L'un des corollaires de la crise économique et financière du dernier semestre de l'année 2008, que nous pourrions qualifier de conséquence collatérale, c'est la raréfaction des investissements en provenance de l'étranger ou investissements directs étrangers (IDE) ou encore les ressources exogènes. Il s'agit aussi bien de l'aide publique au développement (APD) que d’investissements privés. Sans parler de la diminution des transferts d'argent effectués par les ressortissants vers leurs pays d'origine. Il faudra donc nécessairement trouver d'autres sources de financement de l'économie, c'est a dire des ressources endogènes. Dans les pays en développement en général, nous assistons à une insuffisance de l'épargne ou plutôt de sa mobilisation. C'est le cas notamment en Guinée où la part de l'économie informelle est très importante ainsi que la thésaurisation monétaire qui s'en suit généralement. Soixante pour cent du budget de l'État guinéen est constitué d'apports extérieurs. Ce qui n'est pas très orthodoxe.
Pour pallier à cette situation, l'Etat doit mieux mobiliser ses ressources fiscales à savoir:
- l'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP)
- l'impôt sur les sociétés
- la taxe sur la valeur ajoutée (TVA),
- la taxe foncière,
- les taxes douanières
- etc.
Les taxes douanières contribuent pour l'essentiel au budget de l'Etat et en constituent la plus grande partie. Un meilleur recouvrement de celles-ci, avec la suppression des exonérations indues et des rabais de toutes sortes, sans compter les passe droits, ne pourrait qu'apporter une bouffée d'oxygène aux ressources de l'Etat. Les exonérations d'impôt sur les sociétés extractives doivent être revues sinon supprimées car celles-ci sont rentables mais pas pour toutes les parties. Les différentes niches fiscales doivent être progressivement réduites à néant. Une utilisation efficiente des instruments ci-dessus permettrait à l'Etat de disposer d'outils de financement de l'économie par le moyen du budget de fonctionnement de ses différents services mais aussi et surtout le financement du budget d'investissement pour des équipements sociaux et des infrastructures de toutes sortes. L'État ne peut tout financer en Guinée comme dans tout autre pays en développement. Ceci reste vrai même pour les pays développés.
Le secteur privé devrait être le moteur de l'activité économique si ce n'est déjà le cas. Ce secteur a besoin de financements énormes et continus pour impulser la croissance économique. C'est lui qui influe sur le niveau des investissements en capital et le taux d'emploi de la population active. Ces deux facteurs combinés donnant le niveau de la production nationale.
Mais pour que ce secteur puisse pleinement jouer son rôle, les investisseurs ont besoin de recourir souvent aux banques dont c'est le rôle traditionnel, pour leurs besoins de trésorerie. Seulement ce sont les dépôts des particuliers et autres agents économiques qui constituent les fonds dont disposent les banques pour leurs activités de financement. Par ailleurs nous savons qu'en Guinée, à part quelques gros commerçants, il y a très peu de dépôts de particuliers.
Que faut-il donc faire pour rendre cette économie un peu plus liquide et mobiliser des fonds?
Il faudrait procéder à une "bancarisation" accélérée de l'économie guinéenne. Pour ce faire, l'Etat doit rendre obligatoire tous les paiements de salaire par virement bancaire. On aurait ainsi une meilleure lisibilité des mouvements monétaires et le développement de la monnaie scripturale (chèques). La bancarisation est une recommandation que nous avions faite en 1990 déjà, par le truchement de l'AGEP (Association guinéenne d'études et de Prospective).
C'est là que les critères de bonne gouvernance économique peuvent démontrer leur efficacité s'ils sont bien appliqués. En effet la mise en pratique quotidienne de ces principes apportera à coup sûr une amélioration des finances publiques dans le but du financement de l'économie.
Une autre piste de mobilisation de fonds résiderait dans la collecte officielle, en vue de son injection dans le circuit économique, des sommes considérables que les Guinéens vivant à l'extérieur envoient chaque mois à leurs parents restés au pays. En effet, les Guinéens appartenant à cette catégorie se chiffrent en millions de personnes. Ce serait sans exagération la "cinquième région naturelle" de la Guinée. D'aucuns avancent au bas mot un chiffre compris entre deux et trois millions d'individus. Chacun d'eux envoie en moyenne cinquante euros par mois. En prenant simplement la fourchette basse de deux millions de personnes, nous arriverions à un chiffre de dix millions d'euros (10 millions €) par mois. Ce qui nous ramènerait à cent vingt millions (120 millions €) annuellement. Les différents gouvernements maliens ont, depuis bien longtemps déjà, compris l'importance de leur diaspora sur le plan économique. C'est ainsi que des circuits officiels de collecte de cette manne financière ont été créés pour l'injecter dans l'économie formelle.
Pour ce qui est du cas de la Guinée, une structure financière serait la bienvenue pour recueillir l'épargne des Guinéens de la diaspora, en dehors même du soutien de première nécessité aux familles, en vue de son investissement dans l'immobilier ou encore pour la création ou la reprise d'activités sur place et qui pourrait générer de l'emploi localement.
Comme vous pouvez le constater, il existe aussi bien en interne qu'à l'extérieur du pays des moyens insoupçonnés et considérables de mobilisation d'une épargne qui n'attend que cela.
Aboubacar Fofana
Economiste
Président du Club DLG.
Paris le 28 août 2009.
www.guineeactu.com