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Compte tenu des nombreuses réactions négatives voire hostiles et désobligeantes à mon article du lundi 2 Mai 2011 intitulé : « Nécessité d’une dynamique unitaire pour un vrai changement » je me sens dans l’obligation de faire cette mise au point sur ma position politique et mon engagement citoyen sur la scène publique guinéenne.
Le « moi est haïssable » je le sais bien, ce n’est donc pas par hypertrophie de mon petit égo ou par étalage de quoi que ce soit que j’écris ce qui va suivre pour parler de ma personne ou pour me mettre en avant, loin de là. Je voudrais simplement rassurer en même temps éclairer certains compatriotes sur le sens réel de ma démarche concernant notre pays.
Parmi les nombreux commentaires désobligeants concernant mon texte j’ai noté :
Avec ces diverses réactions je suis devenu comme la galette « brûlée devant, brûlée derrière » car hier certains compatriotes disaient que j’ai trahi mes parents malinkés pour les Peuhls et aujourd’hui d’autres compatriotes prétendent que je suis un espion malinké ou un espion du RPG ! Ces différentes réactions prouvent simplement que je suis un pur guinéen ! Et j’en suis fier.
Avant d’aller plus loin je commencerai par préciser quelques points :
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Je suis un VRAI DOCTEUR en médecine, inscrit au Conseil National de l’Ordre des Médecins Français, spécialisé en anesthésie-réanimation à Paris depuis 1982.
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Je suis membre fondateur de l’UFD créée les 14 et 15 Septembre 1991, président de l’UFD France, de 1991 à 2006 et depuis vice-président chargé de la réflexion politique et de la formation. C’est à ces titres que j’ai implanté l’UFD à Siguiri, Kankan, Mandiana, Koumana (Kouroussa)
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Dire que je suis un espion malinké ou un espion du RPG est un non sens car lorsque en 1992 je me suis présenté à Siguiri avec les documents de l’UFD, les jeunes de la ville ont convoqué mon frère cadet pour lui signifier qu’aucun autre parti politique ne pouvait être implanté à Siguiri à part le RPG. Je leur ai répondu que mon grand-père est l’un des fondateurs de la ville de Siguiri et que par conséquent nous ne sommes pas des invités à Siguiri mais des « copropriétaires » de la ville.
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Prétendre que je suis embusqué, en attendant un poste politique ; je tiens à rassurer les compatriotes sur le fait que je n’attends rien en retour de ce que j’ai fait pour les Guinéens et pour la Guinée. Pour preuve nous avons effectué avec la MIMG (Mission Itinérante Médicale de Guinée de 1997 à 2006, dix (10) missions d’aide médicale humanitaire à Lélouma dans le Foutah profond gratuitement au profit des populations guinéennes. Nous y reviendrons. Pour la petite histoire lorsque j’ai accepté d’amener la mission pour la première fois en 1997, un éminent médecin peul m’a dit « pourquoi vous allez à Lélouma, vous ne parlez pas peulh », je lui ai répondu que ce serait justement l’occasion d’apprendre le peuhl !
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Le comble, je serais anti-peuhl lorsque je dis à un interlocuteur qui me dit bonjour en peuhl que je ne suis pas peuhl ! C’est comme si je devenais anti-ouolof lorsque je dis à mes beaux-parents que je ne suis pas Ouolof ! Quand un Anglais dit à un Français qu’il n’est pas français, cela fait-il de cet anglais un anti-français ? C’est ce type de raisonnement qui fait le lit de l’ethnocentrisme, qui n’est rien d’autre que de se centrer sur son ethnie et penser que l’on est le nombril du monde.
Parcours personnel
Après ces quelques précisions je fais un petit rappel de mon parcours personnel avant de vous dire ma position politique et mon engagement citoyen.
Tout d’abord j’ai eu l’immense bonheur de connaître la Guinée des années 1950 où il faisait bon vivre ! Né sur les terres aurifères de Siguiri dans la vallée fertile du Niger, j’ai eu une enfance très heureuse dans ces plaines rizicoles verdoyantes. En ces temps-là, Siguiri exportait le riz ; les populations étaient heureuses car les activités agricoles étaient très développées, l’orpaillage était l’activité de fond comme actuellement pendant la saison sèche.
De 1960 à 1966 pendant mes études secondaires, je suis passé au Cours Normal de Kankan, de Macenta, au Lycée de Kindia, enfin au Lycée Classique de Donka. Pendant ces six (6) ans j’étais logé à l’internat avec d’autres jeunes de mon âge de toutes les ethnies et toutes les régions de Guinée. Pendant cette période j’ai eu l’occasion de vivre avec des compatriotes des autres ethnies : Peuhls, Soussous, Forestiers, Malinkés. Dans nos consciences d’adolescents ou de jeunes adultes de l’époque nous n’avions aucun problème de ségrégation ethno régionaliste.
Arrivé à l’université en Octobre 1966 à l’I P C (Institut Polytechnique de Conakry) j’ai commencé à souffrir et à ne plus supporter les effets pervers de la dictature de la Première République. Les évènements de 1968, notamment le coup d’état au Mali qui a renversé Modibo Keita a sérieusement inquiété A. Sékou Touré au point qu’il a arrêté préventivement le chef d’état-major le colonel Kaman Diaby. Ces évènements m’ont éclairé une fois pour toutes sur la nature répressive et dictatoriale du régime. A cette période les grèves des étudiants étaient fréquentes car les conditions de vie à l’internat devenaient de plus en plus insupportables. Lors d’une des multiples grèves, j’ai été arrêté et j’ai passé neuf (9) jours au camp Samory Touré enfermé dans cachot ! C’est à la suite de toutes ces péripéties que j’ai décidé de partir chercher une meilleure formation universitaire sous des climats plus sereins.
Ainsi, en septembre 1969, je suis parti à l’université d’Abidjan pour poursuivre mes études de médecine jusqu’en 1976. Après avoir exercé la médecine en Côte d’Ivoire et au Gabon, je suis arrivé à Paris en 1977 pour faire une spécialité médicale en anesthésie réanimation. Je suis resté 10 ans à l’assistance publique au CHU de Bichat-Claude Bernard en tant qu’anesthésiste-réanimateur.
Depuis 1987, je suis installé comme médecin libéral. Je vous raconte tout ceci pour vous dire qu’après 34 années d’exercice médical, ma situation personnelle et professionnelle me met à l’abri du besoin. Surtout à l’abri d’une recherche de poste politique. Je peux vous assurer que je suis pleinement satisfait de ma condition actuelle. Et mon combat pour la démocratie en Guinée a toujours été un idéal, non une recherche de place ou de notoriété. Ce que j’ai fait et continue de faire pour la Guinée est gratuit : je n’en attends rien ! Mon bonheur a toujours été de servir la Guinée.
Positionnement politique
Mon positionnement politique s’est fait en 1991 autour du feu Professeur Alfa Ibrahima Sow (Paix à son âme) lorsque nous avons créé l’UFD (l’Union des forces démocratique) à partir : « d’un constat amer, les mouvements et partis politiques de notre pays ont toujours travaillé pour la restauration du despotisme, nous démocrates guinéens conscients de leurs responsabilités devant l’histoire et devant Dieu, ont décidé de fonder l’UFD pour barrer la route non seulement aux dérives dangereuses du tribalisme mais aussi et surtout à toutes usurpations ou confiscation de la souveraineté du peuple ».
A l’époque notre alignement derrière le Pr A.I. Sow nous a valu non seulement des critiques, mais de la méfiance, voire de la défiance de la part de beaucoup de mes parents malinkés, car pour eux ce positionnement était une vraie trahison.
C’est dans ce contexte donc, que j’ai entrepris en 1992 la première tournée de l’UFD avec monsieur Bah Oury, secrétaire général provisoire à travers toute la Guinée. Ainsi nous avons fait Conakry, Kankan, Siguiri, Mandiana, Kissidougou, Guéguédou, Macenta, N’zérékoré, Farana. A chaque étape nous avons tenu réunions et meetings.
Je tiens à rappeler que les valeurs qui m’ont amené à suivre le professeur Alpha Ibrahima Sow étaient et restent « la lutte énergique contre le racisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme, la corruption et le népotisme ». J’adhère fortement à cette idée de Maître Alpha Bakar Barry qui dit que « l’axe géopolitique de la Guinée est Est-Ouest », en n’excluant pas la partie méridionale du pays. Ainsi l’UFD dit bien dans son manifeste « nous sommes des Guinéennes et des Guinéens de toutes les régions, de toutes les professions et de tous les âges qui faisons notre idéal et les principes de la démocratie pluraliste pour la transformation de notre société vers plus de bien-être, de stabilité, de responsabilité, de solidarité et de fraternité. »
Ce sont ces idées qui fondent mon positionnement politique d’où mon combat contre l’ethnicisme et le régionalisme avec l’arme de la citoyenneté.
Mon engagement citoyen
La Mission Médicale
Chers compatriotes, c’est sans fanfaronnade mais avec beaucoup d’humilité que je porte à la connaissance de certains compatriotes que l’association Mission Itinérante médicale de Guinée (M.I.M.G.) que j’ai créée en novembre 1994 avec madame DIAKITE Yacine née Diop (Sénégalaise) a effectué sur le sol guinéen quatorze missions d’aide médical humanitaire. Dont :
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Trois(3) à Siguiri , ma ville natale
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Une(1) à Kankan la capitale de la Haute Guinée.
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Dix (10) à Lélouma dans le Foutah profond.
En effet de 1997 à 2006, la M.I.M.G. a effectué dix missions à Lélouma. J’ai pris tous les risques pendant cette période en formant des équipes en France et en Tunisie dans les différentes spécialités médicales pour les amener à Lélouma. J’ai personnellement emprunté plus d’une fois des taxis-brousse pour acheminer des médicaments à Lélouma. Notre engagement pour les populations était sans faille. A telle enseigne que la M.I.M.G. a acheté un terrain de 700 m2 à Lélouma pour en faire un centre médical ! Pendant ces dix missions, nous avons consulté et traité plus de 5000 patients, et opéré plus de 1500, toutes chirurgies confondues. Cette démarche est la preuve que je ne suis pas anti-peul, car ces missions ont été effectuées à la demande d’amis peuls. En effet, pour moi, partout où je me trouve en Guinée, je suis chez moi.
Aucune région n’est la chasse gardée d’une ethnie. Le Foutah Djalon étant une partie intégrante d’une entité une et indivisible qui est la Guinée.
AURGUINEE (Alliance pour l’UNITE et le RENOUVEAU de la GUINEE)
Le 20 Mai 2008 après le limogeage de Mr Kouyaté Lansana, PM Chef de gouvernement, nous avons jugé utile de créer une association loi 1901 qui sera un Espace de Dialogue Citoyen. Le principal objectif de AURGUINEE est la lutte contre toutes les divisions des différentes composantes de la société guinéenne notamment la lutte contre l’ethnicisme, le régionalisme et promouvoir l’Unité et l’Intégration nationales.
Pour mémoire c’est AURGUINEE (OR GUINEE non hors Guinée) qui été le cadre légal des grandes manifestations du Forum des Forces Vives en 2009 à Paris ; mais aussi, cette association a supporté la majeure partie des charges financières de ces manifestations.
Je me suis engagé pleinement dans cette aventure en y impliquant des personnalités françaises dont la municipalité d’Aubervilliers car pour une fois l’immense majorité des Guinéens avaient trouvé une réelle dynamique unitaire et un consensus pour faire partir la junte militaire du pouvoir.
Mon engagement à la tête du Forum des Forces Vives en France n’était pas un positionnement politicien ; c’était essentiellement un engagement citoyen ; en effet la citoyenneté est une nécessité pour la République et la Démocratie. Cette Citoyenneté est une culture dynamique qui s’inscrit dans l’éducation des populations pour fonder, structurer, et consolider l’Etat-Nation.
En aucun cas la Guinée ne pourra être une nation ethnique ; comme tous les pays du monde, au 21e siècle, les Guinéens sont condamnés à créer une Nation civique et juridique où tous les individus sont reconnus comme membres avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Le pouvoir exécutif et le chef de l’Etat doivent veiller scrupuleusement à cette règle d’égalité de droit et de devoir pour tous les citoyens guinéens pour qu’ils se sentent guinéens avant tout. Nos nationalités ethniques doivent harmonieusement s’intégrer au sein de notre Nation Civique, car le Malinké de Guinée vit sous la même juridiction que le Soussou, le Peuhl ou le Forestier de Guinée. SOYONS CITOYENS guinéens. Pour finir je dirai :
Premièrement sur nos pièces d’identité nationales, c’est notre nationalité guinéenne qui est mentionnée, non notre « identité ethnique » ; et c’est cette nationalité juridique officielle qui lie tous les Guinéens.
Enfin je me sens plus proche du Soussou, du Forestier ou du Peuhl de Guinée que du Malinké du Mali, du Burkina ou du Sénégal. En effet, avec mes compatriotes, je partage la même histoire, les mêmes lois, les mêmes joies, les mêmes souffrances, la même espérance, bref le même destin national.
VIVE LA GUINEE
Docteur B. Diakité Président AURGUINEE
www.guineeactu.com
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