|
La grève est l’arme de dernier recours des travailleurs. Après les travailleurs de Friguia et les banquiers (qui viennent de remettre ça pour non réponse satisfaisante à leurs premières revendications), ce sont les avocats de la partie civile représentant la partie demanderesse qui ont donné le ton pour mettre clopin-clopant les audiences qui tirent en longueur, et qui vont sans doute nécessiter des rallonges budgétaires. Au-delà de cette interruption, il faut dire que leur absence brillante a servi les causes des avocats de la défense, qui n’ont pas eu de difficultés dans leur demande de mise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire de certains de leurs clients.
S’ils avaient été présents, les choses ne se seraient pas passées de cette sorte. Tant pis, on n’en est qu’à la première phase, mais pour que la balance qui se trouve derrière le président de cette cour ne bascule pas trop facilement d’un côté, il faut qu’ils reviennent rapidement à l’audience. Ce qu’on ne sait pas trop, c’est si vraiment l’Etat a décidé d’abandonner les poursuites pour que de tels mécontentements se produisent en ce moment de pleine audience. Le mutisme des gouvernants est lourd et donne l’impression que ce procès est fait pour amuser la galerie et que cela n’a que trop durer. Dans les heures et jours qui vont suivre les lecteurs seront édifiés sur la position exacte sur cette situation.
Comme ils ne sont pas les seuls à être concernés par le manque de sous, ce sont les gardes pénitentiaires qui sont passés de menace à l’exécution, de la parole à l’acte, ils ont bloqué l’extraction des accusés et ne les a pas convoyés à l’audience ce mercredi. Ainsi, il y chômage en plein procès et non pour querelles de procédures.
La justice est ce qu’on connait d’elle. Quand les gardes pénitentiaires, au nombre de 1212 sur l’ensemble du territoire ne sont pas payés depuis dix ans, croit-on savoir, on est curieux de savoir comment ils ont tenu pendant toute une décennie sans passer par des méthodes peu orthodoxes pour subvenir à leur besoin. Implicitement ne les encourage-t-on pas dans ces pratiques répréhensibles ? C’est ainsi que, en vivant « d’aumône » ou d’arnaque des détenus, font-ils véritablement leur boulot ? Les reformes enclenchées à tous les niveaux doivent aussi être exhaustives au niveau de la justice, comme le préconise les recommandations des partenaires internationaux. Les conditions carcérales aussi ne doivent pas souffrir de négligence. Une justice nouvelle, comme l’ambitionne la Guinée doit revoir sa copie.
Les redevances de l’Etat sont nombreuses et de multiples ordres, et elles tombent on ne peut plus mal en ce moment de la transition, et le gouvernement de transition ne sait où donner de la tête mais les urgences prioritaires ne doivent être éclipsées par certains blocages.
La garde des prisonniers étant stricte, on ne sait comment des évasions se produisent mais on peut comprendre que si les gardes pénitentiaires débrayent, il faut craindre que des malfrats de grands chemin se retrouvent dehors pour récidiver. Ce problème doit être pris en forte considération.
Comme ils ne sont pas encore les seuls dans la nasse, les jurés qui doivent participer aux décisions de la cour d’assises sont aussi durement éprouvés par le non paiement de leur sous et quand on devine que beaucoup d’entre eux viennent de l’intérieur, on imagine mal leurs conditions dans cette affaire.
On ne peut pas organiser des assises d’une telle ampleur, surtout que les dossiers à l’ordre du jour concernant le narcotrafic sans un budget conséquent. La salle d’audience souffre parfois du manque criant de courant électrique, ne serait-ce que pour la simple sonorisation. Et la salle exiguë dégage une chaleur surtout chez les accusés cuisinés à la barre. Les agents de sécurité qui ceinturent la salle d’audience se sont passé la consigne à savoir : « la faim qui est ici… tu vas comprendre… ». Et c’est avec peine que certains de ces hommes chargés de la sécurité de la salle quémandent de l’eau pour se désaltérer.
Quant aux journalistes qui viennent couvrir les débats, c’est chacun pour soi et tant pis pour les panards boiteux, et cela ne heurte les consciences que de leurs employeurs. A la dernière information, nous venons d’apprendre que l’administration centrale pénitentiaire vient de prendre le taureau par les cornes et convoque ces grévistes pour un rabibochage pour 14 heures.
Espérons qu’une solution d’entente soit trouvée pour que les assises continuent et que les concernés entrent en possession de leurs droits. Que le droit soit dit dans cette nébuleuse affaire qui entache la crédibilité de cette justice que tout le monde attend avec impatience, mais il ne peut être dit que si et seulement si les conditions sont remplies. Ne dit-on pas que l’argent est le nerf de la… justice ?
Au moment où nous allions sous presse, nous avons appris qu’un dénouement heureux a été trouvé à cette crise. Les gardes pénitentiaires ont décidé de lever leur mot d’ordre de grève, suite à une intervention du Premier ministre qui aurait promis de faire face à leur situation dans les jours à venir.
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|