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Piqué par le virus de la musique depuis sa tendre enfance, Mohamed Sita Cissé, Sitanium est, de par sa hargne de réussir et son sérieux dans le travail, devenu aujourd’hui dans le milieu du Show-biz guinéen une icône, pour ne pas dire une véritable référence pour sa génération. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, le DG de la structure « Actions Futures », revient sur son parcours et juge le monde du showbiz guinéen. L’Indépendant : Vous êtes dans le Show-biz depuis plus d’une décennie. Pouvez-vous nous retracer brièvement ce parcours ? Mohamed Sita Cissé : Pour parler un peu de mon passé, je serai obligé de commencer à partir du moment où j’étais sur les bancs au collège pendant la Révolution. Des moments émouvants qu’on avait vécus durant les études, ce qu’on a appelé le mouvement pionnier. Alors, à l’époque, vous savez, toutes les écoles avaient des troupes scolaires ; des mouvements pionniers. Alors, moi je faisais partie du mouvement de mon collège où j’étais l’animateur principal, grand chanteur. Je déclamais beaucoup de poèmes. Voici comment je suis rentré dans la musique. Quand on déclamait les poèmes, le soubassement musical était la musique de feu Sory Kandia Kouyaté, de Kadé Diawara. Des personnes qui étaient pour moi des idoles dont je rêvais un jour avoir des autographes de leur part, ou bien avoir une photo avec eux. Voici comment très sincèrement j’ai aimé la musique. Après je suis rentré à l’université en 1986. En 1987, il y a avait un club de notre faculté qu’on appelait le « club Spoutnik ». Spoutnik du nom d’un Fusé russe. Ce club spoutnik se rencontrait chaque mercredi à 18h 00 dans la salle 110 du Rez-de-chaussée. On avait des activités diverses. Il y avait des jeux de dame, des jeux d’échec, de cartes. En même temps, on organisait des petites compétitions à travers tous ces petits jeux. C’est là où j’ai été coopté, à l’époque par le secrétaire général de ce club qu’on appelle Alpha Issiaga Diallo qui m’a confié le rôle de chargé de l’Information en 1986-1987. J’étais en classe de première année. L’année suivante compte tenu de mon dynamisme et de l’effort que j’apportais au club, il m’a demandé d’être au poste de secrétaire général dudit club jusqu’à la fin de mes études universitaires. Après l’université, j’ai mis en place une association du nom de l’Association guinéenne pour la promotion du spectacle (Aguipos). Une association dans laquelle se trouvaient des étudiants diplômés, qui aujourd’hui, se trouvent dans des départements ministériels, pour la plupart. Il y avait donc plus de 15 personnes qui étaient dans l’association. On a organisé beaucoup de concerts comme ‘’les nuits de l’école guinéenne», ‘’Miss Ugar» et beaucoup d’autres activités. C’est en ce moment que j’ai compris très sincèrement que je pourrais apporter quelque chose à la culture africaine de Guinée. En 1995, dans mes lectures nocturnes sur la musique africaine j’ai vu un passage où Fella, le célèbre musicien Nigérian parlait un peu du déséquilibre de la consommation de la musique africaine par rapport à la musique occidentale. Et que même les Africains consommaient la musique occidentale plus que leur propre musique. Je me suis dit qu’il y avait un certain déséquilibre. Alors pourquoi ne pas mettre une structure qui pourrait combler ce déficit. C’est comme ça que le nom de « Afro balance musique » m’est venu. Au départ je parlais de « Afro musique », la musique africaine. Mais comme il y avait un déficit, j’ai parlé d’équilibre un peu pour que cette musique occidentale ne pèse pas lourd sur la musique africaine. J’ai donc mis le mot Balance. La Balance pour l’équilibre. C’est comme ça que la structure « Afro Balance musique » est née. J’étais avec des amis dont Ansoumane Damaro, Blackso, Ansoumane Condé, Adios qui ont eu à évoluer chacun d’entre eux dans d’autres structures. Et nous avons compris que nous avons des objectifs communs et qu’il fallait s’associer pour apporter quelque chose à ce patrimoine culturel guinéen. Voici comment nous nous sommes battus durant dix ans pour apporter notre grain de sel à ce patrimoine culturel guinéen. En 2005, compte tenu des visions diverses de part et d’autre, je me suis décidé à mettre en place une nouvelle structure qui répondrait mieux à mes visions et à mes ambitions futuristes par rapport aux nouvelles exigences de la musique en Guinée. Voici comment est née « Actions Futures » qui, aujourd’hui, abat un travail très sérieux par rapport à la musique. En tant que Directeur Général de la structure « Actions Futures » qui est un transfuge de « Afro Balance Musique » parlez nous d’elle, de ses activités ? Les activités sont diverses au sein de notre structure. Nous faisons de la musique, du sport et de la communication. Dans le cadre de la musique, nous produisons des artistes. Nous faisons leur promotion et nous diffusons leurs albums ; C’est pourquoi aujourd’hui, nous avons des partenariats avec tous les médias en place et surtout les médias internationaux. J’ai travaillé récemment avec Radio France Internationale (RFI), au cours d’un de mes voyages en Europe. Dans les jours à venir, la Guinée se rendra compte de ce qu’on a pu apporter dans le cadre de la diffusion internationale de notre musique parce qu’il y a un manque à gagner par rapport à cela. Sur le plan du sport, on sait que la Guinée regorge aujourd’hui, de jeunes talentueux sur le plan par exemple du Football. Nous voulons à travers nos différents projets, que nous allons émettre, apporter une contribution dynamique au département de la Jeunesse, des Sports et de la Culture dans le cadre des infrastructures. Par exemple des séries de formations. Pourquoi pas un jour mettre en place un projet pour la construction de petits stades de proximité. Car les infrastructures manquent. Les jeunes n’ont pas où aller pour s’entraîner. Mettre aussi des structures qui peuvent encadrer, défendre nos jeunes même au-delà de nos frontières. J’ai eu la chance, au cours de mon passage récent en France de rencontrer Morlaye Soumah qui est chargé du recrutement et de la formation de jeunes talents au sein du club de Bastia. J’ai parlé avec lui de beaucoup de projets. Dans les jours à venir, vous allez voir notre structure encadrer des jeunes dans ce domaine. Sur le plan de la communication, la Guinée est en train d’amorcer un élan positif par rapport à son développement économique avec la naissance des entreprises de part et d’autre qui ont besoin d’une expertise en matière d’élaborer des stratégies de communication pour mieux les vendre avec leurs produits. Dites-nous quels sont les projets ou évènements que vous comptez réaliser cette année ? Nous sommes en train de mettre en place un festival pérenne qui va regrouper tous les talents culturels de notre pays et faire venir d’autres talents en dehors de notre pays. Je me réserve de donner le nom du festival parce que le déballage de cela nécessite une rencontre avec la presse nationale. Je tiendrai un point de presse au cours duquel, je présenterai le format de ce festival. Pour l’année 2008, vous savez qu’il y a une activité au Mali qu’on appelle « Case Sanga », c’est-à-dire la Case du Succès. Parce que les jeunes du Mali ont compris qu’il fallait apporter quelque chose aux jeunes talents culturels de leur pays. Cette année, ils ont élargi cela à tous les pays de la sous région (le Sénégal, le Niger, le Bénin, la Guinée, le Burkina Faso) et même les artistes de la sous région vivant en France; chaque pays doit présenter deux artistes. Tout récemment, j’ai eu à travailler avec les organisateurs de cette activité en la personne de Monsieur Ismaëla Sidibé, le Pdg de Africable, en même temps aussi avec M. Ander Baba Diarra, Pdg de la structure organisatrice de cet évènement dont AFRICABLE est chargé de diffuser. Donc nous avons travaillé avec la RTG, des hommes qui peuvent apporter quelque chose par rapport à la réussite de cet évènement. Dans les jours à venir nous allons faire publier des communiqués de Presse dans les différents médias pour lancer un appel à tous les candidats désireux de participer à cette compétition. L’âge requis est de 18 à 26 ans. Le siège retenu c’est celui d’ « Actions Futures ». Nous allons nous battre pour que la Guinée soit présente dans cette édition au Mali et que la Guinée puisse avoir le trophée. Car notre pays est souvent cité parmi les meilleures nations de culture sur notre continent. Vous savez dans chaque pays un point focal est retenu. Le point focal, c’est un artiste renommé dans le pays qui accompagnera les deux artistes qui seront retenus. En un mot, le point focal est le parrain de ces deux artistes. Dans notre pays, nous avons estimé compte tenu de ce que Sékouba Kandia représente aujourd’hui pour la musique guinéenne, mais aussi de ce qu’il a apporté, de sa popularité, de son sérieux, nous l’avons choisi comme le parrain de ces deux artistes. Il les encadrera et participera à leur formation musicale et les accompagnera au Mali, dans les mois à venir pour participer à cette édition. En même temps on a d’autres projets en ce qui concerne la sortie des albums que nous avons enregistrés. Bientôt, nous allons sortir l’album de Fodé Kouyaté qui est beaucoup attendu et déjà, il fait beaucoup de bruit dans la cité. Un album que Fodé Kouyaté a enregistré dans on studio HMD de Nongo. Un produit qu’il faut avoir dans sa gibecière musicale. Telles sont quelques activités que nous allons mettre en place d’ici la fin de l’année avec surtout l’organisation de concerts internationaux avec la venue de grandes stars de la musique africaine à Conakry. Vous êtes ingénieur Télécom de votre état et parallèlement vous dirigez votre boîte privée. Peut-on savoir comment vous parvenez à concilier ces deux activités ? Une question qui mérite deux réponses. Vous savez que le président Lansana Conté a demandé à chaque fils de ce pays d’avoir une activité qui peut apporter quelque chose pour le développement de notre pays. Lui, il a choisi l’agriculture, c’est pour cela qu’il est appelé le Président paysan. Moi, après mes études, bien que je sois ingénieur Télécom, j’ai choisi la musique. C’est ma contribution pour le rayonnement de notre pays. Je me suis dit qu’il me faut mettre en place une structure fonctionnelle. Sinon je ne peux pas lier les deux boulots à la fois. Je suis ingénieur Télécom en service au Ministère de la communication et des Nouvelles Technologies de l’information. Je suis au bureau d’études de stratégie de développement chargé de la planification. Compte tenu de l’organisation que j’ai mise en place je parviens à concilier les deux activités. Celle de mon département et celle de ma structure. En tant que promoteur, quelle appréhension avez-vous aujourd’hui par rapport à la musique guinéenne ? Voilà une question qui donne des réflexions très inquiétantes sur cette musique. Rares sont aujourd’hui les musiciens guinéens qui font de la musique authentiquement guinéenne. Chacun est complexé devant cette musique qui nous vient de l’extérieur. Je ne suis pas contre l’ouverture de notre musique par rapport aux nouvelles sonorités, mais je suis contre ceux qui font la musique de l’extérieur pure et simple. Tout cela nécessite une réflexion pour la direction nationale de la Culture. Je me dis que la nouvelle génération de musiciens guinéens est très intelligente. Elle a pu faire ce qu’elle pouvait. Mais elle est bloquée. C’est pour cela qu’on peut écouter dix albums et vous vous rendrez compte que c’est la même chose. Sur le plan même de la composition musicale vous comprendrez bien qu’il y a beaucoup de choses qui mériteraient d’être apportées à notre musique. C’est pourquoi je demanderais à la direction nationale de la culture d’initier des projets pour pouvoir apporter quelque chose d’important à ces musiciens. Il faut que les musiciens acceptent de retourner à l’école pour se former. C’est pourquoi je tire un chapeau aux étoiles de Boulbinet, aux Espoirs de Coronthie, aux ambassadeurs de Coronthie, les Messagers de Boulbinet… Tous ces jeunes ont compris qu’il fallait utiliser nos propres instruments traditionnels pour pouvoir faire notre musique. C’est pourquoi ces groupes sont écoutés en dehors même de nos frontières. Je demanderai à tous les acteurs qui ont un contrat naturel avec la musique guinéenne de se ressaisir pour faire prévaloir l’intérêt de notre nation. La Guinée est un pays immensément riche en matière culturelle. Je dirais un scandale culturel. Nous ne méritons pas de copier les sonorités des autres pays pour dire que c’est notre musique. Vos expériences et succès sont légion de nos jours au point que vous êtes devenu un modèle dans le milieu. A ce titre, quels conseils pouvez-vous prodiguer à ces nombreux jeunes qui rêvent de faire carrière dans le Show-biz ? D’abord, je tirerai chapeau à ceux qui ont eu le courage de venir dans notre milieu. Je leur demanderai en même temps d’apprendre ce travail. Parce qu’il ne s’agit pas de faire venir trois ou quatre personnes au Palais du peuple ou dans une boîte de nuit pour dire que je suis promoteur culturel. Pour avoir même le titre de promoteur culturel à plus forte raison d’opérateur culturel il y a une formation à faire. Il faut avoir le B-A-B-A de ce métier pour réussir. Il y a des démarches préliminaires. Quand vous ne les savez pas, vous ne pouvez pas faire le travail. Il y a des courses que vous devez mener par exemple auprès des sponsors. Si vous n’avez pas une formation de base, vous ne le réussirez pas. Je leur demande d’avoir une formation de base. Ils n’ont qu’à s’inscrire au sein de toutes les structures de promotion de spectacles en Guinée. Ils vont beaucoup apprendre. Propos recueillis par Camara Moro Amara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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