jeudi 18 juin 2009
Me Lamine Sidimé ou les pérégrinations d’un ancien dévot aux abois ?

Comme un aveugle impassible mais ambitieux qui se fait promener dans toutes les ruelles quasiment faites d’impasses, Me Lamine Sidimé, ancien inaltérable dévot du régime défunt fait actuellement l’objet de toutes les railleries, à cause de ses pérégrinations voulues, imposées ou souhaitées par lui et/ou le nouvel homme fort de Conakry.

 

Les pérégrinations de cet ancien dévot, aujourd’hui aux abois sont manifestement perçues par l’opinion comme un aveu d’impuissance du capitaine Moussa Dadis Camara dont la loyauté vis à vis de son maître devrait à tout prix (même à son corps défendant ?) trouver une autre issue plus favorable et plus encline à faire l’unanimité.  Mais pour l’instant, Me Lamine Sidimé flotte.  La Cour suprême où il légitimait toutes les anciennes farces électorales orchestrées par Lansana Conté et ses inféodés est suspendue depuis la prise du pouvoir dans la rue par l’Armée, en noël dernier. Malgré cette décision de la junte, le capitaine Dadis nomme un autre homme à la tête de cette Institution républicaine. Mamadou Sylla SYMA, n’aura pas fini de prendre fonction, alors qu’il y a un autre décret le limogeant par manque d’éloges à l’égard du président du CNDD. Il limoge le nouveau promu à la tête de la Cour et le remplace par un dévot.  De nouveau il dépoussière l’homme qu’il a précédemment rangé au placard, Lamine Sidimé. Un éternel recommencement, quoi !

 

Connu et reconnu pour ses dithyrambes inoxydables, M. Considérant passe aux yeux du chef de la junte comme un ‘’reconnaissant, un patriote honnête’’. Soit ! Par conséquent, difficile à lâcher. Il le nomme récemment alors président d’une commission d’orientation politique et économique. Seulement cette promotion aurait provoqué une vive polémique, raconte t-on. Mais déjà, l’homme lui est un habitué des faits : de la Cour Suprême, il est à la Primature, de cette Primature, il rejoint ses premières amours pour reprendre la toge. Une question taraude tout de même nombreux observateurs de la vie politique guinéenne : pourquoi ce penchant pour cet autre ancien PM dont les œuvres ont été jaugées et critiquées sous l’ancien régime ? Pourquoi Dadis s’obstine à faire du neuf avec du vieux ?

 

Où peut être il veut tout simplement se mettre le doigt dans l’œil, puis crier aux imposteurs et aux délateurs ! A moins que l’homme fort de Conakry ne veuille reprendre les gaffes de son défunt père spirituel : s’entourer de cadres amorphes et sclérosés, cultivant et entretenant un opportunisme singulier. Avec à la clé, faire croire à son mentor que ‘’tout est bien dans le meilleur des mondes possibles’’. Ce qui est évident, Me Lamine Sidimé ne saurait apporter ce qu’il n’a jamais apporté à Lansana Conté : passivité et immobilisme.  

 

Incontestable père idéologique du régime de Lansana Conté, « Me Lamine Sidimé est l’architecte de la Constitution guinéenne et de la validation de toutes les élections truquées organisées pour être remportées par le parti au pouvoir d’alors : le PUP. L’homme était d’une forte capacité de nuisance. Il l’a montré lors des toutes premières élections présidentielles où on a assisté à l’annulation de suffrages du RPG d’Alpha Condé à Siguiri et à Kankan, en 1993. N’eut été cette manœuvre historique, le Pr. Condé allait être virtuellement le premier leader politique de l’opposition à briguer le fauteuil présidentiel. Ce jeu savamment orchestré par un certain Alseyni Réné Gomez, ministre de l’Intérieur, d’alors. Le reste de la comédie, chacun le sait. A l’issue des consultations, Conté est passé les mains sales hautes. »

 

Comme si cela ne suffisait pas,  pour assurer les véritables remparts du régime de Conakry, Sidimé a refusé de constater la vacance du pouvoir durant toute la maladie de Conté pour permettre au vieux président de l’Assemblée nationale longtemps en embuscade, de prendre les commandes.

 
Si c’est cet homme là que le capitaine Dadis Camara rend hommage, cela veut tout simplement dire que le chef de la junte ne connaît pas du tout ‘’M. Considérant’’ dont le départ pèse sur la conscience comme si c’était le seul magistrat. Certainement oui, car il a humilié Sylla Mamadou SYMA qu’il avait nommé comme premier président de la Cour suprême, avant de le limoger quelques heures après. Motif invoqué : le promu n’a pas rendu hommage au CNDD. Triste règlement de comptes, non ? Sidimé lui a bien appris la leçon depuis Conté. On ne lui rappelle plus ces salamalecs élémentaires qu’il maîtrise avec aisance et virtuosité. Mais, pour l’instant, l’homme se cherche dans le cœur du capitaine et dans les couloirs de la junte. Réussira-t-il à trouver un point de chute dans ces pérégrinations qui perdurent ?

 

Oui, peut être si Kassory Fofana, ancien ministre de Finances ne sortait pas de l’ombre et exposer à la place publique ce qui suit. Extrait de la lettre-réponse adressée au CNDD : « Je n’hésiterai pas un instant de pointer un doigt accusateur sur la gestion laxiste des finances publiques sous le gouvernement Sidimé comme le début qui n’a pas pu être inversé  des difficultés économiques  auxquelles est confronté le  pays aujourd’hui. En Janvier 2000 quand je fus remercié du gouvernement, les avoirs extérieurs nets  de la République de Guinée, c'est-à-dire nos réserves en devises à la Banque Centrale,  se chiffraient  à 125 millions US$.  

 

En 2004 déjà,  le gouvernement Sidimé  avait  gaspillé jusqu’au dernier dollar  et  la Guinée était   plutôt confrontée  à une balance  négative de 15 millions US. Cette mutation négative de la SMI a exacerbé les pressions inflationnistes dans l’économie. En effet, l’indice général des prix à la consommation des ménages est  passé, en taux annuel moyen, de  3.5%  à mon départ du gouvernement à 31,5% en 2005. Concomitamment, le taux de change du FG s’est lui aussi considérablement dégradé  passant par exemple de 1334 FG pour un dollar en  mon temps, à 3 648 Fg en 2005, soit une dépréciation de notre  monnaie de l’ordre de   200%  % sur la période.

 

Ce rappel  confirme que la  dégradation de l’équilibre général  des prix qui affecte en premier ressort, le pouvoir d’achat du citoyen moyen, est l’une des causes déterminantes de l’accentuation de la pauvreté généralisée dans laquelle nos concitoyens végètent  aujourd’hui. Le sac de 50kg  de riz est passé de 23 000 FG à 160 000 FG  sur la période, soit environ 600% d’augmentation de cette composante majeure du panier de la ménagère. »  Attendons donc de voir. Mais, de possibles combines pourraient être à la base de l’échec de l’ancien PM.

  

Thierno Fodé Sow
 
www.guineeactu.com

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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