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Ce mardi 29 janvier, à son domicile de Matoto, le célèbre joueur de tam-tam, Mamady Keita connu sous le nom de Mamadi Djémbéföla a animé un point de presse qui a regroupé une belle brochette de journalistes de la presse nationale. Organisée à l’initiative du Directeur du Ballet national Djoliba, Ansoumane Djéssira Condé et de l’agence Kadis, cette rencontre avec les médias a été une occasion pour ‘’l’Ambassadeur’’ du djémbé d’effleurer son long et riche parcours, faire découvrir ses chefs-d’œuvre ainsi que les immenses efforts qu’il est en train d’abattre pour la vulgarisation et la promotion de la culture guinéenne à travers les cinq continents. C’est par une projection vidéo de 45 minutes environ sur l’artiste que ce point de presse a été lancé. Elle a permis aux journalistes de visionner quelques séquences de scènes du grand maître du djémbé, accompagné de son groupe « Sèwa Kan » lors de ses répétitions et de festivals auxquels il a dû participer. Sur ce film, l’épisode le plus sensationnel et le plus captivant est, sans doute, celui du festival que Mamadi Djémbéföla a organisé a Bruxelles (Belgique) à la faveur du 10è anniversaire de la création de son groupe « Sèwa Kan » et de son implantation dans ce pays. Ayant drainé plus de 15 mille spectateurs accros du Djémbé, réuni sur le même podium des célébrités comme Mory Kanté, Manu Dibango, le Gotha mondial de la percussion tels que l’inamovible Doudou Rose N’Diaye du Sénégal, Soungalo Koulibaly du Mali, Famoudou Konaté, cette fête du djémbé a été des instants pour Mamadi Djémbé d’exploser, d’étaler, à suffisance, sa prouesse et son génie dont l’étendue paraît à la fois illimitée et insondable. Une soirée à la fin de laquelle, des jeunes spectateurs blancs guidés par leur instinct grégaire venaient lui serrer la main, non pour le congratuler, mais pour se persuader s’il ne s’est pas, effectivement, travesti avec la peau noire qu’il présente. Cette réaction « hellénique » d’ailleurs plus intuitive que rationnelle est logiquement le signe patent de l’émotion que la force irrésistible du talent de l’artiste Mamadi Djémbéfôla a pu produire en eux. Au terme de la projection, il a, en effet, expliqué comment et pourquoi il lui est venu l’idée de créer, pour la première fois dans le monde, des écoles du Djémbé. Selon Mamadi, le déclic vient de la production de son film « Djémbéföla » qui a rencontré un succès retentissant et planétaire. Ce qui va susciter en beaucoup de personnes et d’artistes une fascination pour le Djémbé de par le monde entier. Vu l’anarchie dans laquelle s’effectuait l’apprentissage du djembé et, mu par le souci de préserver et valoriser la tradition, l’histoire que le djémbé traîne, Mamadi va initier l’ouverture de centre d’apprentissage à Bruxelles où les cours de djembé sont enseignés comme les sciences de la musique. Si le djembé n’est pas un instrument qui est tombé du ciel, il présente donc une histoire et subséquemment provient d’une contrée. C’est pourquoi, dira-t-il, partout dans mes écoles la présentation physique de la Guinée constitue le B A BA de cette initiation au djembé. C’est en se portant en grand défenseur de djembé, soucieux de soigner et de répandre la culture nationale guinéenne multiplie la création d’écoles de djembé dans le monde. Aujourd’hui, il est l’un des plus grands, sinon le plus grand promoteur d’écoles de djembé au monde. A ce jour, il possède treize grands centres répartis sur les cinq continents. Il en compte 6 aux USA, 2 au Japon, une en Allemagne, une au Portugal, une en Israël, 2 en France, une en Guinée. En instituant ces centres de formation au djembé, il souhaite immortaliser la culture guinéenne à travers un de ses éléments, le djembé. Ainsi dans son combat pour la pérennité de la culture, il enseigne ceci : « Acceptez de mourir autant que nous, parce que nous sommes mortels. Mais n’acceptez pour rien au monde la mise à mort de votre culture… ». Autres raisons invoquées par Mamadi Kéita pour justifier la création des écoles de djembé, c’est la volonté d’aller, dans ce monde globalisant, vers une civilisation métissée par le biais du brassage entre les cultures. Car, soutient-il, le djembé est un facteur puissant, comme toutes les autres composantes de la culture, qui rassemble et unifie les hommes de races, de sexes et de religions diverses. En dépit du rayonnement du djémbé et de la renommée dont il jouit à l’extérieur, Mamadi Djémbé Keita ne décolère pas contre les autorités de son pays d’origine, la Guinée, qui n’arrivent pas encore à satisfaire à sa demande de création d’un centre international de percussion et de la danse. Pour lui, ce centre, à l’image du MASA en Côte d’Ivoire, du Fespaco ou du SIAO au Burkina Faso, peut être pour l’économie du pays, une véritable source génératrice de recettes. A cet égard, il a rappelé les différents festivals où le ballet Djoliba tout comme les ballets africains ont, à maintes reprises, raflé des médailles d’or. D’Italie en 1967 aux Etats-Unis en passant par le premier festival panafricain d’Alger, les troupes artistiques, dira-t-il, ont toujours, mieux que les équipes sportives, collectionné des trophées et vendu positivement l’image de la culture guinéenne dans toutes les rencontres internationales. Devant la marginalisation incessante des artistes au sein du département de la jeunesse, des sports et de la culture, Mamadi Djémbé n’hésite guère à réclamer l’érection du domaine de la culture et des arts en un département entier. Il est inadmissible qu’au regard des performances avérées des artistes, la culture continue à ne pas bénéficier des mêmes intérêts et traitements que les équipes sportives nationales, s’est-il insurgé. Enfin, concernant ses œuvres, il a confié qu’elles sont réparties entre une dizaine de films et un livre que certains observateurs appellent la « bible du Djémbé ». Ces documents qui retracent la vie de l’homme ainsi que celle du djémbé sont traduits de nos jours dans toutes les langues vivantes du monde, anglais, français, chinois, allemand, japonais…. Moro Amara Camara Source : hebdomadaire L’Indépendant, Conakry, partenaire de guineeactu.com
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