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Le représentant de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RHADO) en Guinée, Mamady Kaba pense que cette élection est une occasion à saisir pour renvoyer les militaires dans leurs casernes. Interview…
L’Indépendant : Quels sont vos sentiments après la tenue de la première élection libre en Guinée ?
Mamady Kaba : Bonjour ! Mon sentiment est un sentiment de satisfaction à plusieurs niveaux, parce que quand on jette un regard sur l’histoire récente de la Guinée, on comprend que le peuple de Guinée a consenti d’énormes sacrifices pour que nous arrivions là et beaucoup de combats ont été faits, beaucoup de résistances, beaucoup de risques ont été pris, y compris par vous-mêmes les journalistes guinéens qu’on doit vraiment féliciter, et beaucoup de morts, beaucoup de blessés, beaucoup de femmes violées, beaucoup d’humiliations, le pays a été rabaissé et une image très négative a été donnée au pays et à sa population. Et aujourd’hui nous avons le sentiment que l’aboutissement de tout ce combat qui est aujourd’hui la tenue de ces élections libres et transparentes. Et nous souhaitons que les choses se terminent comme tout le monde le pense, c’est à dire dans les meilleures conditions. Et que le président issu de ces élections- là, soit le président tous les Guinéens, un président accepté par tous les Guinéens, un président que toute la Guinée et la communauté internationale pourraient accompagner dans l’accomplissement de la mission qui va lui être confiée.
La Rhaddo a-t-elle participé à l’observation électorale ?
Bon nous avons été accrédités comme tels pour l’observation, nous avons eu deux laissez- passer et c’est avec ces laissez- passer que nous avons circulé tant bien que mal, nous avons observé l’environnement et le climat qui régnait dans les bureaux de vote et tout ça. Mais nous avons à cause d’une absence un peu prolongée durant ces derniers temps, nous n’avons pu nous constituer pour quand même obtenir une accréditation formelle pour nous permettre de fouiller dans les détails, l’organisation des élections.
Pensez-vous que ces opérations se sont déroulées sans irrégularités ?
Non, je ne pense pas comme ça, je sais qu’il n’y a jamais eu d’élections en Afrique sans irrégularités, mais ce que nous souhaitons, qu’il y ait une volonté manifeste de favoriser ou de défavoriser un autre, n’existe pas. C’est notre préoccupation si ce sont des irrégularités qui ne remettent pas en question la crédibilité du scrutin, je pense que chacun doit pouvoir recourir aux voies légales de réclamation et aussi je pense que les leaders Guinéens seront à la hauteur de la situation, qu’ils ne mettront pas en péril ce qui a été acquis dans le dans le sang.
Près de 72h après le vote, il n’y a toujours pas de résultats. Chose qui commence à éveiller des soupçons de manipulation des urnes pouvant déboucher sur des confrontations. Qu’en pensez-vous ?
Je suis très triste parce que j’apprends ces dernières 24 h, que des leaders politiques montent au créneau pour dénoncer une fraude, disons des fraudes ; ça c’est très regrettable et inacceptable. Il faut bien que la lumière soit faite surtout, parce qu’il ne sera vraiment pas acceptable que pour des raisons de fraude, un candidat soit défavorisé par rapport à un autre. La Guinée et les Guinéens ne l’accepteront pas. Tous les sacrifices qui ont été consentis, c’était pour que l’opportunité soit donnée au peuple de Guinée de choisir librement ses dirigeants alors que d’autres ne vont pas tarder de le faire à sa place. Je souhaite bien que ça soit des irrégularités liées à l’imperfection du scrutin et au retard de la structure démocratique de notre pays, mais je serais très révolté à l’idée que ça été planifié pour défavoriser un candidat par rapport à un autre ou simplement pour favoriser un autre. Nous ne l’accepterons pas et nous dénoncerons ces pratiques là, une fois que nous en aurons les preuves.
Certains observateurs trouvent que la CENI n’est pas au dessus de tout soupçon.
Partagez-vous cet avis ?
Bon personnellement, je n’ai pas d’information qui me permet de remettre en cause la crédibilité de tel ou de tel, personnellement je suis très optimiste et jusqu’à l’instant présent, j’essaye de croire que la CENI est neutre. Parce que c’est ce que le peuple attend d’elle, la neutralité la plus absolue. Mais si jamais, nous constatons que des prises de position en faveur d’un candidat ou contre un autre est prouvé, je pense que ça serait regrettable ; et tout le monde devrait prendre ses responsabilités pour que les responsables répondent de leurs actes.
Avez-vous pu rencontrer les candidats à cette présidentielle pour leur prodiguer des conseils personnellement ?
Pour des raisons de santé et la faiblesse des moyens de déplacement, je suis un peu immobile, mais Alioune Tine mon collègue de Dakar a rencontré je pense, deux ou trois leaders auxquels il a prodigué d’utiles et sages conseils, mais nous avons exprimé des préoccupations dans ce sens et dans la presse et aussi dans divers canaux de communications. Je pense que nous continuons d’interpeller les candidats par rapport à leurs responsabilités, mais encore il faut souligner que des irrégularités ne doivent pas être des manœuvres sciemment organisées pour ou contre un candidat.
Dans tout ça croyez-vous que l’armée est prête à se retirer complètement du jeu politique ?
Je pense que c’est le peuple qui est entrain de pousser l’armée à retourner dans les casernes, sinon après plus de 20 ans d’exercices, vous comprenez que l’armée a encore l’appétit du pouvoir, c’est vu la détermination du peuple de Guinée, l’ardeur au combat du peuple, que l’armée s’est résolue finalement à rendre le pouvoir aux civils ; donc vous comprenez que c’est pratiquement à contre - cœur que l’armée va retourner dans les casernes et laisser l’exercice du pouvoir politique à des civils ; maintenant étant conscients de ça, les leaders doivent être à la hauteur de la situation et faire en sorte que des prétextes ne soient pas donnés à l’armée de retourner et reprendre le pouvoir pour l’exercer contre la volonté du peuple. Il faut que les civils, cette fois-ci que nous nous donnions la main, pour tenter de sauver l’essentiel en privilégiant l’intérêt supérieur de la nation. C’est à dire consacrer d’abord le retour définitif de l’armée dans les casernes et ensuite faire face aux guerres de positionnement et querelles de personnes s’il y’en a, mais pour le moment je pense que notre combat, c’est le combat des martyrs, ceux qui ont donné leur vie pour que la Guinée arrive jusque- là. Il faut bien que nous puissions couronner ce combat de succès, en faisant en sorte que le peuple choisisse librement son candidat, et que le pouvoir civil qui sera mis en place travaille avec tous les autres pour construire un Etat de droit solide, une démocratie respectable et un pays émergeant parce que c’est possible, et nous en avons les moyens.
Propos recueillis par Kadiatou Barry & Boubacar Bah L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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