lundi 6 avril 2009
Mélodies et palinodies des grandes politiques
Moïse Sidibé

On n’avait pas fini de se justifier devant les forces vives de Guinée que l’ami Sarkozy remet ça. La pratique et l’exercice de la realpolitik comportent des écueils et il faut savoir slalomer et trouver des pistes favorables pour ne pas laisser à redire. Car ne pas dire ce qui est à dire ou ce qui doit être dit est une lâcheté, une malhonnêteté, une pusillanimité intellectuelle ou une ignorance. Et pour un analyste de la politique internationale, mieux vaut casser la plume que de rester muet devant certaines situations bourdonnantes.

Ainsi, avaler des couleuvres et rire jaune jusqu’à en avoir la jaunisse avec les Chinois est encore acceptable, du côté de l’Hexagone ; c’est encore acceptable de retourner la veste sans oser se déboutonner devant les mêmes, du côté du Pentagone. Mais chanter la palinodie chez les Africains et se rétracter pour dire qu’ils sont entrés dans l’histoire depuis le Moyen Age pour arrêter le clabaudage des historiens déterminés à lui faire la leçon ou pour autre chose, c’est là le vrai problème : Nicolas Sarkozy vient de caresser les Africains à lisse poil après les avoir brossés à rebrousse poil de façon énergique à Dakar.

Il est vrai que l’Afrique possédait son histoire depuis la haute antiquité et le Moyen Age avec entre autres exemples la charte de Kouroukanfouga, mais tout cela est dans le passé lointain et révolu. Les Africains ont d’abord vendu leurs frères comme esclaves aux Arabes dans la haute antiquité, et ensuite, pour s’aliéner aux colons, ils les ont vendus dans le commerce triangulaire pour des pacotilles. Quand des historiens révolutionnaires parlent de « droit de mémoire » pour que les Africains crient à l’indemnisation et à la réparation, certains se demandent à quelle hauteur seront ces indemnisations et quels sont les pays qui pourraient éventuellement revendiquer le plus grand dédommagement et sur quelle base. Dans une telle situation, des ports négriers qui sont tombés dans l’obsolescence depuis le 18ème siècle vont redevenir immédiatement des pôles d’attraction. Epargnez le continent d’une autre galéjade de l’histoire et d’un autre ridicule ! 

Dans la réalité, l’homme africain, s’il était entré dans l’histoire, il en est ressorti après les indépendances. Après quelques résistances plus ou moins farouches çà et là, on avait cru que les leaders qui avaient conduit leur pays à l’indépendance allaient la conserver jalousement et écrire leur propre histoire, hélas !   

Monsieur Sarkozy, ne vous dédisez pas, ils ne sont pas encore entrés dans l’histoire, car il n’y a pas de chef d’Etat africain qui n’ait ses enfants en Europe ou un compte bancaire bien fourni soustrait des caisses de son pays, ou une ou plusieurs villas. Si le secret bancaire était levé, beaucoup tomberaient des nues de la concussion de leurs dirigeants. Si ça ne tenait qu’à cela seulement, mais voilà un demi siècle d’indépendance et d’autodétermination sur des mines de richesse sans aucun progrès significatif, sauf à s’entre tuer. C’est encore sur le continent qu’on peut voir des chefs d’Etat accusés et poursuivis pour violation des droits de l’homme, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

Comment peut-on entrer dans l’histoire quand on met devant le tribalisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme et des politiques de clans et des phratries ? Les USA viennent d’organiser des élections dans lesquelles le gagnant, Barack Obama, est un homme de couleur d’origine kenyane. Serait-il élu président dans son propre pays quand ces élections avaient dégénéré en une bataille ethnique dans laquelle l’on s’était massacré à la machette, avant d’en venir au partage du pouvoir ? Que dire du Rwanda, du Darfour ?

En Guinée, on était entré dans l’histoire avec la résistance à la pénétration coloniale et avec l’indépendance arrachée sans coup férir, mais depuis, on est retombé dans les méandres sombres et hideuses de l’histoire. Le nombre de morts, de violation des droits de l’homme  et dans les épurations politiques à tous les niveaux fait frémir. Dire encore que la Guinée était devenue un Etat de narcotrafiquants ne saurait étonner personne, vu l’anomie des 25 dernières années.

Dans quel pays il y a une justice digne du nom ? Même La Palisse sait que dans les dictatures, ou dans des républiques monarchiques où on modifie la constitution taillée sur mesure dès qu’elle ne sert plus les intérêts, il ne peut pas avoir une justice digne du nom. Le Sénégal ne veut pas ou ne peut pas juger Hissen Habré, en faisant monter les enchères dans le coût du procès, que d’autres  jugent abusif.

  L’immigration clandestine qui bat tous les flancs des côtes européennes avec les désastres n’est pas due à un fait du hasard mais à la mal et mauvaise gouvernance qui ne laisse entrevoir aucune perspective d’avenir aux jeunes et aux bras valides pour tenter le large avec tous les risques et périls de l’océan.

Encore un autre cas qui fait dire que les Africains refusent d’entrer dans l’histoire est cette naïve histoire de Rose Kabuye. Les Africains qui en veulent à cette femme pour son rôle dans le massacre rwandais avaient vite jubilé en la voyant dans les liens de la justice internationale mais il n’en sera rien car au nom de la raison d’Etat et pour des raisons économiques elle sera rétablie dans sa dignité, et qui sait si elle ne va pas mériter la légion d’honneur, plus tard ?

Cette naïveté est encore à trouver dans l’affaire de « l’Arche de Zoé » au Tchad. Sarkozy avait promis d’aller les chercher « quoi qu’ils aient fait ». Il l’avait fait, un type qui tient bien à sa parole, ce Sarkozy, mais il avait fallu que les rebelles du nord du Tchad viennent jusque dans NDjamena pour qu’Idriss Debi consente à tout accepter et brader sous la pression.

   A l’époque, l’on avait entendu parler de la territorialité de la loi et des délits, mais personne n’en avait cure. Quant aux indemnisations qui se chiffraient à des millions de francs CFA promises aux parents des enfants, il faudrait attendre à la fin des calendes grecques. Mais une chose était choquante : les parents indigents qui s’étaient soulevés contre les membres de l’Arche de Zoé étaient de minables profiteurs, eux qui étaient démunis et qui avaient confié leurs enfants à cette ONG se sont retournés contre ceux à qui ils avaient confié leurs progénitures, dès que l’occasion d’extorquer des fonds s’était présentée.

Entrer dans l’histoire de l’humanité suppose certaines vertus sociales, il ne s’agit pas d’avoir fait l’histoire dans l’histoire et en sortir au moment le plus inopportun. C’est ce que les Africains, à commencer par les leaders politiques, les intellectuelles sont en train de faire.  Nicolas Sarkozy avait parlé de rupture et qu’il revienne dessus avec une hypocrite alacrité, c’est que les Africains savent gober tout ce qu’il leur dit sans ciller.

La politique paternaliste et possessive de la France-Afrique d’antan si décriée est en train de revenir sous les pas feutrés. On commence à voir clairement que l’Afrique sans la France n’est qu’un orphelin dans cette mondialisation.

Mais pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il fait ce retournée acrobatique ? Au Niger, un semblant de pression a été mis sur Mamadou Tanja pour le supplier de ne pas faire modifier la constitution. Demande acceptée, mais si le peuple lui demandait de rester, il ne se ferait pas prier, et la France prendra acte.

La realpolitik, le continent africain ne la connaît pas bien, au risque de se laisser prendre dans ses cordes, mais quelles sont les raisons du retournement de la politique française ?

Il faut aller chercher cela dans la course de rattrapage du temps perdu. Après la faillite du capitalisme avec une politique d’arrogance inexplicable vis-à-vis de la classe inférieure, notamment des contribuables, des associés des banques et employés, il faut aller chercher les capitaux partout. Les Chinois on racheté presque la totalité de la dette américaine et se trouve sur tous les marchés africains. La France qui avait voulu faire passer l’éponge dans la rupture de la vielle politique regrette et revient sur ses vieux sentiments. Seulement, la démarche fait assez de bruit. Après toutes ces décennies, les relations entre l’Afrique et la France sont restées au stade primaire, aucun développement industriel sur le continent, aucun barrage hydroélectrique digne du nom pour faire  sortir le continent de l’obscurité et de l’obscurantisme n’est enclenché. La coupure d’électricité dans la quasi-totalité des capitales africaines ne fait pas honneur aux relations France-afrique.

Si la classe dirigeante africaine n’arrive pas à sortir le continent du sous développement et qu’elle se laisse mener par le nez, ce n’est certes pas le manque de discernement intellectuel mais c’est parce que l’homme africain refuse d’entrer dans l’histoire, et on ne sait pour quelle raison le cher Nicolas Sarkozy s’est rétracté de si belle façon.

A-t-il fait marche arrière par la publication du livre des historiens africains qui n’arriveront pas à changer les destinées de l’Afrique, en dépit de toute leur bonne foi, ou a-t-il fait machine arrière parce l’Afrique va être le continent sur lequel toutes les batailles économiques vont se livrer et que la Chine et les USA se sont positionnés pendant sa politique de rupture?

La question reste en l’air !

A la revoyure !


 

Par Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
le thié, jeudi 9 avril 2009
Votre argumentation me gène énormément pour la simple raison quelle repose sur trois choses complètement incomparable SARKO avorton de la démocratie (Dont Platon haïssait pour être le seul système pouvant mettre un Imbécile au pouvoir)L`AFRIQUE et L`HISTOIRE communément confondu avec le histoires(La guerre).Le seul tort qu`on pourrait lâchement reproché à l`AFRIQUE c`est de na pas avoir voulu faire la Guerre d`ou son absence dans les livres d`histoire Européenne recueille de guerrier et d’ailleurs quand vous dite AFRIQUE dans votre argumentation rejoignez-vous tous ses gens la représentant comme un point noire sur le globe terrestre réduit a ses quelques Hommes déchus comme preuve de sa malédiction ou alors un continent comme les autres non-extraterrestre ?. Aujourd’hui on commence à se demander et si seulement L’AFRIQUE avait raison ? Chacun y va de son ignorance car personne ne peut connaître L’AFRIQUE. Une énigme imaginable vient d’apparaître à travers OBAMA les complexes du Vaincu par contumace ce sont dissipés, on en a encore la gueule de bois, n’y restons pas Merci
dioulde, mardi 7 avril 2009
je suis un senegambien,pas du tout un intello,mais un individu ce qu il ya de plus ordinaire.j ai lu pas mal de reflexions sur le discours de sarko a dakar.il faudrait reconnaitre d emblee que la pluspart des reactions etaient epidermiques.certaines tres intelligentes et bien argumentees a coup sures pertinentes aussi,mais tres honnetement c est la premiere fois que je lis un article sur le discours de sarko tres agreablement surprenant et qui navigue dans un sens tres original.cet article est reellement rafraichissant dans un contexte de morosite intellectuel en afrique.merci,et j aimerai bien vous lire sur d autres sujets.senegambien.
Kanouté, mardi 7 avril 2009
Ce que Mr Sidibé dit est vrai et on ne peut que le partager avec lui. On ne peut pas comprendre que l`homme africain ne comprenne pas encore que lui seul doit être acteur du destin de l`afrique. Sarkozy a parlé de bonne foi parce qu`il ignore ce qu`il s`est vraiment passé avant et pendant la colonisation et la traite. On ne lui a enseigné à l`école que le point de vue des vainqueurs... Je comprends donc que les africains s`en prennent à eux-mêmes. Je dis aussi que c`est dommage qu`en parlant des causes du retard de l`afrique on se limite à dire ce que les dirigeants africains font de mal. En oubliant ou occultant ainsi qu`ils y sont contraints par les puissances dominantes, omniprésentes, divisant pour rêgner, corrompant à tour de bras afin d`avoir à leur guise la gestion des biens du pays. C`est ce drame qu`on vit. On ne se developpera jamais tant qu`on attendra l`occident ou l`orient. Le developpement sera endogène ou ne sera pas. Pour l`occident l`afrique et les africains ne seront jamais rien d`autre qu`un champ potentiellement riche à exploiter et des hommes dont il ne faut surtout pas tenir compte. Il suffit de les diviser, ou de les corrompre et on exploite le gâteau tranquillement pendant qu`ils se bouffent le nez.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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