mardi 2 décembre 2008
Mamadou Aliou Barry, écrivain, chercheur et président de l’ONDH : « La jeunesse est manipulée par les différents partis politiques ou clans qui se concurrencent »
Mamadou Aliou Barry

Le non respect des droits de l’Homme demeure encore une triste réalité dans notre pays, et les ONG de défense des droits humains ne manquent pas de dénoncer souvent certaines exactions commises sur des citoyens par des hommes en uniforme, lors des manifestations populaires surtout. Avec la mise en place récemment d’un Observatoire National de la Démocratie et des Droits de l’Homme par le gouvernement guinéen, de nombreux observateurs espèrent que de telles pratiques vont s’amenuiser voire disparaître. Mamadou Aliou Barry, écrivain, chercheur et président de l’ONDH apporte un éclairage sur le rôle de cette institution. Interview…

Le Démocrate : Pouvez-vous nous définir les objectifs de l’Observatoire National de la Démocratie et des Droits de l’Homme que vous dirigez ?

Je m’appelle Mamadou Aliou BARRY. Je suis à Conakry depuis mars 2008 pour mettre en place un observatoire national de la Démocratie et des Droits de l’Homme qui a été créé par un arrêté du Premier Ministre depuis le 12 juin. On vient d’avoir notre siège ici à Conakry et on va commencer à déployer notre plan d’action. L’Observatoire National de la Démocratie et des Droits de l’Homme comme son nom l’indique c’est une institution créée par le PM par arrêté, mais qui a une autonomie financière et administrative indépendante dont l’objectif principal c’est la promotion et la protection des Droits de l’Homme en Guinée. Quest-ce à dire, cela signifie tout simplement, je crois personnellement que tout part de l’école, de l’éducation ; c’est à partir de l’école qu’on forme les futures graines de la Guinée. Donc notre plan d’action essentiel va être axé sur l’introduction de la matière « Droits de l’homme » dans le système éducatif guinéen du Secondaire jusqu’aux Universités. Et le deuxième plan d’action qui, lui, reflète la situation guinéenne, c’est la formation des forces de défense et de sécurité et la police sur les problèmes de protection des Droits Humains. Voilà grosso modo résumé l’objectif essentiel de l’observatoire National de la Démocratie et des Droits de l’homme.

Avez-vous déjà démarré vos activités sur le terrain ?

On vient depuis cette semaine d’acquérir des nouveaux locaux et on attend une dotation budgétaire. Pourquoi on a demandé une dotation budgétaire ? C’est parce que si le gouvernement a eu la volonté de mettre en place un observatoire, il faudra qu’il aille au bout de la logique. Pour le démarrage, on a demandé un budget d’installation et de fonctionnement. Et notre première action après le lancement de l’observatoire, c’est à partir de début décembre. Nous allons installer l’observatoire sur l’ensemble du territoire national. On commencera d’abord par les 8 gouvernorats où on mettra au niveau de chaque gouvernorat un coordonnateur régional et au niveau de chaque préfecture un correspondant préfectoral. Parce qu’on a l’intention de sillonner tout le pays afin d’avoir des rapports périodique sur l’état des Droits de l’Homme en Guinée. Et une des actions qu’on va faire dans les prochains jours. Nous profiterons du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui a été faite à Paris le 10 décembre 48. Donc le 10 Décembre prochain, c’est le 60ème anniversaire. Nous allons organiser un colloque, très certainement au palais du peuple à la salle des congrès, sur le thème «Justice et Droits de l’Homme » en Guinée. Et nous pensons démarrer aussi les activités, comme je disais tout à l’heure, sur l’introduction de l’éduction de la matière « Droits de l’Homme » dans le système éducatif avec l’arrivée d’experts de la Francophonie qui vont nous appuyer, à partir de la 3ème semaine du mois de décembre. Et nous comptons effectivement démarrer nos activités le 1er janvier 2009.

Quelle lecture faites-vous de la situation socio politique de la Guinée aujourd’hui en tant qu’expert des Droits de l’Homme ?

Avant de m’occuper des Droits de l’Homme, je suis spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique. J’ai écrits quatre ouvrages, notamment un qui a été primé à Paris par le prix Lioté, c’était « La Prévention des conflits en Afrique de l’Ouest : mythes et réalités » Paris ; de par ma casquette chercheur du CNRS à Paris, j’ai beaucoup chercheurs, sillonné la région notamment la Guinée depuis quelques années. La situation guinéenne est une situation particulière par rapport aux autres pays d’Afrique pour une raison très simple, c’est lié à l’histoire du pays puisqu’il a eu 26 ans d’un régime totalitaire qui a déstructuré cette société et après on a eu 24 années de laxisme, on peut appeler cela du « libéralisme sauvage ». Ces 2 périodes associées font que la Guinée aujourd’hui est un pays, comme je le disais récemment à des journalistes, auprès duquel si on ne met pas à son chevet, il va inexorablement basculer vers une instabilité politique qui peut déboucher sur une crise politique grave. La situation socio politique de la Guinée m’interpelle beaucoup. Parce que voilà un pays, d’ailleurs je suis très choqué quand on me parle en disant que la Guinée est un pays riche en sol et en sous-sol. C’est grave quand on voit l’état du pays, c’est indécent de dire que ce pays est riche ; et il y a un véritable clivage entre la jeunesse. C’est une population très jeune. Je pense que, au moins 60 % de la population guinéenne a moins de 25 ans. Toute cette jeunesse est au le chômage est très complètement désorientée. Et rien n’est fait pour la canaliser sauf par la manipulation politique que j’observe d’ailleurs régulièrement où la jeunesse à l’occasion de chaque crise est manipulée par les différents partis politiques ou clans qui se concurrencent. La situation politique guinéenne m’interpelle beaucoup ; et je suis surpris, d’ailleurs, qu’on ne sent pas que cette situation inquiète si on est en Guinée que cette situation inquiète, à part peut-être la presse et la société civile, j’ai l’impression que la société politique et les Gouvernants se complaisent dans cette situation. Peut-être que je me trompe ; il suffit d’observer ne serait que la circulation à Conakry pour s’apercevoir qu’il n’y a plus d’Etat, j’ai vu la dernière fois, ce qui m’a d’ailleurs frappé dans un embouteillage, c’est un jeune qui est sorti de sa voiture pour réguler la circulation et à côté les policiers étaient assis sur leurs motos. C’était vraiment le symbole de l’inexistence de l’ETAT. Cette situation me rappelle la fin de règne de Mobutu ; Mobutu étant malade, les gens s’occupaient en longueur de journées à la succession et le pays était laissé sans gestion, sans Etat, sans service de Sécurité, sans police, sans service public. Quand on circule à Conakry, c’est la même image, moi, qui me revient.

Par rapport aux questions de Droits de l’homme, la Guinée est un pays qui a beaucoup de problèmes, selon vous quelles solutions pourraient-on envisager pour améliorer cette situation, pour changer les mentalités hostiles au respect des Droits de la personne humaine ?

Le domaine important du plan d’action de l’observatoire, c’est la formation des forces de défense et de Sécurité, et notamment la Police. On envisage dans notre module de formation, et là je suis entrain de faire les démarches auprès du Ministre de la Sécurité, de profiter de la formation d’une nouvelle promotion de jeunes, d’essayer de mettre sur place une police des Droits de l’HOMME. Mais pour aller en long terme sur le problème des Droits de l’Homme en Guinée, je pense qu’il faut jouer sur deux axes, il ne faut pas oublier le passé, là je pense qu’il y a beaucoup d’associations qui travaillent là-dessus, il y a un devoir de mémoire qui doit être fait dans ce pays, pour que les futures générations sachent ce qui s’est passé dans ce pays. Mai aussi il faut se projeter dans l’avenir, et dans l’avenir, c’est de former les jeunes. Il est absolument indispensable pour l’observatoire, et ça j’y tiens beaucoup, qu’on puisse introduire la formation aux Droits de l’Homme dans le système éducatif guinéen pour permettre aux jeunes de demain ne pas récréer les conditions de violations actuelles des droits de l’HOMME ; et là je crois beaucoup à l’école et à la formation.

Monsieur Barry, pouvez-vous nous parler de votre dernier livre qui vient de paraître chez l’Harmattan?

Je viens de publier un quatrième ouvrage aux éditions l’harmattan sur le commerce moderne des armes en Afrique « données chiffrées circuit acteurs. Ce livre est le produit de différentes recherches sur les zones de conflits en Afrique où je m’étais aperçu durant ces recherches, en fait, petit à petit, j’ai côtoyé des gens qui travaillent dans ce milieu de transfert d’armes et je cherchais à savoir est-ce qu’on peut faire une radiographie de cette activité lucrative qui est le commerce des armes. Dans ce livre, je donne par pays pratiquement des données chiffrées qui n’existaient pas sur les dépenses militaires des différents pays d’Afrique, notamment ceux qui sont en conflit. Un pays comme la Guinée, elle a des dépenses militaires bien plus élevées que les dépenses sur l’éducation. Cela m’avait frappé. Et la deuxième partie qui est la plus importante. Je décris le circuit de transfert d’armes vers l’Afrique. Grosso modo, pour résumer, vous avez deux marchés principaux : le marché licite, le transfert normal et le marché illicite, les spécialistes appellent cela le marché gris ou le marché noir. Dans ces différents marchés, je me suis aperçu d’abord que l’Afrique n’importe pas de matériels lourds parce que les capacités financières des Etats Africains ne permettent pas l’achat d’armement lourd, mais vu la conflecture du continent, le nombre de conflits, les marchands d’armes se sont aperçus qu’il y a un véritable marché pour l’armement léger qui correspond exactement aux besoins des rebellions ou des Etats; donc là je décris le dernier procès de l’Angola gate que j’ai suivi à Paris récemment où j’ai rencontré quelques fournisseurs d’armes ; cela montre clairement le circuit d’armes. Dans le livre, j’ai décrit le véritable circuit des armes en Afrique, notamment tout le transfert. Et la deuxième chose que j’avais observée que les Nations Unies commencent à prendre en compte, c’était la fabrication artisanale. En passant au Nord du Mali, je me suis aperçu et ça m’avait frappé de voir les forgerons fabriquer vraiment les culasses de PMA-4 et qui fournissait pratiquement toute la rébellion Touareg. Et le même marché se retrouve en production artisanale dans le Nord du Bénin, et dans une grande région du Ghana. Donc, tout ça mis en ensemble, à mon avis, s’il n’y a pas de stabilité en Afrique, l’Afrique restera longtemps un marché promoteur d’armement léger.

Propos recueillis par Kalidou Barry et Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Souleymane, Mercredi 03 décembre 2008, mercredi 3 décembre 2008
C`est dommage Mrs BARRY et BALDE d`interwiewer quelqu`un qui se dit spécialiste des droits de l`Homme sans que vous ne lui demandez la définition de sa spécialité.Vous n`êtes pas sans savoir que le terme droits de l`Homme se trouve sur toutes les lévres aujourd`hui.Je demande a Mr Mamadou Aliou BARRY de nous donner une définition des droits de l`homme pour que nous puissions les défendre enfin.On ne peut pas défendre quelque chose qu`on ne connaît pas.
Yaya, mardi 2 décembre 2008
Oui Couleur-Tropicale, c`est exactement ce qui se passe en Guinée. il faut être à conakry ou dans nos différentes régions ou préfectures pour comprendre.
Couleur-Tropicale, mardi 2 décembre 2008
Soyons sérieux ! (titre à la mode!). Peut-on réellement parler aujourd`hui de manipulation des jeunes par la classe politique ou clanique ?

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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