lundi 11 avril 2011
Messe de requiem pour Mgr Raymond-Marie Tchidimbo à Paris !
Raymond-Marie Tchidimbo

Alléluia ! Le dimanche passé ce tantôt, on était présent à Notre-Dame des Champs, 91 bd du Montparnasse, sur invitation de l’Association des Chrétiens guinéens résidant en France, à la messe de requiem en mémoire de Mgr Raymond-Marie Tchidimbo, décédé le 26 mars dernier à l’âge 91 ans et enterré à Conakry selon son vœu.

Les anciens pensionnaires du camp Boiro et anciens ministres Alsény René Gomez, auteur de « Camp Boiro, parler ou périr », Me Alpha Abdoulaye Portos Diallo, auteur de « La vérité du Ministre » ont tenu à être présent. Des prières ponctuées de « amen » ont été dites. Sous un ciel clément.

Dans cette grande église, votre « mékhé dounké » attifé d’une vareuse se recueille. Une foule de pensées s’entrechoquent dans sa cabosse. Jean de la Fontaine cogne dur dedans : «Défendez-vous par la grandeur, alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse, la mort ravit tout sans pudeur. » Pas de doute pour le croyant sur l’existence de l’Au-delà et de Dieu.

Mgr Raymond-Marie Tchidimbo qui, face à la tyrannie disait : « Je dirai oui jusqu’au jour où je dirai non », avait été arrêté le 23 décembre 1970 par le dictateur Sékou Touré lancé dans tous ses états à l’assaut de moulins à vent.

Après des séances de tortures de toutes sortes subies au camp Alpha Yaya Diallo Mgr Tchidimbo tombait dans le coma. Sékou Touré le transférera ensuite dans la géhenne du camp Boiro où il vivotera 9 ans durant. « Je n’ai vraiment connu Mgr Raymond-Marie Tchidimbo que dans l’enfer de Boiro. Il a fait tout le parcours de l’enfer de Boiro. Au camp Boiro, j’ai vu à quel point il avait de grandeur, de l’humilité » témoigne Me Portos après la messe.

Alsény René Gomez de son côté fait appel au témoignage poignant du Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 sur le sinistre pouvoir de Sékou Touré dans son livre : « Dans la Guinée de Sékou Touré : Cela a bien eu lieu », en évoquant le dilemme larmoyant de ce prisonnier du nom de Diallo qui avait à sa gauche dans la cellule 65 Mgr Raymond-Marie Tchidimbo symbolisant la Bible et à sa droite dans la cellule 67 El hadji Fofana symbolisant le Coran.

Fallait-il abdiquer et accuser à tort des innocents comme le lui demandaient les séides de la Révolution et du camp Boiro à la prochaine séance de torture qu’ils lui réservaient ? C’était le dilemme du prisonnier Diallo auquel Mgr Raymond-Marie Tchidimbo avait résolu d’une réponse religieuse acquiescée et acceptée par El hadji Fofana : « Sauvez votre âme, mon fils selon les moyens dont vous disposez dans votre situation actuelle. Vous devez sauver l’âme que Dieu vous a confiée… » Allah Akbar !

A l’écoute de ces deux témoins vivants du camp Boiro, la fille de feu Jean Faraguet Tounkara, micro baladeur en mains, gorge fortement nouée par l’émotion, perd momentanément la voix. Votre « mékhé dounké » aussi est pris d’une forte émotion. Il clapote des paupières. Une question le taraude fortement : Sékou Touré mort le 26 mars 1984, au regard de tous ces atrocités perpétrées, croyait-il vraiment à l’Au-delà ? Eh bien ! Il faut la poser à ces deux anciens pensionnaires du camp Boiro. « Sékou Touré avait dit à qui voulait l’écouter que les Guinéens ne diront jamais un jour voici la tombe de Sékou Touré. Il avait tout préparé. C’est tout vous dire » nous a confié Alsény René Gomez. Pas de flou sur l’incroyance de Sékou Touré pour Me Portos : « Sékou Touré disait à ses vrais amis ceci : "Tout se règle ici-bas. L’au-delà n’existe pas." Des amis qu’il avait fini par tuer. »

Si tant est vrai que Touré Sékou avait tenu ce propos athée, les 150 tartuffes ou soi-disant imams que Goby Condé, le chauffard de la singulière voiture à quatre roues du bled, avait trimballés à coups de billets de banque sur sa fausse tombe pour des prières, doivent impérativement demander pardon à Allah. Sinon…


Benn Pepito


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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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