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Les deux derniers ministres de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information ont cherché vainement à trouver les causes profondes du grave déficit que le pays traverse en matière de couverture audiovisuelle. Mais de toute évidence, c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Et alors, c’est curieusement de Paris et de Londres que la réponse à cette question lancinante nous est venue. Installées en Guinée en 2006, Radio France internationale (RFI) et la BBC disposent de contrats bien précis, comme le leur imposait le cahier de charges. Pour RFI dont le contrat était bien connu, il était question d’installer ses antennes dans les régions de Conakry, Labé, Kankan et N’Zérékoré. Pour la couverture de ses frais, la chaîne française était appelée à débourser une enveloppe de 15.000 euros par site, soit dans l’ensemble 60.000 euros. Et il était convenu que la moitié de ce montant devrait être versée à chaque semestre à la Direction de la Radiotélévision guinéenne (RTG). Sur les 15.000 euros destinés à chaque site, 9000 devraient aller à l’approvisionnement en carburant suivant les conditions du marché, le reliquat devant servir au traitement des techniciens chargés de la maintenance et les gardiens des installations. Au cours de la première année de fonctionnement, RFI s’était aussi engagée, à titre exceptionnel, à assurer la formation et la fourniture de matériels à hauteur de 20.000 euros. Seulement, il se passe que depuis un certain temps, à Labé, c’est le silence radio et télé total. Personne ne reçoit ni RFI, ni la BBC, encore moins la RTG. Une simple enquête a permis de révéler que tout ceci est redevable à une rupture de carburant alors que RFI assure l’alimentation à raison de 5000 litres de gasoil, tous les deux mois. Et la Direction de la RTG devrait intervenir pour éviter la rupture. Mais cette dernière n’intervient qu’au compte goutte, avec 100, 200 ou 500 litres, sans plus. Pourtant, on sait que l’entrée dans l’énergie solaire pour alimenter les différentes stations, a considérablement réduit la facture pétrolière du Ministère de la Communication. Alors qu’en 2002, il devait faire face à l’approvisionnement de 12 stations à l’intérieur du pays, aujourd’hui, cela s’est réduit à quatre. Mais au lieu de la baisse espérée, les problèmes domestiques ne font qu’empirer sur le terrain. A l’image de celui de Labé, l’émetteur de RFI à Sonfonia (à Conakry) est resté paralysé, faute de carburant. Ce qui a excédé la Direction de la « radio mondiale », qui a dépêché une mission sur Conakry pour savoir de quoi tout ceci retourne. Rappelons que RFI avait promis d’offrir à la chaîne nationale, un émetteur partout où les siens sont installés. Mais si cette promesse a été effective à Labé et à Conakry, il n’en a pas été de même pour les régions de Kankan et de N’Zérékoré. La raison étant que la Direction de RFI ayant demandé à son homologue de la RTG, un rapport détaillé sur les décaissements de fonds effectués en 2006, cette dernière a reconnu avoir anticipé sur la consommation prévue pour trois ans, et en un mot, a fourni des explications illustrant plutôt une gymnastique financière. Conséquence : les régions de Kankan et de N’Zérékoré sont depuis, sous silence radio complet. RFI ayant conditionné l’offre de faisceaux à la justification de l’usage que la Direction de la RTG a fait de ses fonds, il n’est donc pas surprenant aujourd’hui que les émetteurs de RFI et de la BBC restent encore muets dans les villes de l’intérieur. Dans cette situation, le cas de la coopération entre la RTG et la BBC est aussi intéressant à évoquer. Il n’est que de penser que le contrat qui lie les deux stations était resté jusqu’à une date très récente, un secret de polichinelle. Il y a seulement un mois, suite à l’arrêt du générateur alimentant l’antenne de cette radio, l’affaire a été éventée. Et face à cette situation incompréhensible pour nos partenaires d’Outre Manche, la Direction de la radio anglaise a fermement réagi et livré le secret, en annonçant qu’elle a allongé 23.000 euros l’année passée pour faire fonctionner son émetteur FM, et que d’ailleurs, au début du mois d’octobre 2008, l’équivalent du même montant devrait être versé sur les comptes de la RTG. La boîte à pandores vient ainsi de s’ouvrir, pour mettre sous un jour cru, les problèmes de fond que traverse notre audiovisuel, et qui déteignent, comme on le voit, sur les stations étrangères qui ont pris pied en Guinée. Dans ce contexte, on ne sera pas surpris de voir la RFI et la BBC se voir contraintes de revoir leur position dans la coopération avec la RTG. Pour notre part, l’on n’a pas besoin d’être expert financier pour dire que dans la maison de la RTG, il y a une évasion de fonds dont la bonne gestion aurait permis de s’assurer ne serait-ce que le minimum en matière de faisceaux, de ralentisseurs et autres nécessités. Il est grand temps donc, de lancer un audit systématique sur cette boîte qui ressemble depuis des années, à un puits de coulage financier, pour ne pas dire pétrolier ! Ce ne serait qu’une action de salubrité publique, pour permettre à notre RTG nationale de sortir des sales habitudes qui semblent indécrotablement lui coller à la peau. Ibrahima Sory Dieng pour www.guineeactu.com
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