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 | Nabbie Ibrahim « Baby » Soumah |
La religion est une affaire de conscience individuelle, de foi, de lien direct entre Dieu et tout individu. Ce n’est pas un ménage à trois où toute interférence extérieure ne saurait être admise ; qu’elle provienne d’une personne physique ou d’une institution quelconque.
Tout Etat devrait observer le sacro-saint principe de laïcité qui doit garantir, dans une stricte neutralité, toutes les convictions philosophiques et religieuses aussi bien de ses nationaux que des étrangers résidant sur le territoire national. Cette garantie passe notamment par la protection des lieux de cultes.
Il est regrettable de constater la montée du racisme et de l’Islamophobie dans les sociétés occidentales, notamment en France avec la tentative d’incendie d'origine criminelle qui a endommagé le samedi 20 décembre dernier la mosquée de Saint-Priest, dans la banlieue sud-est de Lyon.
Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane s’interroge : « Après les 500 tombes musulmanes du carré musulman du cimetière Notre-Dame-de-Lorette profanées près d'Arras, après la mosquée de Meyzieu, jusqu’où ira-t-on ? ».
Devant la foule d'un millier de personnes en colère, le sénateur-maire (PS) de Lyon Gérard Collomb a ajouté « C'est un acte odieux qui nous rassemble aujourd'hui. Hélas, il n'est pas isolé. Oui, vous êtes des citoyens et des habitants de ce pays dans votre diversité. Nous ne voulons pas la haine ».
Par ailleurs, la cour d'appel de Douai (Nord) a cassé 17 novembre 2008 le jugement rendu le 1er avril dernier par le tribunal de grande instance de Lille qui avait annulé un mariage à cause du mensonge de l'épouse sur sa virginité. Les « époux » marocains et musulmans sont donc « remariés » contre leur volonté. Pourtant lors de l’audience en appel qui s’est tenue le 22 septembre dernier à huis clos les avocats des deux « époux » avaient reformulé la demande d’annulation du mariage. L’émotion suscitée en avril dernier conjuguée à l’Islamophobie rampante et ambiante n’ont-ils pas eu raison du bon sens et de la quête de sérénité, de cohésion sociale qui doivent habiter tout magistrat ?
Pour mieux faire respecter, voire faire aimer l’Islam ne faudrait-il pas le faire connaître davantage, le vulgariser auprès du grand public ?
Il n’est pas question ici de faire du prosélytisme, de zèle pour recruter de nouveaux adeptes, d’une quelconque propagande, d’une intoxication des esprits. Mais ce n’est qu’une démarche de « salubrité publique ». Car l’Islam, contrairement aux idées répandues, aux préjugés d’obscurantisme, est une religion qui prône la paix, la concorde, le progrès.
L’Islamisme, qui est une doctrine politique, et surtout un alibi, un prétexte des Islamophobes, n’a rien à voir avec l’Islam que l’on peut découvrir à travers sa doctrine variée.
I° Les quatre doctrines de l’Islam
Les Fouqahas (les docteurs de droit musulman) définissent les 4 écoles juridiques (madhahib) comme étant la tendance juridique adoptée pour l’interprétation des lois charaïques. Ces doctrines se différentient selon les méthodes adoptées par leurs fondateurs dans l’Ijtihad (le fruit de l’effort de réflexion du savant musulman appelé « Moujtahid ») et dans la déduction des lois ou des prescriptions à partir du Coran et de la Sunna. Une cinquantaine d’écoles ont vu le jour entre le deuxième et le troisième siècle dont la majorité a disparu. Aujourd’hui, seules 4 écoles dites « sunnites » sont suivies, auxquelles s’ajoutent des courants « Salafis » qui ne penchent pas vers l’adoption d’une école juridique déterminée.
Les écoles juridiques ont connu trois étapes distinctes :
· l’étape de la construction qui a duré presque 3 siècles, jusqu’à la chute de Bagdad en 656 ;
· l’étape du Taqlid (imitation d’une école juridique) à partir du huitième siècle de l’hégire;
· l’étape du renouveau à partir du dix-neuvième siècle.
Dans l'ordre chronologique d'apparition, on a :
1°) L'école Hanafite : fondée par Abu Hanifa al-Nu'man Ibn Thabit (696-767 ou 80-150 AH) ; H est l’initiale du mot hégire qui signifie en arabe « émigration » et désigne la journée du 9 septembre 622 où se produit le départ des quelques premiers compagnons du Prophète Mahomet de La Mecque vers l’oasis de Yathrib, ancien nom de Médine.
Cette école est apparue en Irak, à Kufa et s'est répandue à Bagdad. Ses fondements comprennent, en plus du Coran et de la Sunna, l'istihsân, al ‘urf (la coutume) et qawl as-sahâbî (les paroles des compagnons du Prophète). Elle est caractérisée surtout par l'utilisation de la raison et de l'opinion personnelle (Ar-ra'y). Elle est considérée comme l'école la plus libérale et est répandue de nos jours en Afghanistan, en Inde, en Turquie, en Iran, en Syrie, en Russie et en Chine.
2°) - l'école Malékite : fondée par Malik Ibn Anas (711-795 ou 93-179 AH) et apparue à Médine, cette école met l'accent sur l'avis des compagnons du prophète et sur la pratique des Médinois qui sont les descendants des compagnons du prophète. Elle donne aussi une place importante aux coutumes de la société s'ils ne contredisent pas la loi divine ainsi qu'à l'établissement des normes juridiques à partir de l'intérêt général de la société, appelé « al masâlih al mursala ».
L'imam Mâlik était réputé pour sa narration du « Hadîth » ; la plupart de ses disciples sont partis en Afrique du nord et en Espagne. Cette école s'est répandue en Andalousie, en Afrique du nord, au Soudan et au Khurasan (une vaste région de l'est de l'Iran).
3°) - l'école Shafi‘ite : fondée par Muhammad Ibn Idriss Ash-shafi‘i (767-820 ou 150-204 AH) qui a vécu à la Mecque, puis en Iraq avant de s'installer en Egypte, cette école valorise la sunna comme source de droit et une grande importance est donnée au consensus de toute la communauté (Ijma). Elle s'est répandue en Egypte, au Koweït, au Yémen, et dans certains pays de l'Asie comme l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande.
4 °) - l'école Hanbalite : fondée par l'Imam Ahmad Ibn Hanbal (780-855 ou 164-241 AH) et pratiquement née du conflit qui a opposé Ibn Hanbal aux Mu'tazilites et aux autorités politiques qui les soutenaient. Persécuté et emprisonné sans jamais se renier, il est considéré par un grand nombre d'ouléma (savants de la loi) comme un traditionaliste (homme de hadith) plutôt qu'un juriste. Il n'était pas d'accord avec son maître Ash-shâfi‘i pour ce qui est de l'utilisation de l'opinion personnelle. Il a primé le hadith du Prophète auquel il a dévoué un recueil appelé « al musnad » et qui comprend environ 40.000 hadith. Cette école adopte l'interprétation rigoureuse du Coran et de la sunna et rejette le raisonnement par analogie, l'hérésie mu'tazilite, source d'innovations pécheresses et de division de la communauté, selon lui.
Cette école se développa et ses missionnaires apportèrent leur pensée dans des contrées lointaines, notamment dans le nord de l'Iran où allait naître le Sheikh Abd al-Qâdir al Jilânî grand organisateur du « soufisme confrérique ».
Le théologien Ibn Taymiyya (1263-1328) fut l’un des principaux défenseurs de cette école et son approche va donner naissance à ce que certains historiens appelleront la « Salafiyya » (salafisme) à cause de sa rigueur méthodologique ; mais elle n'a pas connu une grande expansion si ce n'est après son adoption par le royaume d'Arabie Saoudite et exclu tout compromis avec la modernité: ce qui va être appelé le « salafisme Wahhabite » dû à Muhammad Ibn 'Abdel Wahhâb (1703-1793) qui s'est renforcé encore plus après la chute de l'empire Ottoman en 1924 et s’est imposé dans plusieurs pays musulmans, également grâce aux pétrodollars. Le wahhabisme ne reconnaît que le Coran et la sunna comme sources de jurisprudence.
II° L'Islamisme, le bon alibi des Islamophobes
L'islamisme est un courant de pensée du monde musulman, apparu au 20ème siècle essentiellement pour pallier l'échec des politiques de modernisations économiques et sociales entreprises par les nationalistes arabes, comme ceux du Parti « Baas » en Irak et Syrie, sur fond de résurgence identitaire.
Historiquement, cet échec est du fait de l'inertie de la société arabe et de l'opposition des puissances colonisatrices qui n'avaient pas intérêt à permettre ce renouveau. Face à cet échec, certains politiques et religieux musulmans ont préconisé un retour aux valeurs fondamentales de l'Islam. On peut concevoir ainsi la mouvance islamique comme un mouvement d'opposition politique dans un contexte souvent non démocratique : c’est une vision politique de la religion qui cherche un retour à la pureté par le projet politique.
L'intégrisme conteste le pouvoir en termes religieux, défendant la nature théocratique de l'Etat musulman (pouvoir politique détenu par les religieux) ; il prône la rupture avec l'Occident, un retour aux sources de la charria et à l'âge d'or de Mahomet et des premiers califes.
Le concept d'islamisme est de création française et l'usage de ce mot est attesté en français depuis le dix-huitième siècle avec Voltaire (1694-1778).
Certains analystes considèrent que les « Frères musulmans », groupe fondé en Egypte par Hassan al Banna (1906-1949) en 1928, seraient à l'origine de l'islamisme en opposition à l'occupation britannique.
A partir de la fin des années 60 s'accumulent des faits historiques, idéologiques, économiques et sociaux qui peuvent expliquer le développement de l'islamisme :
- la défaite des pays arabes contre Israël lors de « Guerre des 6 jours » ;
- le libéralisme économique des années 70 auquel il est reproché de porter atteinte à l’aide sociale, aux services publics et d'accroître les inégalités sociales ;
- le choc pétrolier des années 70 a favorisé certains Etats (Arabie saoudite et Iran) qui ont financé l'islamisme pour étendre leur sphère d'influence sur d'autres Etats ;
- la « Révolution des Ayatollahs » iraniens en 1979 a conforté les islamistes.
Les décennies suivantes sont marquées par des actes terroristes spectaculaires (11 septembre 2001 aux USA, attentats à Madrid et Londres, etc...).
La « nébuleuse intégriste » actuelle englobe des organisations très diverses à travers le monde ; profitant du vide laissé par les pouvoirs en place, une oligarchie, en matière sociale, sanitaire, culturelle et éducative, les mouvements intégristes mènent de nombreuses actions d'ordre social auprès des plus démunis qui adhèrent ainsi en masse à l'idéologie islamique. Elle profite de la faillite de « l’Etat Providence » : c’est son terreau de prédilection.
Les principaux opposants aux mouvements islamistes, généralement des musulmans intellectuels également opposés aux oligarchies, sont l'une des principales cibles de certains courants islamistes, comme en Algérie. En effet, seules ces couches éduquées des sociétés musulmanes sont susceptibles de représenter auprès des populations une voie intermédiaire entre les pouvoirs en place et les islamistes.
Faire un amalgame, la confusion entre l’Islam et l’Islamisme ne peut-être que de la mauvaise foi, voire de la malveillance et un mépris à l’égard des Musulmans.
Il serait grand temps que les pouvoirs publics en France mènent une lutte impitoyable, sans merci à l’égard des Islamophobes de tous bords, notamment par le biais d’une législation à l’image de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme qui a fait ses preuves.
C’est devenu le cheval de bataille du socialiste Malek Boutih (ancien président de SOS Racisme) qui s’est déclaré récemment candidat à la présidence de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) une autorité administrative créée par la loi du 30 décembre 2004 mais qui a montré ses limites.
Bonne fêtes de fin d’année à tous !
Que Dieu donne la sagesse aux ennemis de l’Islam !
Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH Juriste et anthropologue guinéen pour www.guineeaqctu.com
Paris, le 24 décembre 2008
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