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Commençons par dire que ce qui devait arriver, arriva! En effet, tout Guinéen patriote doit se réjouir du départ de ce Premier Ministre de régression nationale. La saga de M. Kouyaté et de ses syndicalistes nous enseigne plusieurs leçons dont les suivantes : 1/ Pour le PDG : pour les jeunes qui n'ont pas connu le régime du PDG et ceux qui commençaient à l'oublier, et bien M. Lansiné Kouyaté (LK) leur en a donné un aperçu pour les premiers et un rappel pour les seconds. Et dire que cet ex-PM représente l'aile moderne, évoluée, éduquée, qui a beaucoup voyagé, du PDG! Sans oublier que LK a agit avec un pouvoir limité en terme des abus qu'il a commis avec son cousin Ministre de l'Intérieur. Imaginez un seul instant qu’il eût eu les pleins pouvoirs! Voici, pour le PDG qu’incarne LK, ce que gouverner signifie : - oppression et suppression de la liberté d'expression ; - népotisme (les préfets) et nominations de complaisance (M. Diawara en Italie) ; - corruption des citoyens (de certains syndicalistes et de la Société Civile) pour arriver à ses fins - version moderne du PDG, la torture étant dépassée vu tous les organismes des droits de l'homme ; - racisme (cas de la "mauvaise" Chantal Cole) - spécialiste en phraséologie et de la rime poétique comme « préférer la liberté dans la pauvreté (…) » ou « aimer l’honneur, pas les honneurs » etc… pour saouler et nourrir les naïfs de paroles ; - à la place de solutions et de "riz" pour les populations, ériger des idoles aux carrefours de la capitale ; c’est cela qui va remplir les ventres affamés ; - faire la politique de la modestie et de la main tendue à l’étranger et avoir le torse bombé au Pays ; - faire rêver en rassemblant toutes les mémoires sur le seul et unique fait de gloire (en plus partagé) du fameux « Non » de 1958 - qui n’a rien à voir avec les indépendances de pays comme la Guinée Bissau ou l’Algérie, où le sang a dû couler -, source et début du malheur de la majorité de Guinéens ; - last but not least dans cette énumération, vouloir faire passer un despote sanguinaire, Sékou Touré, pour un patriote alors qu’il a tué des milliers de familles! Ayez peur de Dieu, vous aurez des comptes à lui rendre ! 2/ En politique: répétons le dicton populaire qui dit que si tu ne sais pas faire la politique, la politique va te faire. Les syndicalistes s’y sont essayés sans succès par excès de gourmandise car ils ont voulu manger à tous les râteliers en même temps. Au lieu de rester au-dessus de la mêlée et agir en garant des accords pour lesquels ils ont risqué leur vie, la tentation du bien matériel immédiat et certainement le vertige de la notoriété leur a fait perdre la tête ainsi que la notion du devoir et de la responsabilité contractés de façon tacite avec le peuple meurtri de février 2007. En fin tacticien et connaissant son peuple, notre Général les a laissé faire en faisant une grève du zèle tout en les prévenant qu’il n’a jamais encore perdu une guerre. Malgré cet avertissement, la partie adverse s’est comportée comme le poulet qui est tellement préoccupé à picorer la tête baissée qu’il ne se rend pas compte qu’il s’est embastionné. Il y a des opportunités qui n’arrivent qu’une fois : je vois très mal comment ils pourraient remobiliser une fois encore le peuple qui sait désormais qu’il n’est pas au centre de leurs préoccupations. Quant au spécieux argument selon lequel LK n’a pas eu les moyens de réaliser ses projets par blocage systématique du Général Conté, de grâce n’insultez pas notre intelligence ! Cela l’a-t-il empêché de tenter de brader des complexes hôteliers à la Libye ? Quel PM a-t-il eu autant de latitude de nommer et de gouverner ? Et puis LK l’a répété à souhait, que le Président ne le gênait nullement. Lansiné Kouyaté a été incapable, malgré tous ses conseillers qu’il est sensé avoir, de faire et lire un discours de politique générale à l’Assemblée Nationale. Terminons en disant qu’un PM sérieux empêché de travailler, prend ses responsabilités : soit il affronte le Président – qui peut le "remercier" – ou il démissionne comme a fait François Fall ! Après le limogeage de Justin Morel, les syndicalistes ont donné deux ultimatums (à qui ? Conté ne s’est pas senti concerné) dont le dernier était pour le 31 mars 2008. Lansana Conté a sereinement attendu leur conclusion. Les syndicalistes tétanisés par une peur subite (de qui ou de quoi ?) ne se décidant pas, notre Général, en bon militaire, a su surmonter la sienne et a pris ses responsabilités en reprenant entièrement l’initiative. Que voulons-nous d’autres ? Il sera plus difficile aux syndicalistes de s’en prendre désormais à Mamadou Sylla car il les associera toujours à leur protégé LK : les prétendues malversations financières se sont déroulées sous leurs yeux, participant au Gouvernement. Quant à l’opposition, seul M. J.M. Doré joue son rôle de façon constante autant qu’il peut (dommage qu’il soit adepte de Sékou Touré) vu leur division malgré tous les appels à l’union. Dans ces conditions, le moindre mal reste notre Général débilité. Pour finir sur cette partie, bien qu’étant opposé à Lansana Conté pour la manière dont il a géré et laissé la mal gouvernance prendre racine au Pays, il a fini par forcer notre respect par sa résilience et sa faculté à surmonter les crises les unes après les autres, en dépit de sa maladie qu’il arrive même à maîtriser – depuis 2006, il n’a plus été médicalement évacué. Il est finalement, malgré son air détaché des réalités, le plus doué des hommes politiques que la Guinée ait connu (alors que Sékou Touré tuait à volonté et tirait avantage de la guerre froide pour se maintenir). Et puis admettons que si nous en sommes là, c’est que nous avons tous contribué par nos comportements à renforcer Lansana Conté – la mutinerie de février 1996 et la dernière crise des syndicats en sont des preuves. Comme dit le dicton : même si tu n’aimes pas le lièvre, reconnais quand même qu’il court plus vite que toi. Ceci dit, le départ de notre Général ne pourra que faire du bien au Pays. 3/ Quant à la mentalité ethnique : le limogeage de LK a confirmé ce que tout le monde sait déjà ; c'est-à-dire que la plupart des Guinéens soutiennent bêtement un homme politique parce qu’il appartient à son ethnie. Seuls Kouroussa a bougé et Kankan a connu une tentative d’émeute malgré le scandale de la filière "coton" dont ils ont été victimes par ce PM. D’où la question de savoir quand les Guinéens vont-ils commencer à raisonner et se comporter en citoyens et non en tribus qui appliquent l’anti-patriotique syllogisme : il est de mon ethnie donc je le soutiens. C’est irrationnel et rétrograde ! Lansana Conté est au pouvoir depuis plus de vingt ans ; est-ce que les Soussous sont plus riches pour autant ? Non ! Cellou Dalein a été PM, est-ce que la ville de Labé a vu sa voirie réhabilitée pour autant ? Non ! Donc soyons raisonnables et arrêtons cette attitude primaire pour bâtir enfin une nation ! 4/ La notion d'éthique : le comportement des syndicalistes qui nous ont fait espérer un moment qu’ils étaient l’exception en terme de patriotisme et de vaillance, nous oblige à reconsidérer qu’après tout, nous méritons nos dirigeants. Nous savons qu’en politique, tout le monde a un prix mais le malheur est qu’en Guinée il est très bas : pour une poignée de Francs Guinéens (même pas de devises), les gens sont prêts à trahir. 5/ Les responsabilités dans le Système des Nations Unies : vu le CV de LK, il est surprenant que ce cadre ait occupé de telles responsabilités alors que mis en charge directe d’un gouvernement, il a montré ses limites. Il ne sera certainement pas exagéré de dire qu’il a été le pire de tous les PM – au moins M. Sidimé ne faisait rien du tout, donc il ne risquait pas de décevoir. Les performances de M. Kouyaté à la primature nous confirment que les carrières au sein du système des Nations Unies sont basées sur les relations et recommandations même si la majorité des fonctionnaires sont compétents. Les promotions reposent sur d’autres critères qui sont politiques. Ceci explique en grande partie la carrière de LK (n’est-ce pas M. Boutros Ghali ?). Pas étonnant que le Général De Gaulle ait qualifié l’ONU de « machin » ! Que l’avenir nous réserve-t-il encore en déceptions? Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres, UK
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