vendredi 22 mai 2009
Mariam Kesso Poréko frappe un grand coup dans l’univers littéraire

Après « La Chance », un premier roman qui a remporté un grand succès, et qui faisait le récit de la fantastique odyssée l’ayant conduite en exil hors de la Guinée, Mariama Kesso vient de faire paraître un nouvel ouvrage, aux NEAS, Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal : « Awa Béla, la fille du rêve ». Un titre insolite, mais que le lecteur ne va pas tarder à comprendre.

Ce deuxième livre fait de Mariama Kesso, que nous appelions affectueusement « Sophie » au Lycée de Labé, une romancière à part entière. L’ouvrage tient à la fois du récit et du conte de fée. L’action se situe au Fouta Djallon, à l’époque coloniale, et au cours des premières décennies de l’Indépendance de la Guinée. L’auteur mêle délicatement, et avec une grande maîtrise, le réel et l’imaginaire.

A la fois historienne et sociologue de formation, résidant actuellement avec sa famille en Suisse, Mariama Kesso dresse la saga d’une famille dans la société peule ancienne et moderne. C’est une société où règne la polygamie avec son cortège d’intrigues et de déchirements entre coépouses, d’une part, et entre demi-frères et demi-sœurs d’autre part. C’est une société divisée en deux classes, les hommes libres et les serfs.

Dans ce massif montagneux qu’est le Fouta Djallon, fait de reliefs tourmentés et de vallées encaissées, les premiers vivent sur les hauteurs tandis que les seconds sont relégués dans les bas-fonds (qui sont en réalité les plus fertiles et qui fournissent la plus grande part de la production agricole du terroir : pommes de terre, maïs, taros, manioc, haricots rouges et haricots verts, patates douces, aubergines, courges, oseille, piments d’oiseau, laitues, salade chinoise, colas…). C’est une société régie par la dialectique « hégélienne » du « Maître et de l’Esclave », le premier ne pouvant se passer du second et inversement. Il peut même y avoir des liens d’amitié entre l’un et l’autre. C’est le cas de Dararo, un homme d’affaires prospère, établi à Saré (en fait la ville de Labé), mais dont le village natal est Fello (la Montagne), et de Yoga, boucher de son état, vivant à Bowal (le Plat pays). Lorsque Yoga vient donner à son ami d’enfance Dararo sa propre fille à son ami d’enfance, en mariage, en troisièmes noces, puisque l’homme d’affaires a déjà deux épouses, Dararo se remémore la prédiction du sage Bori. Ce mage, qui est un visionnaire et dont les prophéties se sont toujours réalisées, avait raconté à Dararo un rêve au cours duquel il avait vu celui-ci épouser la fille d’un de ses amis. Cette dernière lui donnerait une enfant qui serait prénommée Awa Béla, vouée à un destin exceptionnel… D’où le titre du roman.

Il se trouve - horreur et damnation ! - que la nouvelle jeune fille proposée à Dararo en troisièmes noces est une amie d’enfance de sa seconde épouse et, de surcroît, de « classe inférieure ». Drame cornélien ! On imagine les épreuves que Dararo aura à surmonter pour réaliser ce troisième mariage.

La nouvelle mariée conçoit. C’est une fille. Mais la mère meurt en couches. L’enfant survit. Elle est prénommée Awa Béla, suivant la prophétie du vieux sage Bori, qui a disparu depuis bien longtemps.

Dès la naissance, Awa Béla est un prodige. Tout va lui réussir dans la vie. Elle grandit, traverse de multiples épreuves, devient major de sa promotion à l’Institut Polytechnique de Conakry, est élue Miss Guinée 1970.

Un jeune émir du Golfe arabo-persique (suppose le lecteur, car il est seulement fait état de quelqu’un venant d’Orient) vient demander sa main. Le prince l’amène en Orient et l’installe dans un palais des « Mille et une nuits ». Entre-temps, elle a échappé à la jalousie de ses demi-sœurs, à une tentative d’assassinat de la part de sa marâtre, la première femme de son père Dararo, et franchit d’innombrables obstacles.

Dans ce beau roman, à la fois réaliste et imaginaire, Mariama Kesso amène le lecteur en plein cœur de la société peule. Sa connaissance des us et coutumes, des traditions et des valeurs de cette société est prodigieuse et plus qu’étonnante. Elle fait remonter à ceux qui connaissent le Fouta Djallon, par ses réminiscences, à la plus lointaine enfance.

L’auteur décrit dans un langage simple et un style clair  tous les événements de la vie quotidienne au Fouta Djallon, en prenant le soin de traduire les expressions et les idiomes, ainsi que les mots rares : le mariage (en fait trois mariages en un : le religieux, le traditionnel et le civil) ; la naissance et les cérémonies du baptême ; l’excision des filles, coutume barbare qui remonte à la nuit des temps et qui a pour but de fixer les épouses au foyer ; la mort et le rite des funérailles ; la fête du Nouvel An musulman, ce matin où il faut aller se baigner dans les eaux toutes renouvelées des rivières et des fleuves ; l’attachement du Peul, traditionnellement éleveur, à sa vache (plus précisément à « la femme, la vache, la foi ») ; la rencontre annuelle du « Touppal » où l’on amène tous les troupeaux rassemblés à l’abreuvoir, où chaque animal est désigné par son nom propre et où chacun d’eux est évalué à sa juste valeur ; les « bals poussière » de village…

Le roman de Mariama Kesso est une véritable féérie. L’imagination fertile de l’auteur transporte le lecteur d’un rebondissement à l’autre, sans jamais le lasser, le tenant en haleine d’un bout à l’autre du livre, de sorte qu’on ne lâche pas celui-ci avant d’en avoir achevé la lecture d’une traite.

Seul regret, ce livre aurait dû trouver une meilleure maison d’édition, qui l’aurait mis à la portée des millions de lecteurs qu’il mérite.

 

Alpha Sidoux Barry
Directeur de publication de www.guineeactu.com


Mariama Kesso Diallo : AwaBéla, la fille du rêve, roman, Les NEAS, Dakar, 2009.

Du même auteur : La Chance, roman, Editions Moreux, Paris, 2000.
 

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Vos commentaires
Alpha Rafiou DIALLO, mercredi 3 juin 2009
Quelle réjouissante nouvelle!!!! Je me reconnais plus dans les livres que dans la politique"overdose"et stérile. Diogallé(Mariama Kesso)est notre grande soeur pour laquelle j`ai énormément de respect et d`affection.En dehors de ça,nous nous sommes culturellement inspirés d`elle!Malgré le décalage générationnel,elle n`a jamais dresssé de barrière entre nous,lorsque nous étions adolescents.Intelligence,simplicité,gentillesse,fraternité,...cimentent l`esprit de notre grande soeur.Je suis convaincu que ce nouveau roman connaîtra un grand succès!!!Trève de commentaires,j`ai hâte de lire"Awa Bèla",...comme le dit si bien ma nièce Valentina. Grand merci à mon grand frère Sidoux!!!Salut à mon petit frère Latif!Un peu de douceur et de tendresse dans ce monde de conflits... Alpha Rafiou(Lyon)
Valentina, mercredi 27 mai 2009
J`aimerais bien lire ce livre, je sais deja qu`il me fera revivre mon enfance au Fouta.Est-il deja publie en France? J`en profite pour feliciter Mme Diallo et pour saluer tonton Sidou et les familles respectives.Valentina
Kourouma, mardi 26 mai 2009
Quand es ce que le roman sera en vente à Conakry? Bravo Madame Kesso, vous tracez la voie pour démocratiser le metier de romancière chez la guinéenne.
Baldet Ibrahima dit Bis, lundi 25 mai 2009
J`ai lu le roman de Mariama Kesso Diallo et je dois avouer que c`est un ouvrage captivant; on ne se lasse pas de la première à la dernière ligne; la société peule et ses coutumes ancestrales sont décrites avec un sens de l`observation peu commun; l`écriture est fluide et l`auteur fait preuve d`un sens du suspense qui tient le lecteur en haleine pendant tout le parcours de l`ouvrage. Je conseille la lecture de ce beau roman à tous. Tout à fait d`accord avec Sidoux que cet ouvrage méritait une publication dans une grande maison, mais qu`à cela ne tienne, un bel ouvrage aura toujours la consécration qu`il mérite.
Latif Poreko Diallo, lundi 25 mai 2009
Mon cher frere Sidoux, Je te remerci encore une fois pour le respect et la consideration que tu portes a ma famille dont je suis le plus jeune. Certe tu ma pas vu depuis plus de 25 ans et je me rappel toujour de ton dernier sejour a Labe ou tu etais venu de Dalaba saluer mon Feu Pere El Hadj Thierno Poreko. Soit rassurer que nous t`aimons tous et apprecions a sa juste valeur tout ce que tu fais. Je te lis particulierement sur Guineeactu.com et unitile de mentionner que tu ecris bien. Et je me join a Hadja Kesso (Giogalle) pour te dire aussi que c`est avec reel plaisir que j`ai lu ton analyse sur son Roman Awa Bella la Fille du reve. Encore une fois merci. Ton Frere Latif Poreko Diallo Columbus, Ohio USA.
kesso diallo, dimanche 24 mai 2009
Cher Sidoux, C`est avec un réel plaisir que j`ai lu l`extraordinaire analyse que tu as faite de mon roman Awa Béla, la fille du rêve. Je t`en remercie très sincèrement. Je suis flattée que tu aies aimé ce conte de fée, comme tu l`as si bien qualifié. Encore mille merci à toi, à ma soeur Adjidjatou et à toute l`équipe de Guineeactu pourl`intérêt particulier accordé à mes écrits et aussi pour la publication et la promtion de cet ouvrage. Meilluers pensées à tous. Sophie

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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