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Les femmes constituent 52% de la population guinéenne, mais elles semblent être marginalisées sur le plan politique et dans plusieurs autres domaines. A ce propos, notre reporter a rencontré la présidente des femmes de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Mme Touré Kadiata Diallo, qui nous a confié ses sentiments.
Le Démocrate : Quel rôle les femmes peuvent-elles jouer en politique ?
Mme Touré Kadiata Diallo : Quand on dit les femmes en politique, c’est un peu trop dire, parce qu’avant c’était surtout les femmes qui n’étaient pas intellectuelles qui militaient beaucoup en politique. Cette catégorie de femmes était plutôt admiratrice des leaders et des mouvements politiques. Elles se contentaient d’être présentes aux réunions, de suivre les activités dictées par les leaders. Maintenant que les femmes sont décidées à s’investir en politique, il y a eu un vent de changement.
Les femmes sont souvent marginalisées au niveau des postes de prise de décisions. Qu’est-ce que cela vous inspire comme réaction ?
Au sein des partis politiques, ça arrive souvent. Avec la qualité de femmes qui adhèrent aux partis politiques, il y a un changement. Avant, nous étions des animatrices des partis politiques. Il y avait aussi les conditions sociales qui disaient que la femme ne doit pas dépasser l’homme. Ce sont des tendances qui commencent à disparaître. Même les femmes que nous disions analphabètes, mais très actives, commencent à réclamer leurs postes. Elles estiment qu’elles peuvent s’exprimer en langue nationale, même au sein de l’Assemblée nationale comme ça se passe ailleurs. Ces femmes peuvent très bien gérer une commune. Elles peuvent gérer la société à partir des sous-préfectures et des préfectures.
Avec un pourcentage de plus de 52% de la population, et si les femmes créaient un parti politique…
Il paraît que certaines d’entre nous ont créé des partis politiques. J’ai vu une femme qui m’a dit quelle a créé un parti politique et qu’elle va se présenter aux prochaines élections législatives et présidentielles. Je souhaiterai que les femmes de Guinée se retrouvent dans un cadre de concertation pour mieux nous positionner. En ce moment, chacune se cherche et tout le monde ne peut être présidente de la République. Je leur souhaite un bon parcours et cela veut dire que nous commençons à comprendre que nous pouvons aussi être leader. Les femmes avaient commencé à se lancer dans la formation d’un parti politique. Je prends le cas de Mariame Béavogui qui avait créé son parti. Mais, avec les coutumes et autres considérations, elle a été découragée. On est allé jusqu’à l’aider à quitter le pays. A son retour, elle a assumé un poste ministériel (ministre de la santé, NDLR). Ce sont des cadres féminins qui reviennent casser la glace. Nous sommes toujours entrain de prôner la solidarité entre toutes les femmes de Guinée.
Comment préparez-vous les prochaines consultations électorales au niveau de l’UFDG ?
Nous devons bientôt faire un congrès pour assainir toutes les structures, du sommet à la base. Dans nos préparatifs, nous les femmes, pour être plus raisonnables, nous demandons une parité de 30% sur les listes électorales. Il y a des lobbies qui se préparent partout et au sein de tous les partis politiques. Nous sommes soutenues par des Ong féminines et le National Democratic Institute (NDI) qui vient de former les femmes leaders politiques en matière de leadership et d’entreprenariat féminin. Tous les partis politiques sont membres de ce cadre de concertation. On a élu des partis au sein des différentes commissions. Le mandat de la porte-parole sera raccourci et limité à six mois seulement. Quand au mandat du groupe, il sera fixé à un an.
Quel bilan faites-vous des 100 jours de Dadis à la présidence de la République ?
J’admire le président comme un petit frère. A son arrivée au pouvoir, on l’a demandé de faire comme ATT. C’est une très bonne chose. Mais, je le vois aussi agir comme Thomas Sankara. Ce que j’admire en lui, il n’est pas pour le moment avide du pouvoir. Il est sensible à tout ce qui est injustice. Tout ce qui est anormal le dérange et le gêne. Je crois que les 100 jours sont positifs et je souhaite que Dieu guide ses pas et qu’il nous mène vers un changement positif.
Quels commentaires faites-vous du chronogramme proposé par les Forces vives ?
Quand on regarde le travail que le CNDD est entrain de faire, on a envie de leur dire de continuer, mais pas jusqu’à cinq ans ou plus. Il y a des choses qu’ils doivent achever et il y a certaines choses qu’ils ne pourront pas faire. Il n’est pas facile de régler cinquante ans de dérapages politiques et économiques. La gestion des cinquante ans est une tâche indélébile qui va nous suivre. Ce que je souhaiterai, parce qu’il est question d’une autre réunion, qu’on ne soit pas ambitieux, mais raisonnable compte tenu des réalités internationales. La crise est là, nous sommes entrain de la vivre sans nous rendre compte. Aujourd’hui, avec les réalités internationales, nous nous demandons qui va nous soutenir. Nous ressentons moins la crise parce que nous étions déjà pauvres avant la crise. Nous devons tenir compte de tout ça. Je souhaite que le président Dadis continue à honorer ses engagements vis-à-vis de la Guinée et de la communauté internationale. Il y va de la crédibilité des militaires et de toute la nation. On ne doit pas, par la démagogie, obliger Dadis à perdre sa crédibilité. C’est mon point de vue.
Propos recueillis par Condé Aly Badara Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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