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Dans son interview avec Ivoirtv.net, Mme Doussou Condé n’a pas fait qu’étaler ses limites au grand jour : contentons-nous de ce qui est compréhensible car il n’est pas donné à n’ importe qui de s’exprimer clairement.
Cette sortie de dame Doussou Condé me rappelle un fait que j’ai déjà évoqué sur le net. Il s’agissait d’un père qui blâmait sa fille qui venait de se faire violer par une horde de militaires du camp Alpha Yaya de Conakry. Le jugement du père était sans appel: c’est de sa faute, elle s’est fait rafler parce qu’elle est sortie la nuit. Elle aurait humilié sa famille en se plaignant à tout le monde; il aurait fallu étouffer l’affaire.
Après les évènements du 28 Septembre 2009, j’ai été surpris d’entendre des femmes dire que celles qui se sont fait violer le méritaient pour diverses raisons que je ne saurais répéter.
Mme Condé déclare, avec certitude, que ND se livrerait à « un jeu » et se permet de décrire un scénario que l’on pourrait qualifier de fantasme individuel. Elle déclare, d’emblée, que ND « n’a pas ce standing de vie ni cette dimension de femme que les politiciens pourraient utiliser » . Partant du fait qu’elle ne connait pas cette femme, selon ses propres déclarations, l’autre paramètre qui lui permettrait de faire l’analyse qu’elle à livrée serait donc l’expérience. Ne connaissant pas ND, elle connait certainement « le jeu » . Personne ne lui disputera cette expertise! Par contre, j’ose espérer que ND n’a effectivement pas ce mérite; « ce standing et cette dimension » qui ne lui serviraient qu’appeler des tontons par leur petit nom.
Selon Mme Doussou Condé, « en tant que mère…, en tant que peulhe…, etc. » , ND aurait abandonné sa culture et adopté celle de l’Amérique pour « sortir publiquement qu’elle a été violée » . Dans sa logique, il ne peut y avoir de viol dans une chambre sans caméras. Il aurait donc fallu des spectateurs à ND pour valider le viol. Elle « n’y croit à rien » parce que « dans sa culture » une femme ne peut pas se faire violer dans un hôtel sans témoin. Mme Condé devrait comprendre (c’est peut-être trop lui demander) que c’est dans ce cas que l’on parle « de jeu » , de montage ou de complot. À moins que ce soit un film d’une certaine catégorie.
Peut-être que dans « la culture » de dame Doussou Condé ce genre de problèmes se « résout au sein de la famille africaine » : en étouffant l’affaire. Comme cela fut le cas depuis l’indépendance de la Guinée. Voilà une compatriote qui dit qu’elle est prête à témoigner, à la barre de la grande machine judiciaire américaine, qu’il n’y a pas eu de relation consentie avec DSK. Mais, Doussou Condé ne peut pas comprendre cette soif de justice, sa logique culturelle veut que la victime se taise. Je suis tout de même surpris qu’elle mentionne certains crimes survenus en Guinée. Où est la logique ?
Je comprends que dame Doussou Condé déclare qu’elle « ne serait pas à la place de ND pour détruire un homme qui s’est battu jusqu’à ce point » . C’est à croire, selon ses dires, qu’avoir à faire à un homme de l’envergure de DSK serait une bénédiction. Heureusement qu’elle se dit « responsable de ses propos » . J’ose espérer que ND n’est pas de cette culture là; qu’elle n’est pas de cette catégorie qui prend le bourreau pour un éventuel bienfaiteur, au cas où; qu’elle ne croit qu’à la justice américaine et non celle culturelle africaine qu’elle a fui en Guinée; qu’elle ne compte pas sur cette solidarité africaine qui ferait d’elle un tremplin pour d’autres qui se cherchent une place au soleil auprès des « grands hommes » .
Par ailleurs Mme s’interroge sur le fait qu’elle ne connaisse pas ND. Moi aussi je m’interroge: qu’est ce que cela aurait apporté à ND de connaitre Doussou Condé ? Faire partie du club des « sœurs » qui ont de la sympathie pour leur bourreau ? Bénéficier de sages conseils du genre : tu ne pourras rien contre cet homme donc pardonne et accepte ce qui t’arrive ? L’aurait-elle encouragé à demander pardon à Madame DSK pour ce qu’elle aurait « fait subir à sa famille » ? Lui aurait-elle conseillé d’éviter de « détruire DSK, le grand » ? Peut-on lui faire confiance ? Il s’agit ici d’une dame qui, il y’ a encore quelques mois, se disait tantôt apolitique, tantôt membre d’un grand parti mais aurait de l’admiration pour tel autre leader à cause de certaines vertus qu’elle seule est capable d’expliquer. Son discours est adapté à son interlocuteur! Seulement voilà, les questions qui taraudent souvent l’esprit de ses interlocuteurs sont les suivantes : quelle compétence a-t-elle à faire valoir ? Qu’est ce qui expliquerait « son standing et cette dimension » qui lui valent cette réputation de femme qui dit ce qu’elle veut à qui veut l’entendre ? Ceci expliquerait-il cela ?
Dame Doussou Condé, dont l’ONG s’appelle « justice et paix pour les femmes » conseille aux Africaines d’éviter les « milieux bizarres, de confronter ou d’imiter la culture américaine (faudrait-il lui expliquer le sens contradictoire de ses propres mots?) ». Elle cite les « ESpanish et HHHaitiens » (sic!) comme exemples à suivre. À propos des derniers, il y a quelques années un autre « grand homme » , ici au Canada déclarait que « la prostitution serait de culture haïtienne ». Il se défendait par le fait qu’il tenait cette information de source haïtienne. L’on se souvient encore de la réaction de cette communauté et de leurs représentants diplomatiques ici au Québec. J’aurais aussi souhaité que la communauté guinéenne adopte la même attitude, mais pas pour les mêmes déductions que Mme Condé. C’est ce genre de raisonnement qui fait dire à ces malades de touristes sexuels que la prostitution et le viol sont choses normales sous nos tropiques. Voilà qui est « choquant et humiliant » : que n’importe qui s’exprime au nom d’une culture, d’une communauté, en exposant ses propres tares.
Je dis souvent que certains de nos compatriotes habitent de grands pays mais n’y vivent pas. L’on ne peut pas comprendre que cette dame tienne ce discours en vivant dans une Amérique où la femme peut porter plainte, pour viol, contre son mari ; un pays où, la loi protège même les prostituées contre le viol.
Si ND est une concitoyenne » que dame Condé ne connait pas, je plains ces autres « sœurs » qu’elle connait et défend au nom de sa justice et de sa paix. Pas étonnant qu’elle déclare s’être lancée en politique pour « au moins CRÉER cette justice ». Son « combat » commence à avoir un sens!
Pour conclure sa grande entrevue, dame Doussou Condé revient à ces lieux communs de prédilection de tous les hypocrites guinéens : son message serait le « pardon…l’unité… le dialogue…le support…et la réconciliation » (gros sic!). Tout de même surprenant (pas après ce que je viens d’entendre) de cette femme qui, il y a quelques semaines, alors qu’elle venait de tenir le même discours sur une de ces radios « communautaires » et qu’un intervenant exposait son hypocrisie, a publiquement déclaré, je cite : « qui a besoin de réconciliation, personne n’a besoin de votre réconciliation ». Voilà la logique qui lui fait dire que » la communauté de Foutah est bien organisée … et celle de la Guinée aussi ». Trouvez l’erreur!
Une sagesse africaine enseigne que « lorsque les gens tournent leur visage pendant que tu parles, ce n’est pas nécessairement par crainte des mots qui sortent de ta bouche. Plus souvent qu’autrement, c’est une façon pudique de te faire remarquer ton haleine. Mais, dans l’imbroglio guinéen, où l’on donne de l’intellectuel à n’importe quoi, les imposteurs prennent souvent leur haleine pour un muscle voire une arme.
Hommage donc à toutes les femmes dont le carnet d’adresses sert à faire valoir des compétences et à jouer des rôles respectables et bénéfiques pour leur communauté. Je souhaite à ND d’être le porte-flambeau de cette catégorie de femmes qui évitent de « verser notre visage par terre » ; qu’elle démontre même si « elle fréquentait un milieu malsain », elle a au moins un emploi respectable ; qu’elle ne travaille pas dans un hôtel pour se faire violer mais pour gagner honnêtement sa vie. Afin que le monde entier découvre que le viol n’est pas une chose normale dans notre pays; que c’est par la force des armes et l’incompétence de notre justice que nos sœurs sont déshonorées à ciel ouvert, et que les autorités protègent les bourreaux; que ce n’est pas par culture qu’elles se taisent, parce que lorsqu’on leur donne les moyens, elles vont jusqu’au bout!
À Conakry l’on dit que « la frontière entre guinè-birin et baré-guinè est souvent très mince » c’est le sens de l’honneur et de la dignité qui fait toute la différence. Femmes de Guinée, faites le bon choix et honorez vos compatriotes!
Ce texte ne consiste pas à me « narguer la poitrine » (sic!), mais vivement que chacun connaisse sa place dans la société guinéenne et que cesse le terrorisme verbal !
Montréal, le 23 Mai 2011
Boubacar Barros Diallo
www.guineeactu.com
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