous félicitons d’ailleurs que l’esprit de nos propositions se retrouve dans les accords de Ouagadougou. Je vous renvoie à cet effet aux différentes prises de position publiques précédentes et subséquentes à la Déclaration de mon Parti publiée le 29 octobre 2009 et le 10 janvier 2010.
Notre Parti continuera à agir dans la mise en œuvre du programme de la transition par la poursuite et l’intensification du dialogue, et la création de toutes les conditions pour l’émergence de l’Etat de Droit suite à des élections libres, équitables et transparentes. Les propositions que je viens de formuler vont dans ce sens.
Suite à cela, notre Parti contribuera à l’éducation politique du peuple, à l’animation de la vie politique du pays et participera légitimement à la compétition pour le pouvoir politique lui permettant de réaliser son projet de société et son programme de développement.
Et vous, personnellement ?
Je n’aime pas personnaliser, mais je sais que pendant quelque temps je ne saurais échapper à ce genre de question. Personnellement, en tant que fils du feu Président Ahmed Sékou Touré, ce n’est pas seulement en raison de mon ascendance biologique que je me retrouve dans l’actuelle direction du parti. J’ai eu la chance, à ses côtés et aux côtés de ses camarades, de me pénétrer profondément de la justesse et de la noblesse des valeurs qu’il portait avec son parti. Voilà pourquoi, d’abord militant de base, je me retrouve aujourd’hui au poste de secrétaire aux relations extérieures du comité central du PDG-RDA.
Quelles sont, d’après-vous les perspectives économiques à terme pour la guinée ?
Je suis un éternel optimiste, bien que mon optimisme ne soit pas sans fondement rationnel.
A terme, la Guinée peut jouer un rôle pilote déterminant pour le développement et l’intégration de l’ensemble de la sous région ouest africaine, sinon au-delà. Nos partenaires le savent. Dans cet ordre d’idées, je suis convaincu que la Guinée a plus besoin d’une coopération équitable, « gagnant-gagnant ». Comme le disait Feu le Président Ahmed Sékou Touré, l’aide doit simplement nous aider à nous passer de l’aide. Pour cela, sur la base d’une vision à moyen et long terme, il suffit de créer, avec des hommes intègres et patriotes, une meilleure gouvernance politique et économique et non plus se livrer au pillage de nos ressources.
Sur quelles ressources devra-t-on se fonder pour relancer la croissance économique ?
Quoi qu’en disent certains, la Guinée a d’abord une vocation minière. C’est la bonne gestion de nos ressources minières qui peut nous fournir les bases de notre industrialisation, intégrant l’agriculture, l’énergie, les manufactures, la création des services les plus modernes tous créateurs d’emplois. La conjoncture est aujourd’hui favorable, plus qu’elle ne l’a jamais été au début de notre indépendance.
C’est pourquoi nous avions salué l’engagement du CNDD pour la révision des conventions minières. Ceci dit, le secteur agricole, avec plus de 80% de la population active reste pour nous la base du développement économique en tant que source d’emploi et créatrice de richesse pérenne parce que renouvelable pour la grande majorité des Guinéens.
Il y a une immense et urgente demande de services sociaux essentiels de la part des Guinéens. Que faire pour répondre rapidement à cette demande, surtout en faveur des populations les plus pauvres ?
Se sont là des questions qui mobilisent toute notre attention et notre énergie. En tout état de cause, tous ces points seront détaillés dans des Documents de Stratégie dans les domaines politique, économique, social et de politique extérieure en voie d’élaboration dans le cadre de la préparation du prochain Congrès du Parti.
Merci Monsieur Touré.
C’est moi qui vous remercie.
Interview réalisée par Aly Badara Condé
Source: L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|