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Les services d’urbanisme et de l’habitat de la préfecture de Labé risquent de porter atteinte au droit de propriété de plusieurs centaines de familles, arguant que ces personnes occuperaient des domaines de l’Etat.
Des centaines d’habitations ont été inventoriées dans les quartiers de Kouroula, Tata 1 et 2, Pounthioun, par les services d’urbanisme et de l’habitat de Labé. L’opération se poursuit et même le centre ville ne serait pas épargné par les agents chargés d’identifier les maisons dont la destruction a été programmée par les autorités de la ville. Alors question : le CNDD serait-il le commanditaire de cette opération ou se sont simplement des commis de l’Etat qui par leur zèle veulent agir sous le manteau de la junte dans le but de jeter à la rue des milliers de familles qui seraient livrées ainsi à la mendicité ?
En attendant d’en savoir davantage sur les motivations qui entourent cette opération de déguerpissement de grande envergure, il faut souligner que Labé vit déjà dans la peur. Car ce sont des montants faramineux qui ont été déboursés pour construire toutes ces demeures qui se retrouvent aujourd’hui dans le collimateur des services de l’habitat. C’est le fruit d’un dur labeur qui risque ainsi de voler en éclat, pour replonger ces familles dans la paupérisation. Nombre d’observateurs s’accordent pour dire que les autorités de Labé ne peuvent s’arroger le droit de détruire les habitats des pauvres populations, sous le fameux prétexte que ce sont des domaines qui ont été bradés dans l’illégalité. Le code foncier domanial guinéen stipule d’ailleurs à son Art 54 « qu’il ne peut être porté atteinte au droit de propriété que lorsque l’intérêt général l’exige. Cette atteinte peut constituer en une expropriation pour cause d’utilité publique, à une réglementation du droit de propriété dans un but d’urbanisme, d’aménagement rural, de recherche ou d’explication minière, de sauvegarde de l’environnement… »
Pour le cas de Labé, les populations attendent toujours une explication officielle sur la menace que fait planer sur elles les services de l’habitat. Selon des témoignages recueillis dans cette agglomération à forte densité de population, la plupart des terrains mis en cause aujourd’hui ont été attribués par les maires et les préfets qui se sont succédé à Labé. On ne peut donc parler de vice de forme dans cette attribution de terrain, qui est une prérogative du maire pour ce qui est des communes urbaines ou du préfet dans les communautés rurales de développement. Un habitant de la cité très remonté contre les autorités rappelle que dans le code foncier domanial, il est établi que tout occupant qui séjourne pendant 30 ans dans un domaine, en devient de facto le propriétaire.
A Labé on voit dans ce projet de déguerpissement un dessein noir destiné à opposer le CNDD aux populations de cette contrée. Surtout que certains occupants des zones ciblées y ont passé près d’un demi-siècle. Entreprendre une telle démarche ne serait pas faire du bien à la paix sociale, dans un pays qui a du mal à se relever des graves blessures qu’il a subies durant les deux régimes qui ont géré le pays depuis 1958.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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