mardi 21 octobre 2008
Mali : La démission d’un juge fait école

En ouvrant ma boite électronique ce Mardi, je suis tombé sur un article qui m’a été envoyé par un ami malien avec lequel j’échange souvent des vues sur nos deux républiques bananières. Apres lecture, j’ai compris que le sens de l’honneur et le respect de l’éthique républicaine existent encore, même dans les pays dits du Sud. Lisez plutôt !

Un jeune magistrat malien vient de poser un de ces actes qui peuvent nous rendre l’espoir et nous faire penser que l’Afrique n’est peut-être pas totalement perdue. Substitut du procureur de la République à Kati, dans les environs de Bamako, Malick Coulibaly a préféré démissionner, plutôt que d'exécuter un ordre injuste, donné par une hiérarchie indigne. Une affaire de recel de carcasse d’un bœuf écrasé dans la circulation. Le prévenu est un petit boucher, aussitôt placé en détention, et le plaignant, un homme d’affaires riche, donc influent.

En attendant que l’affaire soit jugée, la défense du boucher avait fait une demande de liberté provisoire, à laquelle le substitut du procureur a accédé. Mais en pleine audience, la hiérarchie a fait appeler le magistrat pour lui ordonner de faire appel d’une décision qu’il a lui-même voulue, juste pour maintenir le boucher en détention.

« Je me suis senti impuissant, dit Malick Coulibaly. Quand on ne peut pas grand-chose contre un système… moi, je préfère abandonner. »

Le courage de ce magistrat inspire le respect et trouve écho au-delà du Mali. Car la corruption des juges est un des fléaux qui gangrène aujourd’hui ce continent. Contre de l’argent ou des avantages indus, des hommes de loi laissent en liberté de parfaits criminels et maintiennent en détention ceux qui n’ont pas les moyens de payer. Même lorsque la procédure ne nécessite plus la prolongation de la détention, il est des magistrats qui ne concèdent la libération provisoire que contre des dessous de table. Certains d’entre eux, ont leurs propres commerciaux, pour démarcher les plus solvables des justiciables. Ainsi, les pistes sont brouillées, puisque les victimes ne traitent jamais directement avec le juge.

Faut-il sans cesse le rappeler ? L’exemplarité de la justice est une des conditions essentielles du développement. Et la foi du citoyen dans son pays requiert une justice fiable, fondamentale pour la démocratie.

Dans un pays normal – et l’on ne désespère pas que le Mali en soit –, c’est le supérieur indigne qui se serait retrouvé devant un conseil de discipline. Il aurait même été contraint d’aller exercer  ses talents maffieux ailleurs… Qu’adviendra-t-il, lorsque les projecteurs se seront détournés de Malick Coulibaly ? Ceux qui se sont sentis déshonorés par sa bravoure, voudront sans doute lui régler son compte. C’est là, souvent, le sort tragique qui guette ces héros anonymes qui risquent leur carrière pour l’état de droit. La vie est bien plus facile pour ceux qui acceptent de rentrer dans le jeu de la corruption.

Cependant, ce sont de tels faits anodins qui ont souvent révolutionnés l’histoire de l’humanité.

Les magistrats comme les médecins, doivent être payés en conséquence, pour éviter qu’ils versent dans l’immoralité. La corruption est devenue le sport national en Guinée. Tout le monde s’y prête, comme en témoigne la mésaventure de Mme Kaba Rougui Barry.

Pour nous en sortir, il faudra privilégier, récompenser et louer le mérite à chaque fois que des actes patriotiques sont posés, appliquer les sanctions les plus exemplaires lorsqu’il y a faute.

Cet acte patriotique du juge Coulibaly devra faire jurisprudence chez nous, que nos hommes de loi sachent qu’ils sont des hommes de lois assermentés, et qu’ils doivent dire le droit en toute circonstance et pour toute personne, peut importe le rang social ou la fonction administrative de l’accusé. Me Kéba Mbaye, ancien Président des Cours suprême et constitutionnelle du Sénégal, ancien Vice-président de la Cour de justice de la Hayes, ancien Vice-président du Comite International Olympique, qui a aussi un jour démissionné pour ne pas avoir à cautionner des fraudes électorales dans son pays disait : « Ceux qui sauveront l’Afrique sont ceux qui auront accepté avoir faim, sans se croire, pour autant, obligés de sacrifier la justice et une certaine morale au profit de leur ventre. »

Moussa Konaté
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Abdenour-Augustin BENYAHIA, jeudi 23 octobre 2008
Enfin, voici un homme digne des Anciens. Soutenons-le par une pétition. Nous n`avons pas l`habitude de lire ou d`entendre ce genre de bonne nouvelle. Pour une fois que nous avons qui fait fi à ses intérêts pour la justice et l`égalité entre toutes et tous et qui fera exemple pour le continent entier, alors allons-y ! Et cet Honorable Monsieur Coulibaly doit être connu du monde entier et non uniquement des Africains. Espérons que des Hauts Fonctionnaires pourront le suivre et honorer les Anciens et les peuples qu`ils représentent.
Cissé Oumar de Bma, mardi 21 octobre 2008
Voilà une excellente occasion de créer un comité de soutien sans frontière; Et qui sait si le fameux effet papillon, n’interviendrait pas pour « secouer » notre continent et instaurer une ère nouvelle où les ignominies seront systématiquement débusquées et démocratiquement sanctionnées. L’attitude de ce juge Coulibaly, qui a choisi de protéger la veuve, l’orphelin, le faible etc., est très périlleuse ! Avant lui, ceux qui ont voulu prendre ce chemin, avaient été marginalisés, discrédités, ruinés moralement et matériellement et souvent liquidés physiquement, parce qu’ils gênaient les combines de maffieux impitoyables. Les assassinats ‘’politiques’’ de plusieurs leaders (du tiers-monde en particulier), qui avaient rêvé de servir honnêtement leurs pays, comme ce juge Coulibaly, sont gravés à jamais dans nos mémoires. Personne ne réussira à changer le passé, en tentant d’amoindrir la portée historique d’une phrase, dont l’adversité regrette encore, qu’elle eût été prononcée devant le Général de Gaulle par quelqu’un qu’on en estimait indigne. C’est devenu la mode depuis quelque temps, d’ignorer le contexte historique, et de vilipender cette phrase pour la rendre ridicule. C’est aussi l’occasion de demander aux uns et aux autres, de rendre toute sa noblesse au mot MAMAYA qui est souvent mis depuis quelque temps à toutes les sauces, mais qui désigne des réjouissances particulières dont je suis aussi fier que les brésiliens le sont de leur carnaval.
Moussa Konate @ Toronto, Canada, mardi 21 octobre 2008
L’ancien president Botswanais Festus Mogae vient de recevoir des main de Koffi Annan le prix Mo Ibrahima pour la bonne gouvernance en Afrique . Ce prix dote de $ 5 million de dollard et d’un revenu annuel de $ 200.000 jusqu’a la fin de la vie du recipiendaire est decerné a un ancien chef d’etat qui a quitté le pouvoir depuis moins de 3 ans. Si Mogae a eu ce prix, c’est parcequ’il l’a merité. Sous sa gouvernance, le pays a connu une avancée non seulement democratique mais aussi economique. Laisser une bonne trace est la marquee des grands hommes. Je sais que l’ergumene Lansana Conté est l’alpha et l’omega du probleme guinéen, mais ce que je ne comprend, c’est le silence coupable des presidents des deux plus hautes institutions du pays. Sidimé et Somparé doivent etre traduits devant une haute cour de justice pour non assistance à peuple en danger
Ansoumane Doré, mardi 21 octobre 2008
Le juge Coulibaly est un modèle qu`un Guinéen ou un Africain auraient gagné à voir faire école dans son pays.Les Guinéens et d`autres Africains sont plus enclins à réciter des formules creuses comme du genre,comme en Guinée : "nous préférons la pauvreté dans la liberté à l`esclavage dans l`opulence". Les chauds partisans de ces formules creuses ont toujours été avec leurs familles dans l`opulence au milieu de l`océan de pauvreté des Guinéens.Cet exemple peut se retrouver sur d`autres champs.Et cela contribue à l`enracinement de nos différentes misères. Les juges Coulibaly sont des spécimens rares en Afrique,il se pourrait même que certains de ses collègues intègres jusque là désavouent en silence sa témérité.Il faut contribuer à diffuser largement ce texte, pour au moins arrêter les instincts funestes qui pourraient naïtre dans la tête de certains de ses supérieurs.
DRAHAMANE, mardi 21 octobre 2008
En GUINEE il n`y a pas de justice donc pas de juge."La justice c`est moi" dixit conté

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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