mercredi 24 février 2010
Mamady Kaba, président de la RADDHO : « Cette fois-ci nous espérons que la CPI va prendre ses responsabilités »
Mamady Kaba

Après la visite de la Procureure adjointe de la CPI (Cour pénale internationale) en Guinée pour rencontrer les autorités judiciaires afin d’évaluer leurs capacités à juger les massacres du 28 septembre dernier, qualifiés de « crimes contre l’Humanité », notre reporter a rencontré Mamady Kaba, président de la section guinéenne de la (Rencontre africaine des droits de l’Homme) RADDHO, pour dresser un bilan de ce séjour.

Le Démocrate : La Procureure adjointe de la CPI (Cour pénale internationale), vient de boucler une visite de 4 jours à Conakry, en tant que président de la RADDHO Guinée (Rencontre africaine des droits de l’Homme) pouvez-vous nous dire quel a été le bilan de ce séjour de Madame Bensouda ?

Mamady Kaba : Le bilan a été très positif, il n’était pas du tout surprenant, parce que le mercredi 17 février 2010, la commission qui a précédé Madame le procureur adjoint nous a rencontré au siège du PNUD, il y avait pratiquement l’essentiel des organisations des droits de l’Homme en Guinée, des avocats, des magistrats, où nous avons eu quelques heures de discussion avec la commission qui portait sur deux points essentiellement. Le premier point était de prouver que les crimes commis le 28 septembre 2009 étaient effectivement des crimes contre l’Humanité, ensuite le second point consistait à démontrer si la justice guinéenne est capable d’apporter des réponses à ces crimes en termes de justice. Il s’est trouvé que tout ceux qui étaient présents, les avocats, les magistrats, les victimes etc. ; ont conclu unanimement que ces crimes relevaient effectivement de la catégorie de crimes qualifiés de crimes contre l’Humanité. Nous avons apporté toutes les preuves que nous avions sous la main, ensuite le résultat des enquêtes de Human Rigth Watch, de l’ONU. C’est avec tout cela que nous sommes parvenus à conclure qu’effectivement c’était des crimes contre l’Humanité. Ensuite les magistrats présents sont parvenus à démontrer toutes les défaillances dans le système judiciaire guinéen.

Effectivement en parlant de justice, êtes- vous sûr que la justice guinéenne pourra relever le grand défi, qui sera de faire la lumière sur la répression des évènements du 28 septembre dernier, qualifiée de crimes contre l’Humanité ?

Je pense que même les autorités du pays n’ont pas pu prouver à la commission qu’elle était capable de faire la lumière sur ces crimes. Les défaillances de la justice guinéenne sont à tous les niveaux. Tout le monde sait que la justice n’est vraiment pas indépendante, elle est toujours sous ordres. Pour preuve, récemment on a vu le ministre des services spéciaux Lt Colonel Moussa Tiégboro convoquer Doura Chérif, le président de la cour d’appel. C’est dire combien le pouvoir politique en Guinée a une main mise sur la justice de ce pays. Si cette justice n’a pas pu régler les tous petits problèmes enregistrés çà et là, je ne vois pas comment elle pourra relever un défi aussi énorme en jugeant des crimes qualifiés de crimes contre l’Humanité. En janvier et février 2007, nous avons eu confiance en cette justice, en chassant les préjugés de nos esprits. Nous avons vu le résultat, elle n’avait fait que consacrer l’impunité, l’apologie du crime. Donc cette fois-ci nous espérons que la CPI va prendre ses responsabilités.

Beaucoup d’observateurs pensent que le président par intérim, le Général Sékouba Konaté ne devrait pas accepter de reconduire le ministre de la justice, le Colonel Siba Lohalamou, qui est un proche du Capitaine Dadis et qui fera tout pour empêcher qu’on fasse la lumière sur ces crimes, qu’en dîtes-vous ?

Nous pensons que le Général est en train de faire des vœux pieux, nous ne pensons pas qu’il est très sincère dans ce qu’il est en train de promettre, parce que nous constatons qu’on est en train de voir les prémices de ce qui nous est arrivé avec le Capitaine Dadis. Ce qui était promis est en contradiction avec ce qui se passe sur le terrain. Quand on dit qu’on veut rompre avec l’impunité, qu’on veut aller vite vers un Etat de droit, vers les élections et qu’on veut soulager le peuple et qu’on maintient des officiers du Cndd proches du Capitaine Dadis qui sont accusés de crimes contre l’Humanité dans des ministères aussi sensibles qui sont celui des services spéciaux et celui de la sécurité présidentielle, nous nous disons que le Général n’est pas en train de mettre toutes les chances de son côté pour réussir le défi de la mission qu’il s’est lui-même assigné. Le peuple est en train de l’observer, mais au fur et à mesure que les actes sont posés nous devenons de plus en plus inquiets par rapport à l’évolution de tout ça.

Est-ce que le Général n’a pas reconduit ces personnes dont vous faites allusion dans le souci de jouer à l’apaisement ?

Moi, j’ai entendu le premier Ministre Jean Marie Doré dire qu’aucun ministre accusé de crimes ne sera dans son Gouvernement, ensuite quiconque sera épinglé par la justice sera débarqué. Nous sommes d’accord avec le souci d’apaisement, mais nous notre préoccupation majeure est qu’il accepte de coopérer avec la justice internationale au cas où un mandat d’arrêt sera lancé contre un des accusés. Nous attendons que toutes les chances soient mises cette fois-ci du côté du peuple pour qu’on sorte de l’impunité.

Est-ce à votre avis la CPI pourra suivre ce dossier à partir de la Haye ?

 Oui nous sommes très confiants. Rien ne prouve que la CPI ne puisse suivre l’évolution de ce dossier à distance. Nous attendons qu’elle aille au bout de sa volonté de rendre justice, pour que la Guinée puisse enfin connaître la justice et que l’impunité ne soit pas la règle de gouvernance dans ce pays.

Etes-vous toujours en contact avec les victimes de viols qui sont en dehors de la Guinée comme au Sénégal par exemple dans vos différentes démarches de soif de justice ?

Nous sommes en contact avec toutes les victimes et tous les témoins qui continuent de faire l’objet de menaces de toutes sortes. Nous tentons de gérer tout çà. Nous demandons aux nouvelles autorités de nous aider à protéger ces personnes et qu’il y’ait des efforts pour que ceux qui profèrent des menaces soient arrêtés et mis hors d’état de nuire.


Propos recueillis par N’Diaré Amadou
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
sow cheikh, mercredi 14 juillet 2010
les organismes de defense des droits de l"homme ont certes besoins du soutien des institutions internationales,mais il me semble qu`il ya un travail de sensibilisation tres important a faire en amont.il est plus facile de prevenir les conflits que de les reglementer. Alors vous avez du boulot!
Sékou Oumar Camara, jeudi 25 février 2010
Nos compatriotes se font violenter et massacrer, tous les jours, de Conakry à N`Zérékoré, en passant par Siguirini, on nous demande rien de moins que de préférer la PAIX à la JUSTICE. Mois je dis: OK, alors foutez-nous la paix! Que ce que vous attendez?
MBD, jeudi 25 février 2010
Chers compatriotes Guinéens cette fois soyons tous unis pour lutter contre l´impunité. Que ces criminels soient traduits a la Justice internationale car nous savons tous que en Guinées les juges sont soitdependants du pouvoir ou menacés. Nous avons comme la comission nationale d´enquète a une fois encore humilié les victimes survivants du 28 Septembre. S´il va falloir faire une marche pour qu´ils soient traduits a la Haye, faisons la pour éliminer l´impunité dans notre pays. Car meme s´ils sont jugés en Guinée, ils ne vont jamais purgés leur peine, ils seront libérés juste après le verdict. Nous savons comment est la Guinée sur ce plan. Nombreux assassins ont été libérés et continuent de passer et repasser devant les parents des victimes qui reçoivent meme des menaces de la part de ces criminels. A bas l´impunité, vive la justice et la paix. Que Dieu Bénisse les Guinéens Compatiotes, Amen!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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