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Guinéennes et Guinéens,
Chers compatriotes,
Il y a déjà une semaine que la Guinée a été frappée par la monstruosité et la cruauté d’une partie de ses enfants sur d’autres. Des enfants et des femmes, bref des Guinéens et Guinéennes sont ainsi morts précocement. La grande famille guinéenne est endeuillée. La douleur est profonde et la consternation immense. Aucune explication et aucune raison, à quelque titre que ce soit, ne peuvent justifier cette barbarie inhumaine.
C’est le lieu pour moi d’adresser mes condoléances les plus émues et attristées aux familles endeuillées et, au-delà, à tout mon pays.
J’aurais pu me laisser entraîner dans les réactions épidermiques comme nous les avons vues depuis l’annonce du crime. Mais ma culture et ma tradition m’interdisent de tenir des propos sous le coup de la douleur tant que le mort n’est pas dignement accompagné en sa dernière demeure et cela quelque soit l’origine de son décès. Cette posture est prise pour respecter l’esprit du mort, surtout dans le cas d’une mort aussi atroce et violente.
Sept jours se sont déjà écoulés, les Guinéens peuvent se permettre maintenant d’ouvrir la palabre au cours de laquelle de nouvelles orientations nous aideront à remplir le vide créé par la disparition de certains de nos concitoyens et de méditer
Interrogeons-nous, pourquoi chaque fois cela se produit ? Ecoutons-nous assez suffisamment les faits de l’histoire passée ? N’allons-nous pas adopter une autre stratégie que celle que prônent malheureusement une frange fanatique de notre population : l’appel à la violence?
Jamais dans l’histoire des sociétés humaines une crise sociale, même la guerre n’a été résolue par la violence. Retenons-nous et renouons le fil du dialogue.
Que le dialogue est l’arme de résolution de toute sorte de conflits sociaux !
Nos enfants sont encore morts sous le coup de la folie de l’irresponsabilité humaine.
Nos sœurs, mères et épouses ont perdu la vie sur le champ de la lutte engagée vers l’esplanade de la démocratie.
Que Dieu reçoive chacun d’eux dans son infini royaume !
Que leur esprit veille désormais sur la Guinée, de liberté et de démocratie !
Qu’il couvre les actes de chaque acteur de la vie publique de raison et de patriotisme réel !
Que leur esprit protège la patrie qui nous est tous chère afin qu’elle devienne un havre de paix véritable !
Le crime perpétré, comme les précédents, ne peut trouver de solution dans des agitations individuelles ou groupales, dans la flagellation des uns ou la condamnation des autres. La crise est profonde. Elle est nationale. Elle appelle chacun à une vraie prise de conscience non pas pour stigmatiser un camp et dédouaner un autre. Nous sommes tous responsables à quelque niveau : par le discours, par les actes, des prises de position d’une étroitesse d’esprit qui génère parfois la déchirure du tissu social, …
Les animateurs de l’arène politique guinéenne ont l’impérieux devoir de renouer le dialogue pour qu’enfin, et pour toujours, tous les Guinéens se sentent en sécurité dans la paix, la justice et vivre ensemble sans rancœur, ni frustration.
Chaque Guinéenne, chaque Guinéen doit prendre, en ces douloureuses heures, sa responsabilité afin que la concorde sociale, la paix et la justice accompagnent nos pas de marche vers la liberté et la démocratie.
Oui le sang d’un Guinéen versé est déjà un crime ! La mort d’un Guinéen est un mort de plus. Elle doit être punie avec énergie et fermeté.
Cependant, nous devons garder raison et restés lucides afin que toutes les responsabilités soient situées ; que les coupables soient identifiés et punis.
Dépassionnons le débat, car la Guinée appartient à tous les Guinéens, chers compatriotes !
C’est pourquoi, il est désormais un impératif que ses enfants acceptent de s’asseoir autour d’une table ou sous l’arbre à palabre en vue d’une solution durable à cette récurrence maléfique qui nous frappe chaque fois.
Alors vivement la mise sur pied d’une commission d’enquête. Elle évitera le procès d’intention actuellement en cours. Les Guinéens n’en seront que mieux informés et formés.
En attendant, aidons plutôt, dans la compassion et le respect des morts, la famille guinéenne éplorée.
Encore une fois, je présente mes condoléances les plus attristées aux familles endeuillées et souhaite prompt rétablissement aux blessés.
Prions, ensemble, pour le repos de l’âme des morts !
Paris, le 4 octobre 2009
Jacques KOUROUMA
www.guineeactu.com
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