lundi 24 janvier 2011
Mariama Kesso Diallo, CONFETRAG : « Les femmes n’ont pas accès au crédit pour garantir leur autonomie »
Mariama Kesso Diallo

La lutte contre la pauvreté passe aussi par l’appui technique, institutionnel et l’octroi de microcrédit aux groupements, associations de femmes ou coopératives. Reste que cette démarche est loin de concerner toutes les structures de femmes bien organisées. De quoi mettre de nombreuses femmes face à des défis pas tout à fait faciles à relever. Certaines se retroussent les manches et entendent tordre le cou à la pauvreté. C’est le cas par exemple de la Commission nationale des femmes travailleuses de Guinée (CONFETRAG). Dans cet entretien avec la présidente de cette commission, Mme Mariama Kesso Diallo – responsable du projet de partenariat avec le SIT – qui est aussi membre du bureau exécutif et secrétaire chargée du département genre de la CNTG, nous parle des difficultés des femmes à accéder aux crédit, du poids de la tradition, du problème récurrent de scolarisation des enfants, etc.


Guineeactu.com : pouvez-vous nous décrire quelles sont les femmes travailleuses que vous représentez au sein de la CONFETRAG ?

Mme Kesso Diallo : Je vous remercie pour cette interview qui me donne l’opportunité de m’exprimer sur entre autres la commission nationale des femmes travailleuses de Guinée (CONFETRAG). Permettez-moi avant de répondre à vos questions, de remercier au nom des travailleuses et travailleurs de la CNTG, le SIT (syndicat suisse, ndlr) et pour tout ce qui est déjà fait pour appuyer notre organisation syndicale. Cela dit, la CONFETRAG est composée des sous-commissions constituées par branche professionnelle. Et ce sont ces structures qui sont affiliées à la CNTG et qui forment, pourrais-je dire, notre centrale dans tout le pays.

Dans l’exécution de vos projets et programmes, j’imagine que vous rencontrez certainement des difficultés d’ailleurs inhérentes au secteur informel.

En République de Guinée, les femmes de l’informel rencontrent assez de difficultés. Des difficultés que nous pouvons catégoriser comme suit : familiales d’abord : malgré leur volonté de réussir et les dispositions prises en vue de l’émancipation des femmes, elles sont en effet dans des familles dont plusieurs membres notamment les hommes sont au chômage et ne veulent pas faire de petits boulots. Conséquences ? Toutes les charges familiales (scolarisation des enfants, nourriture, loyer, soins de santé…) retombent sur les mères de famille que nous sommes, déjà frappées par le poids de la tradition favorisant largement l’analphabétisme. Puis, difficultés financières : les femmes sont tout aussi pauvres et n’ont pas accès aux crédits pour des raisons pas toujours évidentes. On évoque souvent des garanties comme des biens immobiliers. Ensuite difficultés liées aux violences physique et morale sur les lieux de travail compte tenu qu’elles ne disposent pas de terres cultivables (les femmes travaillent sur des lieux prêtés ou loués avec des parents ou voisins).
Enfin difficultés sociales : les femmes n’ont pas de protection sociale en cas d’accident du travail. Elles n’ont aucune assistance donc se prennent en charge et quelquefois elles reviennent à la case de départ, c'est-à-dire n’ont même plus de fond de roulement. En effet, souvent le fruit des récoltes va directement au remboursement des dettes qui ont servi aux soins. A toutes ces charges, s’ajoute l’éloignement des infrastructures scolaires et sanitaires, et des sources d’approvisionnement en eau potable. Je profite de cette interview pour lancer un SOS auprès du SIT et des ONG de la Suisse et d'ailleurs, pour le District rural de Tembou. Celui-ci compte plus de mille habitants avec environ quatre cent cinquante enfants en âge d’être scolarisés qui ne vont pas à l’école car les parents ont peur de laisser leurs enfants parcourir de longues distances à cause des risques de tout genret. Ce district n’a ni poste de santé, ni forage.

Dans quelle mesure, la formation est-elle un facteur déterminant dans l’organisation des femmes, au sein des organisations de base et quels types de formations sont-elles les plus demandées ?

Les besoins sont ciblés auprès des organisations de base qui sont les groupements, associations, coopératives. Une préparation conséquente se fait au niveau de la CNTG. La première catégorie d’organisations, le plus souvent rurales qui n’ont pas eu la chance d’être scolarisées mais qui ont adhéré à la CNTG, sollicitent d’être alphabétisées en plus de l’appui financier, de l’encadrement technique, des formations en gestion financière. La deuxième catégorie sollicite toujours l’appui financier, l’encadrement technique, de la formation en gestion financière, en santé reproductive pour les jeunes, surtout les filles pour une meilleure planification familiale, et en montage de projets bancables.

Comment luttez-vous pour améliorer les conditions des femmes confrontées aux travaux polluants (séchage de poisson, teinture, etc.) ?

Concernant l’amélioration des conditions des femmes confrontées aux travaux polluants, des encadrements techniques sont menés à travers des sensibilisations auprès de ces femmes Ils sont suivis de l’approvisionnement en matériel de protection en pollution qui sont abordables par notre organisation (cache nez, gants, bottes, blouses, boîte à pharmacie), et de formations périodiques en hygiène et sécurité. Pour résoudre ces problèmes de pollution au niveau des fumeuses de poisson (séchage de poisson), notre centrale a déjà fait une requête auprès du SIT pour la construction de fours avec des cheminées et des latrines sur ces lieux de travail qui regroupent tous les intervenants au niveau du port de pêche.

Pouvez-vous mesurer les effets positifs du fonds de microcrédits qui est géré par la CNTG ?

Après le premier suivi évaluation auprès des bénéficiaires, ces microcrédits ont eu des effets positifs directs et indirects. Les membres de ces organisations sont presque à l’abri de certains besoins et la population environnante s’approvisionne avec des prix abordables. La CNTG a une crédibilité dans les localités où évoluent ces bénéficiaires et le taux d’adhésion est à la hausse. Il faut signaler aussi que la réduction de la pauvreté est amorcée et que la mévente des produits a chuté.

Quelle est votre politique d’information des militants de terrain et des organisations de base ?

La politique d’information des militants se fait par des contacts (téléphoniques en cas d’urgence), des courriers et correspondances, des visites de terrain périodiques, des réunions, des assemblées et des médias en ligne par endroits.

En matière de droit du travail, pensez-vous que la femme guinéenne a les mêmes droits que les hommes ?

Dans tous les textes qui régissent le travail et le travailleur en Guinée, il n’y pas de distinction entre hommes et femmes avec un slogan « qualification égale, salaire égal ». Dans l’application, par manque d’informations sur ces droits, les femmes ne bénéficient pas de certains avantages. Il y a donc un besoin réel en information des jeunes fonctionnaires /travailleurs (femmes et hommes) sur les textes en vigueur à la fonction publique et le code de travail.

La CNTG est-elle toujours un outil de revendication des droits des travailleurs, quelle que soit leur origine ethnique, leur religion ou leur classe sociale ?

La CNTG ne divorcera jamais d’avec les objectifs qu’elle s’est fixés dans la défense des intérêts matériels et moraux de ses adhérents d’une part, de la population guinéenne en général. Au sein de notre Centrale, il n’y a pas de problème ethnique, religieux ou de classe sociale, donc c’est la vraie démocratie qui est appliquée dans nos structures de la base au sommet.


Propos recueillis par Adjidjatou Barry Baud
pour www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Bah, mercredi 26 janvier 2011
il faut qu`on installent sidya toure , celloun dallein et abbé sylla au pouvoir il faut ke le peuple de guinée se leve pour installer les vrais elus du peuple, la tunisie , l`egypte , la cote d`ivoire et le gabon on fait il font k`on se leve il est temps de se lever

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011