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La Cour des comptes de France a rendu son rapport d'audit des différents marchés engageant l'État, au cours des deux années de la Transition qu'a connues la Guinée. Plus qu'un réquisitoire, ce rapport met à nu, la gabegie financière à laquelle s'étaient adonnées les autorités de la Transition.
"Les engagements au titre des marchés publics validés par la direction nationale des marchés publics se sont élevés à 3700 milliards de GNF en 2009, puis à 9900 milliards GNF en 2010" d'après les résultats des enquêtes menées par les experts de cette grande institution.
"Sur un échantillon de 82 marchés examinés, engageant l'État pour plus de 9000 milliards de GNF, seuls trois ont fait l'objet d'un appel d'offres, alors que tous dépassent le plafond autorisé pour traiter de gré à gré" indique, cependant, le rapport de la mission.
Dans le même ordre d'idée, note le rapport de cette institution, "une part importante des 82 marchés examinés ne comporte d'ailleurs pas de coûts unitaires, voire même de devis ou sont trop sommaires pour une analyse économique utile. Nombre d'entre ces marchés ont régularisé des commandes, voire des livraisons, antérieures à leurs notifications."
617 marchés ont été enregistrés en 2009 et 2010 par la Direction nationale des marchés publics. Les auditeurs de la Cour des comptes de France estiment à cet effet que "le gel de ces marchés s'impose d'autant plus que l'État a une connaissance incomplète du montant de ses engagements".
"L'État est incapable de connaître le niveau de ses engagements. Le niveau de réalisation des commandes de l'État n'est pas mieux maitrisé. Il en va de même quant à la connaissance imparfaite du montant cumulé des paiements" affirme la mission d'audit de la Cour des comptes de France dans son rapport.
D'après ce rapport, "Des visites au terrain ont permis de constater que des chantiers étaient au stade de la première pierre, malgré les avances et les acomptes. Les avances de démarrage ne sont suivies d'aucun début d'exécution. Inversement, des chantiers commencent sans acomptes versés aux fournisseurs".
"En l'absence de comptabilité de stocks, l'État n'est par ailleurs pas en mesure de suivre l'emploi des biens acquis" ont constaté aussi les auditeurs de la Cour des comptes de France mandatée par Alpha Condé pour étaler au grand jour la mal gouvernance de Jean Marie Doré et de son équipe.
Selon les conclusions de la mission d'audit de la Cour, "le coût des prestations varie de manière considérable et techniquement inexplicable. Un marché de 345 milliards de francs guinéens correspondrait seulement à 90 milliards de travaux à réaliser".
Dans le cadre du processus de réengagement de la Banque Mondiale et du FMI en Guinée, estime-t-on, il est nécessaire, voire indispensable, de procéder à un redressement des finances publiques à travers une réduction drastique des engagements de l'État.
Pour ce faire, la Cour conseille que "les manquements à la réglementation soient sanctionnés d'autant plus fermement que toutes ces pratiques irrégulières sont notoirement connues et tolérées". "Le budget 2011 devrait comporter une ligne de provision destinée à financer l'audit des opérations en cours et les éventuels litiges" conclut-elle.
A noter que d'après le rapport de cette mission d'audit , "l'État pourrait dégager une marge de manœuvre budgétaire, annulant ou étalant la charge que représentent les différents marchés publics approuvés par le ministère des finances en 2009 et 2010.
Heinan Goba de Conakry www.guineeactu.com
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