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L’unique quotidien national d’information en Guinée, Horoya, effleurant la cinquantaine, est inexorablement tombé aujourd'hui sous les abysses de l’indifférence de nos décideurs au plus haut niveau. On s’attend à tout moment au dépôt de bilan. Chronique d’une honteuse débâcle. « Coup de bambou », « Liberté », ces mythiques noms que portait cet emblématique journal ont, eux, résisté aux temps et à la concurrence datant de la colonisation. Horoya, version post indépendance, après avoir longtemps servi, soutenu en cela par l’historique fibre patriotique de nos devanciers, est malheureusement abandonné aujourd’hui aux bons grés de ceux qui ne peuvent ou ne veulent plus rien sauver. Faute de moyens financiers et de gestion saine et rigoureuse qui répondent à une véritable orthodoxie du management, le quotidien gouvernemental appelé ainsi à tort, ne paraît aujourd’hui que sporadiquement : il est agonisant devant les yeux médusés et impuissants de son effectif, pourtant bien fourni. Un gigantesque déclin qui ne semble, pour autant, pas émouvoir un tiers décideur du Département de tutelle. Parce ce que le journal Horoya ne semble constituer à leurs yeux qu’un problème de trop. Or ce journal – frappé d’une rude sclérose sans précédent - qui s’ouvre encore et toujours en huit pages, regorge une excellente richesse de moyens humains et fortement compétitifs. Cette grand-mère de la presse guinéenne est une véritable école. Une école qui a formé d’innombrables journalistes guinéens et étrangers depuis l’époque coloniale. Seulement, la situation qu’il traverse actuellement fait honte à qui connait le parcours de ce fameux ‘’quotidien’’. Et si on n’y prend garde, la décadence n’est plus qu’une question d’heures. Déjà, la rédaction est quasiment boudée par tous ces journalistes de talents, affamés de bonnes choses pour ce patrimoine commun. Les autres responsables, embarrassés, sont ballottés entre devoir de servir (un cadavre ?) et droit de réclamer de meilleures conditions de travail. Mais avec le manque d’interlocuteurs viables, ils sont tentés tous les jours de mettre la clé sous le paillasson. Qu’ils l’avouent ou qu’ils ne l’avouent pas. En attendant, ils défilent le clair de leur temps entre le Département de tutelle et leurs bureaux, pour trouver d’hypothétiques solutions de relance : le financement. Une modernisation à jamais compromise Quand vous cherchez à identifier les responsabilités de la débâcle du seul quotidien national, vous risqueriez d’emmener nombreux cadres du Département de la Communication et NTIC devant les barreaux, pour « non assistance à média d’Etat en danger ». De tous ceux qui ont trotté à la tête du Département ces dernières années, un seul ministre se sera bien illustré dans la parfaite relance du journal Horoya, c’est bien Aboubacar Sylla ! Loin de rentrer dans la polémique, il est le seul ministre qui a pensé largement au Quotidien national. Sylla a stimulé, relooké radicalement et fait recruter des journalistes pour densifier l’effectif vieillissant de la boite. Cet homme, dans un pragmatisme digne d’un patriote, a équipé Horoya en une quinzaine d’ordinateurs. Les machines qui étaient utilisées jusque là, dans cette institution publique, dataient du siècle dernier (l’expression n’est pas trop forte). Bref, le ministre Sylla a mis Horoya sur le piédestal. Mais, comme d’habitude dans ce pays, c’est au moment juste où il cherchait à tout rénover, que le décret de limogeage est tombé. Et il s’en est allé ainsi, avec des sentiments de remords de tout le Département à propos de sa gestion pragmatique. Mais ceci est une autre histoire ! Boubacar Yacine Diallo lui, viendra s’occuper de son ancienne boîte : la RTG et ses problèmes à vous couper le souffle. Horoya continuera ainsi à tourner. L’homme fit son temps et puis, un autre décret le débarqua. Justin Morel Junior qui arrive avec le gouvernement de consensus de Kouyaté, se mettra à poursuivre les traces de Sylla. Les médias d’Etat sont sur Internet. Une technologie jusque là inconnue dans le milieu par un grand nombre de journalistes ou de techniciens. Horoya s »en fait toute une fierté. Pas pour longtemps ! Morel ne sera, lui aussi, qu’une étoile filante ! et depuis le limogeage de ce ministre du gouvernement de consensus, le portail Internet de Horoya s’est refermé sans bruit, pour non paiement, nous dit-on. Même le système d’interconnexion initié par le ministre Aboubacar Sylla, qui permettait aux différents desks de rester liés au secrétariat général, n’est plus qu’un lointain souvenir. « L’imprimerie Akhbar qui venait de temps en temps au secours de Horoya, annonce une ardoise de près de 20 millions de francs. » A la tête du Ministère depuis près d’un semestre, Tibou Kamara ne semble pas s’émouvoir de l’agonie du journal Horoya. Un journal qui crève entre manque d’intrants, de motivation, de modernisation d’équipements informatiques ou de bureaux. Faut-il donc revenir à l’hebdomadaire ? Difficile de répondre. Car le Directeur Aladji Cellou, ancien journaliste de l’Indépendant - absent du pays depuis des années – mais nommé par décret, tarde toujours à occuper son nouveau poste. Par amour du pays, de sa personne ou par compassion à son mentor, cet homme va-t-il bouder ses activités occidentales pour venir dans un journal où la démotivation est la chose la mieux partagée ? La question reste en suspens. Quoiqu’il en soit, la situation est tellement préoccupante que le 30 octobre dernier, la section syndicale du journal avait décidé de rédiger un énième mémorandum destiné au gouvernement. Seule certitude, si la gestion humaine et financière s’assainit, le journal pourrait éviter de retomber dans l’hebdomadaire. En effet, les avis, annonces et autres publi-reportages déguisés, ne sont pas du tout rentabilisés, de l’avis de certains cadres du Département. Lesquels d’ailleurs qualifient Horoya de « nébuleuse ». Tant la gestion n’est pas des plus salubres, accuse-t-on. Comme quoi, il y a une forte indifférence vis-à-vis du seul quotidien gouvernemental - dépourvu de toute technologie de pointe – mais ceci ne justifie pas tout. Car la gestion interne des ressources est décriée tant par les travailleurs de la boîte que par les cadres du Département. Sinon, c’est un journal qui a besoin d’une imprimerie autonome, de véhicules de reportage, de transport du personnel, d’équipements de reportage (dictaphones, appareils photo, ordinateurs portables, etc.), de formation des journalistes, de productions d’articles qui puissent faire vendre le journal et le libérer des griffes des vendeuses de galettes. Ce n’est pas de la mer à boire. Il suffit de mettre en place une réelle volonté et une tangible politique de restructuration et de financement, notamment des bailleurs de fonds. En attendant, on raconte que le ministre Tibou Kamara a subventionné la RTG à hauteur de 30 millions GNF et l’Agence Guinéenne de Presse (AGP) à 10 millions GNF. Ce ministre connaît parfaitement bien la presse écrite d’où il a été extrait pour devenir ce qu’il est. Pourquoi, Monsieur le ministre, Horoya se meurt-il ? Avez-vous, une seule fois, soutenu le sort du quotidien gouvernemental lors des conseils interministériels ? Ou bien faut-il aller demander à Madina Bah, Fassiri Camara et autre Mamadi Wasco Keita, les têtes de l’exécutif de Horoya ? L’heure est à la solution d’urgence et non aux chefs d’inculpation. Malheureusement, comme on le sait, c »est ainsi que va la Guinée et son administration de misère. Plouf ! Dans les abysses de l’indifférence ! Thierno Fodé Sow pour www.guineeactu.com
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