Lors d’une conférence de presse animée par l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) le 11 mars dernier, son président Thierno Madiou Sow a insisté sur la nécessité de traduire les auteurs des massacres du 28 septembre en justice.
La conférence de presse de l’OGDH était axée sur l’état d’avancement du dossier relatif aux massacres du 28 septembre 2009. Dr Thierno Madiou Sow a mis l’occasion à profit pour donner la position de son ONG sur le fameux projet de Réconciliation nationale prônée par le président de la république. Le conférencier a tenu à rappeler dans son intervention que le 28 septembre 2009 fut un véritable carnage. Et qu’il s’attend à ce que les auteurs et commanditaires de cette boucherie répondent de leurs crimes. Il a tenu à préciser que la Cour pénale internationale (CPI) a été saisie du dossier et que les experts de cette Cour ont déjà effectué une enquête préliminaire sur ces massacres qui s’étaient soldés par 157 morts et une centaine de filles et femmes violées par des militaires. Cependant, Dr Sow a dans son explication indiqué que la CPI est une juridiction de second degré, ce qui ne lui permet pas de s’autosaisir directement du dossier. Et qu’il faudrait que la Guinée fasse preuve d’incapacité à juger les auteurs de ces crimes abominables, pour la justice internationale entre en scène. L’OGDH qui ne croit pas en la volonté politique de la Guinée de faire la lumière sur cette répression sanglante pense que cette affaire finira par être élucidée à la Hayes. N’empêche, l’OGDH a fait savoir qu’elle a commis trois magistrats et trois greffiers en vue de s’occuper de ce dossier, grâce à un concours de la Ligue française des droits de l’homme. Dont une délégation a effectué une visite en Guinée, il ya environ un mois. Cette mission révèle Dr Thierno Madiou Sow avait émis des réserves sur la volonté politique du nouveau pouvoir, vu que les suspects continuent à se promener librement. « Lors des rencontres que l’OGDH a organisées les magistrats et les avocats ont tous convenu qu’il n’est pas possible de juger cette affaire en Guinée et présentement l’OGDH s’attelle à démontrer cette impossibilité de juger en Guinée », a souligné Dr Sow. Qui a saisi cette opportunité pour dire qu’une assistance financière a été obtenue en faveur des victimes et que les procédures seront bientôt engagées à cet effet.
S’exprimant sur les violences pré et postélectorales, le conférencier a laissé entendre qu’il y a des crimes qui ont été perpétrés lors de ces violences et qui ressortiraient de la compétence de la CPI selon lui. « Il y a eu des violations extrêmement graves des droits humains à Conakry, Labé et Mali », a-t-il souligné. A Mali par exemple le préfet a exercé la pression sur une jeune fille de 17 ans qui a été violée par les éléments de la Fossepel (Force de sécurisation du processus électoral), en la dissuadant de dénoncer son violeur. A Labé, des femmes furent violées et internées dans des maisons. Des cas de disparition furent même signalés. A Conakry, les chiffres aussi sont ahurissants, pour ce qui est du bilan des violences électorales, selon Dr Sow. Seulement pour l’hôpital Donka, il y aurait eu 640 victimes dont une douzaine de morts.
Le président de l’OGDH a cité également les villes de Kankan, Kouroussa et Siguiri où à en croire ces propos, des citoyens furent empêcher de participer à des élections libres et transparentes. « Des citoyens ont été chassés dans ces villes, leurs biens détruits. Il y a eu environ 25 000 déplacés, 36 magasins d’une valeur de 9 milliards ont été détruits, des boutiques d’une valeur de 104 millions de nos francs, des habitations d’une valeur de 1 milliard 650 millions de nos francs, pour ne citer que ceux-ci », a rappelé Dr Sow. Toutes ces violations exigent qu’il y ait justice, a-t-il insisté. Pour la réconciliation nationale, la position de l’OGDH est claire : « il faut tout d’abord créer les conditions pour que les communautés s’entendent, créer aussi l’interdépendance entre les ethnies, car la diversité est un potentiel positif et faire en sorte que la vérité sur les événements qui se sont déroulés durant les périodes antérieures soient élucidées. La justice ensuite la réconciliation », telle est ce que suggère l’OGDH. Car l’impunité reste et demeure le terreau où poussent les crimes.
Pour maitre Diarougha Barry, avocat des victimes du 28 septembre, il y a déjà un comité qui s’est constitué pour défendre les victimes du 28 septembre. Ils sont au nombre de 12, précise-t-il. En plus, il y aurait plusieurs organisations et associations qui se sont constitués partie civile en faveur des victimes. Il y a l’Association des victimes du 28 septembre (AVIPA), l’OGDH et la FIDH. Il a affirmé aussi que 4 militaires ont été arrêtés suite aux événements du 28 septembre. La présidente des victimes du 28 septembre Mme Asmaou Diallo demande elle, qu’il y ait justice le plus rapidement possible, car selon elle, plus ça dure, plus les victimes et les témoins disparaissent. Les bourreaux eux circulent sans être inquiétés.
Rappelons que les massacres du 28 septembre avaient fait 157 morts et une centaine de femmes violées.
Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com