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En ouvrant ma boite électronique ce Mardi, je suis tombé sur un article qui m’a été envoyé par un ami malien avec lequel j’échange souvent des vues sur nos deux républiques bananières. Apres lecture, j’ai compris que le sens de l’honneur et le respect de l’éthique républicaine existent encore, même dans les pays dits du Sud. Lisez plutôt ! Un jeune magistrat malien vient de poser un de ces actes qui peuvent nous rendre l’espoir et nous faire penser que l’Afrique n’est peut-être pas totalement perdue. Substitut du procureur de la République à Kati, dans les environs de Bamako, Malick Coulibaly a préféré démissionner, plutôt que d'exécuter un ordre injuste, donné par une hiérarchie indigne. Une affaire de recel de carcasse d’un bœuf écrasé dans la circulation. Le prévenu est un petit boucher, aussitôt placé en détention, et le plaignant, un homme d’affaires riche, donc influent. En attendant que l’affaire soit jugée, la défense du boucher avait fait une demande de liberté provisoire, à laquelle le substitut du procureur a accédé. Mais en pleine audience, la hiérarchie a fait appeler le magistrat pour lui ordonner de faire appel d’une décision qu’il a lui-même voulue, juste pour maintenir le boucher en détention. « Je me suis senti impuissant, dit Malick Coulibaly. Quand on ne peut pas grand-chose contre un système… moi, je préfère abandonner. » Le courage de ce magistrat inspire le respect et trouve écho au-delà du Mali. Car la corruption des juges est un des fléaux qui gangrène aujourd’hui ce continent. Contre de l’argent ou des avantages indus, des hommes de loi laissent en liberté de parfaits criminels et maintiennent en détention ceux qui n’ont pas les moyens de payer. Même lorsque la procédure ne nécessite plus la prolongation de la détention, il est des magistrats qui ne concèdent la libération provisoire que contre des dessous de table. Certains d’entre eux, ont leurs propres commerciaux, pour démarcher les plus solvables des justiciables. Ainsi, les pistes sont brouillées, puisque les victimes ne traitent jamais directement avec le juge. Faut-il sans cesse le rappeler ? L’exemplarité de la justice est une des conditions essentielles du développement. Et la foi du citoyen dans son pays requiert une justice fiable, fondamentale pour la démocratie. Dans un pays normal – et l’on ne désespère pas que le Mali en soit –, c’est le supérieur indigne qui se serait retrouvé devant un conseil de discipline. Il aurait même été contraint d’aller exercer ses talents maffieux ailleurs… Qu’adviendra-t-il, lorsque les projecteurs se seront détournés de Malick Coulibaly ? Ceux qui se sont sentis déshonorés par sa bravoure, voudront sans doute lui régler son compte. C’est là, souvent, le sort tragique qui guette ces héros anonymes qui risquent leur carrière pour l’état de droit. La vie est bien plus facile pour ceux qui acceptent de rentrer dans le jeu de la corruption. Cependant, ce sont de tels faits anodins qui ont souvent révolutionnés l’histoire de l’humanité. Les magistrats comme les médecins, doivent être payés en conséquence, pour éviter qu’ils versent dans l’immoralité. La corruption est devenue le sport national en Guinée. Tout le monde s’y prête, comme en témoigne la mésaventure de Mme Kaba Rougui Barry. Pour nous en sortir, il faudra privilégier, récompenser et louer le mérite à chaque fois que des actes patriotiques sont posés, appliquer les sanctions les plus exemplaires lorsqu’il y a faute. Cet acte patriotique du juge Coulibaly devra faire jurisprudence chez nous, que nos hommes de loi sachent qu’ils sont des hommes de lois assermentés, et qu’ils doivent dire le droit en toute circonstance et pour toute personne, peut importe le rang social ou la fonction administrative de l’accusé. Me Kéba Mbaye, ancien Président des Cours suprême et constitutionnelle du Sénégal, ancien Vice-président de la Cour de justice de la Hayes, ancien Vice-président du Comite International Olympique, qui a aussi un jour démissionné pour ne pas avoir à cautionner des fraudes électorales dans son pays disait : « Ceux qui sauveront l’Afrique sont ceux qui auront accepté avoir faim, sans se croire, pour autant, obligés de sacrifier la justice et une certaine morale au profit de leur ventre. » Moussa Konaté pour www.guineeactu.com
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