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Les événements douloureux du 28 Septembre 2009 continuent de défrayer la chronique tant en Guinée qu’à l’extérieur du pays. Dans cette interview exclusive, l’un des témoins de la violence nous fait son constat. Mohamed Joe Sidibé évoque d’autres sujets d’intérêt national. L’interview.
L’Indépendant: Quel est votre constat sur les événements du 28 septembre 2009 ?
Mohamed Joe Sidibé : Laissez-moi vous dire que j’étais ce jour au Stade du 28 septembre avec mes confrères leaders politiques. Ce que j’ai vu ce jour n’est pas du tout beau à voir ou à raconter. Les actes étaient au-delà de l’imaginaire. Le 28 Septembre 1958 ; la Guinée a voté ‘’non» au referendum gaulliste. Cinquante un an après, ce même peuple s’est levé comme un seul homme pour dire ‘’non» à la candidature du Capitaine Dadis. Et comme Dadis aime à dire que le peuple est avec lui, je crois qu’il a compris le 28 Septembre que le peuple n’est pas avec lui. Malgré la répression précédée des tirs d’arme et de gaz lacrymogène, les gens sont sortis pour réclamer la vraie démocratie. Excusez-moi ne pas rentrer dans les détails des tueries et des viols commis par des gangs armés.
Que pensez-vous de la Commission d’enquête nationale mise en place par le Capitaine Dadis ?
Cette Commission n’est qu’un simulacre de commission. Je vous dirai qu’on ne peut pas être joueur et arbitre à la fois. Qu’est-ce que cette commission donnera au peuple comme résultat concret. Ce sont ces mêmes gens qui sont à la base des tueries, des massacres et des viols contre le peuple. C’est une commission nulle et non avenue.
Quelle analyse faites-vous de la résolution du Groupe de contact sur la Guinée qui exige le départ du chef de la junte ?
Le Groupe de contact ne fait qu’exprimer la volonté du peuple de Guinée. Après cinquante ans, on ne veut plus de militaire à la tête de notre pays. Le peuple a soif du bonheur auquel il a droit. Depuis le dernier séjour du Groupe de contact à Conakry, tous les analystes politiques ont su que le peuple était maintenant en otage. Le peuple ne baissera pas les bras, nous nous battrons jusqu’au départ de Dadis et de son CNDD. La place des militaires se trouve dans les casernes et non dans un Palais. Les militaires sont supposés protéger le peuple et non le massacrer comme des ennemis. Nous ne négocierons jamais le maintien des militaires au pouvoir.
Par quoi expliquez-vous les multiples exactions des militaires contre des civils en Guinée ?
C’est un manque de civisme de la part des militaires. Il y a aussi un manque de formation et d’éducation des militaires. Les militaires se croient supérieurs aux civils, ils pensent qu’ils sont au dessus de la loi. Ils oublient aussi que leurs armes doivent servir pour protéger le peuple contre les ennemis ou les attaques extérieures. Pour rétablir la confiance entre les militaires et les civils, il faut nécessairement traduire devant une juridiction crédible. Pour notre part, à la Nouvelle génération pour la République (NGR), notre première préoccupation est celle de restructurer cette armée. Il faut dans ce cas revoir les méthodes de recrutement dans l’armée.
Quelle est la position de votre parti par rapport à l’envoi d’une force d’interposition en Guinée ?
Nous sommes une partie intégrante des Forces vives. A ce titre, nous conjuguons le même verbe que les autres partis. Nous sommes effectivement dans l’esprit des décisions du Forum des forces vives qui ne demande que la protection des populations contre une armée incontrôlée et indisciplinée.
A combien estimez-vous le nombre de morts ?
En tant que témoin oculaire des faits, je démens le chiffre de 58 morts avancé par le pouvoir. Il y a eu plus de 200 personnes tuées. J’ai vu le carnage surtout sur le gazon où de nombreux manifestants ont été tués. Ceux qui ont été tués dans la cour du Stade sont aussi nombreux. Les militaires doivent sortir les corps qui ont été disséminés ou jetés en mer.
Que direz-vous de la vague de démissions des ministres de l’équipe Komara ?
Ce sont des cadres très courageux que nous saluons. On doit arrêter la démagogie dans le Système de gestion des affaires de l’Etat. Il faut avoir une conviction et être sûr de son destin. On ne doit plus travailler avec quelqu’un qui a tué ton frère, sa sœur, ton oncle, ton neveu ou ta connaissance. Continuer avec Dadis en lui servant avec tout ce qu’il vient de poser comme crime, je crois que c’est une manière de l’encourager à tuer d’autres Guinéens. Il est temps pour ceux qui sont encore dans le gouvernement d’en faire autant en laissant leur nom positivement dans l’histoire.
Propos recueillis par Aly Badara Condé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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