vendredi 10 avril 2009
Manipulation ou mobilisation ?
Moïse Sidibé

Le 29 mars passé, le stade du 28 septembre était plein comme un œuf, une manifestation de jeunesse des cinq communes de Conakry pour faire un état des lieux et exposer leurs problèmes au CNDD de vive voix et demander l’étirement du chronogramme proposé par les forces vives.

Comme on le voit, deux camps sont désormais en présence et Dadis est bien prudent de ne pas couper la poire en deux. Sa dextérité ne sera pas mise à l’épreuve, il a préféré donner sa langue au chat en demandant un forum national.

Comment éviter le « jamais deux sans trois » ? On a encore à l’esprit ce qui était arrivé à Sékou Touré et à Lansana Conté. Les oppositions internes et l’adversité de l’extérieur avaient conduit à la radicalisation des régimes politiques. Les conséquences sont connues. La Guinée recommence à faire de la politique, comme en 84, avec les mêmes opposants et les mêmes acteurs politiques.

En attendant de trouver voies et moyens d’éviter un autre sur place, essayons d’analyser les forces en présence. Et nous prévenons que les positions sont très tranchées, elles frisent l’affrontement et les invectives. Ainsi, élection en 2009 d’un côté et 2010 de l’autre. Les partisans du camp de 2010 font assez de vent mais on a peu entendu les forces vives qui veulent vite bouter les militaires hors de la vie politique et qui parlent de manipulation de la jeunesse.

Pour les thuriféraires et plus royalistes que les forces vives, pour ceux qui défendent bec et ongle que les militaires doivent débarrasser le plancher en fin 2009, les jeunes, ou ceux qui étaient au stade, ont tous été manipulés par les mêmes vieilles personnes omniprésentes depuis tous les gouvernements passés, toujours prêtes à retourner la veste et qui ne vivent que de pareilles situations. Démagogues dans le caractère, ils ont su renverser et s’emparer de toutes les situations pour prendre la Guinée en otage. Ils ont passé tout leur temps à organiser des mamayas, des matches de football pour extorquer les hommes d’affaires, les sociétés et entreprises privées de la place, des ministres et des courtisans.

Au niveau de la culture et de l’organisation des spectacles et des grandes cérémonies, ce sont toujours les mêmes ! Ce sont les mêmes qui ont poussé Lansana Conté à ce fameux septennat de malheur. Selon les mêmes personnes, il n’y a pas que le CNDD qui soit capable de faire ce qu’ils sont en train de faire. Tout autre Guinéen serait aussi à mesure d’en faire autant. Et puis, s’il faut attendre encore deux ans à subir chaque soir les sarcasmes, les hâbleries, les battologies, les glossolalies et les digressions d’un insomniaque, d’un illuminé qui se prend déjà pour un chef absolu et infaillible, c’est à devenir fou. Rien qu’à voir l’obséquiosité de son entourage vis à vis de sa personne affublée en si peu de temps de titres ronflants…c’est exactement de la même façon qu’on a fabriqué les dictateurs en Guinée. Trop, c’est trop !

De l’autre côté, dans le camp opposé, l’on pense que ceux qui sont si pressés sont des gens qui ont des personnes dans les liens quelconques de la culpabilité ; ce sont des gens qui faisaient partie de la nomenklatura passée et empêtrés dans toutes les magouilles bien enfouies, indécelables à court terme mais avec le temps et le déballage, tout risque d’être mis sur la place publique, il faut éviter ce fait en mettant la pression sur les militaires et les divertir. Il y a aussi des opposants qui sont bientôt atteints par la limite de l’âge, et deux ans encore sont une éternité.

Par ailleurs, des personnes expropriées et spoliées de leurs terres, de leurs immeubles et d’autres biens et qui attendent réparation, ne sont pas pressées de voir partir les militaires, qui sont en train d’abattre un travail de titans en récupérant tous les domaines de l’Etat bradés sur toute l’étendue du territoire national. A part ce qu’on vient de voir au niveau de la Fonction Publique avec le recrutement sur-gonflé des agents de police, il faut aller encore voir sur le fichier de l’administration générale quand deux personnes figurent sur un même arrêté d’engagement, comment expliquer que l’une soit devant l’autre au point de vue indice, échelon ou grade et même hiérarchie. Il y a eu magouille profonde. Ce sont des malversations administratives difficilement décelables dans la précipitation, il faudrait du temps nécessaire, sans compter les fictifs indétectables, sans…

Ensuite, pour le citoyen lambda, pourquoi se précipiter alors que le pays n’est pas encore sorti de l’ornière ? Il n’y a pas question de vie ou de mort ! Il faut une restructuration de fond en comble de la justice, de l’administration et de l’armée et donner une morale aux hommes de troupe. Tout cela nécessite du temps. Allons demander au Sénégal en combien de temps il a mis sur pied une armée républicaine ? Ce qu’il faudrait éviter à tous prix, c’est une répétition des coups de force de l’armée. Il ne faut pas que cette armée reprenne ses vieilles habitudes de 2007 et 2008 ! Si l’on est pressé de dégager ces militaires qui ont donné leur parole de rendre le pouvoir propre au moment opportun, c’est un suicide.

 Entre ces deux oppositions, ce qu’il faut ressortir c’est que les arguments se choquent. Mais si, après cinquante ans, les Guinéens ne sont pas fatigués de jouer à la politique, ils risquent de se faire plus mal cette fois que jamais.

 Mais, quelle différence entre mobilisation et manipulation ? On pourrait dire mobilisation dirigée ou guidée, puisque cette rencontre au stade du 28 septembre n’était pas spontanée, comme le prétendent les organisateurs. Il y avait des T-shirts frappés d’effigies du CNDD, à la tête il y avait le gouverneur de Conakry. Les partis politiques affirment posséder les filières de financement de cette manifestation, soit, mais en quoi il y a mal ? Le Parti de Mamadou Sylla l’UDG est en train de racheter tranquillement les militants et électeurs du PUP et de toutes obédiences pour grandir son écurie politique. N’est-il pas dans ses droits, puisque rien ne lui est dit ? Et si l’on peut racheter toute la jeunesse de Guinée, c’est une manipulation géante, une mobilisation et chacun sait que toute mobilisation nécessite des dépenses y afférentes.

En toute réflexion, les forces vives ont pu déjà mesurer la température sociale. La majorité des Guinéens est pour que le CNDD continue jusque en 2010, comme il l’avait prévu. Il ne sert à rien de vouloir pinailler, chipoter, ergoter, tergiverser, vétiller et chicaner sur une chose entendue. La légitimité dont se couvrent certains des forces vives ne les recouvre plus. Rien n’est plus changeant que la légitimité populaire, de même que le soutien ou la désapprobation du peuple. C’est cela, l’hystérie convulsive qui a fait des révoltes qui se sont effritées ou qui ont continué en révolution. C’est pourquoi il faut tout faire pour éviter le retour du boomerang. Manipuler le peuple est un exercice laborieux et périlleux.

Tous les Machiavels de la rue l’ont fait, à un moment ou à un autre. L’Homme de Dixinn Bora avait dit que si certains se trouvaient à sa place, avec ce qu’il avait subi, ils auraient fait « kiri-kiri » (hara kiri) mais que lui, en homme déterminé, il sera président en Guinée. Tous les moyens sont bons pour gagner le pouvoir, même avec de l’argent, pourquoi pas ? Si c’est un rêve, ne le réveillons pas !

Enfin l’UNAMGUI (Union nationale des artistes et musiciens de Guinée) vient de faire irruption à notre rédaction pour exposer ses misères. L’UNAMGUI demande l’audit de la culture et la tête de certains prédateurs de la culture en Guinée depuis plus d’un quart de siècle. Le gros du problème est dans les enracinements et l’affinité entre l’actuel ministre de l’information et de la culture et ces prédateurs. La question qui se pose est de savoir comment le « JMJ, Bal du Samedi soir » va larguer ses amis d’hier qui se sont couverts d’opprobre aux yeux des artistes bien mal en point et qui demandent aussi une brigade de répression du piratage qui les empêche de vivre de leur création. Ils demandent en outre l’audit de Syliphone, du BGDA et des fonds alloués au cinquantenaire, qui s’élèveraient à Un milliard cinq cents millions que se sont partagés les membres de la direction nationale de la culture et des miettes à quelques artistes choisis par affinité...

D’autant qu’on y est, pourquoi ne pas auditer également le Syli National ?

Comme on le voit, les problèmes sourdent de partout, et ils ne sont pas tous énumérés ici. Il faut un temps raisonnables pour ne pas se retrouver à la case départ, mais pour cela il faut un bon sens et une raison bien gardée pour ne pas tomber dans des répétitions qui ont été vues après l’indépendance et après 3 avril 84.

Le 23 décembre 2008 va-t-il tomber comme un fruit sec, à l’identique des précédents ?

La question reste en l’air !

A la revoyure !



Par Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Bangaly Traore, samedi 11 avril 2009
Quand est-ce qu`on va voter en guinee? j`espere qu`on pourra le faire cette annee09,la communaute internationale estiment que les elections presidentielles sont encore techniquement possible en 09,et appellent toutes les parties a prendre toutes les mesures necessaires aux fins de s`assurer que les elections credibles se tiennent comme promis.tout ce que nous voulons,c`est la consolidation de la democratie en guinee,parce que c`est la selue voie du developpement d`une nation.NB:le peuple ne peut plus accepter une autre dictateur en guinee,donc il est temps et necessaire d`organiser les elections.vive l`unite nationale,vive la justice.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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